10 règles indispensables pour survivre en Argentine 9


Ça y est ! Après avoir traversé la frontière bolivie-argentine, au péril de notre vie (à cause de chauffeurs boliviens qui ont la fâcheuse tendance à s’endormir au volant), nous voici dans un pays mythique… l’argentine.

A vrai dire, nous connaissons peu voir rien à ce pays. Résonnent en nous quelques mots : pampas, gauchos, tango…

Cela tombe bien car nous avons beaucoup à découvrir. Et la toute première journée en Argentine ne va pas nous décevoir. Elle va nous donner un aperçu des piliers de la culture argentine !

Plantons le décor, nous sommes à Humahuaca dans le nord ouest argentin, connu pour ses merveilles naturelles et géologiques. Malheureusement comme bien souvent dans cette région, pour admirer ces trésors, il vaut mieux avoir une bagnole. Ici, ce qui se pratique beaucoup c’est de louer une voiture de remise, en somme un taxi à la journée. Vous vous doutez bien que ce n’est pas donné alors nous nous mettons en quête d’autres voyageurs pour partager les frais afin de pouvoir aller admirer le cerro hornocal (montagnes à plusieurs couleurs).

Voilà ce qu'on cherche à aller voir en bonne compagnie

Voilà ce qu’on cherche à aller voir en bonne compagnie

Le gérant de l’hôtel fait passer le mot à une vitesse phénoménale. Nous trouvons vite non pas 2 mais 4 acolytes. C’est plus qu’il n’en faut, nous prévenons le chauffeur et le prix devient alors raisonnable pour chacun d’entre nous. Et c’est là que commence la journée typiquement argentine !

Nos 4 compagnons sont en effet tous argentins, deux copines ainsi qu’un couple qui viennent tous de Buenos Aires. Ce sont les vacances et ils n’ont pas eu peur de faire plus de 24h de bus pour arriver jusque là.

Règle n°1 en Argentine : Ne pas avoir peur des heures de bus qui se comptent par dizaines !

Avant de partir et sur le trajet nous faisons connaissance. Le moins que l’on puisse dire c’est que durant tout notre voyage, il a toujours été très facile d’entrer en contact et de taper le bout de gras avec les argentins. Et alors quand un argentin voyageur en rencontre un autre, il est fort à parier que cela va se terminer en longue conversation.

Règle n°2 en Argentine: Mieux vaut aimer discuter, papoter,bavarder… beaucoup et toujours

Dans la discussion qui s’entame, nos acolytes en profitent assez vite pour nous vanter les qualités de leur pays et de ses particularités. Il nous taquinent même sur le vin en criant haut et fort que le leur est bien meilleur que le nôtre. Je leur concède la supériorité de leur viande mais pour le vin, pas question. Je proclame vigoureusement la suprématie française (je précise que je suis à ce moment enceinte et donc terriblement frustrée de ne pas pouvoir goûter à leur breuvage). Et là, il se passe quelque chose de très surprenant ! Les deux filles nous demandent à brûle-pourpoint si on voudrait bien partager de la viande avec eux, en somme se faire un asado (barbecue). Elles nous expliquent qu’elles n’ont pas mangé de viande depuis des semaines et qu’elles n’en peuvent plus. On ne refuse pas une bonne bouffe, alors nous acceptons avec plaisir.

Règle n°3 en Argentine : Ne pas manger de viande signifie ne pas avoir mangé un morceau de 200 g de bœuf depuis quelques jours. Le poulet ne compte pas ! Alors amis végétariens, courage !

Oui c'est à peu près tout ce que vous pourrez trouver à manger (oui j'exagère) - Photo licence creative commons

Oui c’est à peu près tout ce que vous pourrez trouver à manger (oui j’exagère) – Photo licence creative commons

Elles lancent la même invitation au couple qui nous accompagne ainsi qu’à des espagnols qui se retrouvent aussi dans la voiture. A la fin de la journée, sans trop savoir comment, le barbecue de 2, 4, 6 personnes atteint désormais 20 convives.

Règle n°4 en Argentine : Mieux vaut avoir des chaises en rab pour les invités surprise.

Nous laissons bien sûr le soin à nos acolytes de faire les courses et de choisir les bons morceaux de bœuf pour l’Asado (on dit pas barbecue ici, d’ailleurs il y a plein de terme différents pour désigner les grillades). Je propose d’agrémenter cette orgie de viande par une salade composée (histoire de se donner bonne conscience). Elles me regardent étonnées mais, polies,  acceptent ce qu’elles estiment être  un accompagnement superflu.

Règle n° 5 en Argentine : Un morceau de bœuf ne souffre pas de solitude dans son assiette si la salade verte ou la patate est absente.

Autant vous dire qu’à la fin du repas, aucun bout de bidoche ne reste alors que ma pauvre salade composée (ridicule pour 20 personnes) ne sera pas terminée.

Voilà ce qui nous attend !

Voilà ce qui nous attend !

De retour du marché aux alentours de 20h, je commence déjà sérieusement à avoir les crocs, je ne me suis pas encore habituée aux horaires argentines. En Bolivie, le dîner est plutôt vers les 18h-19h alors qu’en Argentine c’est plutôt 22h, bref le gros décalage dans ta face !

Histoire de savoir quand les festivités commencent, je questionne discrètement les hôtes pour savoir à quelle heure arrivent les autres. Vers 21h ??? Ok je vais manger mon poing en attendant.

Mais heureusement, les argentins ont la solution pour calmer la faim et s’occuper entre deux repas : le maté !!!

Il faudrait un article voir une encyclopédie entière pour décrire la réelle addiction des argentins à ce breuvage. Le maté est une plante qui est bue en infusion, l’équivalent du thé en Angleterre ou du café en Italie. Oui, à la différence près que l’anglais ne se balade pas avec sa théière en rando et l’italien n’embarque pas sa machine à expresso lorsqu’il va faire des courses.

Jamais sans mon maté ! (photo : licence creative commons jordan oram)

Jamais sans mon maté ! (photo : licence creative commons jordan oram)

Les argentins, même de sortie pour un court moment, se baladent avec leur thermos d’eau chaude, leur maté (tasse en bois ou aluminium qui accueille l’infusion du même nom) et leur sachet de maté. Il y a même des sacs à main spécialement conçus pour ranger cet attirail.

Règle n°6 : En argentine, il faut avoir trois bras afin de pouvoir tenir d’un bras sa thermos, de l’autre sa tasse de maté et avec le troisième… faire tout le reste.

Donc, c’est le moment du maté, assis en rond, le maté tourne d’une personne à l’autre. Seb passe le test sans embûche. Vient alors mon tour et là c’est le drame. A peine ai-je touché la paille que je vois se braquer sur moi 4 paires d’yeux argentins. Je me fige, ils me fixent et je comprends alors que ça ne se fait pas du tout de touiller le maté. Je me confond en excuse, on m’administre quelques règles élémentaires de protocole du maté et on éclate finalement tous de rire.

Ils sont tellement fous de maté qu'on trouve même des distributeurs d'eau chaude dans les gares !

Ils sont tellement fous de maté qu’on trouve même des distributeurs d’eau chaude dans les gares !

Règle n°7 : Si tu ne respectes pas le rituel du maté, tu risques ta vie… ou tout du moins la réprobation générale.

Le maté a su bien faire diversion à ma faim grandissante et l’asado se met enfin en route. Deux maîtres es grillades se dévouent pour faire cuire une quantité hallucinante de viande. Une fois à table, tout le monde aura la jolie attention à ce que nous puissions goûter chaque morceau. Seb aura aussi le droit de déguster les vins locaux et une boisson très prisée, ici, le fernet.

Il s’agit d’une liqueur d’origine italienne, très amère, à base de plante qui mélangée à du coca constitue un cocktail explosif.

Oui après quelques verres, ça peut donner ça. Photo créative commons (flickr : fixedgear)

Oui après quelques verres, ça peut donner ça. Photo créative commons (flickr : fixedgear)

Règle n°8 : Un vrai argentin peut boire du fernet coca sans faire la grimace, un invité doit donc s’efforcer de réussir également cette prouesse.

Durant tout le repas, les discussions fusent dans tous les sens et l’accent argentin ne nous facilite pas la compréhension. Quand soudain, les conversations s’animent, le ton monte, nous ne comprenons plus rien. Ma voisine de table m’explique qu’il s’agit d’un débat enflammé entre supporters de foot.

La bataille fait rage entre les deux équipes de la capitale : Boca juniors et River plate.

On avait presque la même ambiance à l'auberge de jeunesse ! (photo : licence creative commons rogerio tomaz)

On avait presque la même ambiance à l’auberge de jeunesse ! (photo : licence creative commons rogerio tomaz)

Règle n°9 : Assurez vous d’avoir un sacré niveau d’espagnol pour comprendre les subtilités footballistiques à une heure avancée de la soirée. C’est à cette même heure qu’il est possible d’enrichir son vocabulaire de quelques jurons locaux.

J’oubliais de vous dire que le barbecue en question, nous l’avons fait à l’intérieur même de notre auberge de jeunesse. Les argentins en choisissant un hébergement sont bien plus soucieux de la présence d’un asado que de la qualité de la connexion wifi. Manger ou surfer, il faut choisir.

La soirée avançant et pour éviter de réveiller les autres occupants de l’auberge, nous décidons de squatter la cuisine et la salle du pti dej. On se débrouille pour mettre de la musique qui vient peu à peu couvrir nos nombreuses conversations entremêlées.

Règle n°10 : N’ayez pas peur de bousculer vos horaires, vivez la nuit, ne comptez pas les heures et laissez le temps filer.

Abasourdis par tant de générosité et ivres de cette ambiance heureuse, nous allons enfin nous coucher pour rêver à de prochaines rencontres, si simples et spontanées.

Et dire que l’Argentine c’est bien plus que ça… ça promet !


A propos Seb

Jeune homme bien sous tous rapports aimant manifestement voyager. Accessoirement, entre deux voyages, je tente de sauver le monde en bossant comme animateur d'un réseau d'éducation à l'environnement. Heureusement, je suis pas tout seul, parce qu'il y a du boulot !


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9 commentaires sur “10 règles indispensables pour survivre en Argentine

    • laura

      Bon, protocole est un bien grand mot ! Mais disons qu’il est de bon usage de faire tourner comme on dit, et surtout, surtout il ne faut pas touiller avec la paille, sinon de l’herbe à maté risque d’être aspirée et ce n’est pas bon… Après, l’art du maté est plus dans le dosage, certains l’aiment nature, d’autres avec du sucre, dans tous les cas, ce qui est sûr, c’est qu’il faut aimer l’amertume !

      • Mathilde

        Les quelques règles sont qu’il ne faut pas toucher la bombilla (paille), quand on aspire et que ca fait du bruit indiquant qu’il a plus d’eau, il faut en remettre, il faut faire tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pour remonter le temps lorsqu’on boit le mate ou du moins l’arrêter et ne pas dire merci quand on vous passe le mate sinon ca veut dire que vous n’en voulez plus (enfin si vous n’en voulez plus vous pouvez dire merci du coup !). Ce sont quelques règles mais si vous ne les respectez, ils ne vous en voudront pas vu que vous êtes étranger et se feront un plaisir de vous enseigner l’art du mate !

      • Seb Auteur du billet

        Merci Mathilde pour ces précisions ! Nous sommes maintenant parés pour boire le mate dans les règles de l’art. Mais je confirme que ne pas suivre le protocole n’est pas du tout un drame, ça les a bien fait marrer quand Laura a commencer à touiller son mate !

  • Capitaine Rémi

    Que des clichés ! Mais ils sont tellement vrais. Ca fait 3 semaines que je suis en Argentine et j’ai déjà eu le droit au fameux ASADO, au maté, aux « Chhhhhhhh » qui se glissent un peu partout et j’avoue que j’ai mis du temps à comprendre le rythme Argentin !

    • Seb Auteur du billet

      Hola capitán !
      Et oui, les clichés cachent parfois (souvent ?) un fond de vérité 🙂
      J’avoue que si j’essaie tant bien que mal de réduire ma consommation de viande, les asado me manquent !

  • Cédric

    Bon je crois que nous pouvons maintenant nous lancer en Argentine grâce à ton « guide de survie » 😉 Les avis sont tellement partagés sur le Maté que j’ai hâte de pouvoir m’en faire une idée ! Quant au fernet, ça ne me parle pas…

    • Seb Auteur du billet

      Ah ah j’espère bien que vous allez survivre en Argentine ! Blague à part c’est un pays incroyable. Vous aurez mille occasion de gouter le maté et ce même si vous restez une journée en Argentine. A choisir je préfère boire un maté que du fernet (y’a le mal de tête et la gueule de bois en moins !).