Juan : ancien combattant sandiniste 1


Un séjour à Léon sans évoquer l’histoire ce n’est pas possible. Les nombreuses « murales » sont là pour que l’oubli n’efface pas les batailles qui ont meurtri le peuple nicaraguayen. Les combats ont laissés des traces tant sur la ville que sur les hommes.

Juan, fait partie de ceux qui ont été touché par cette histoire sanglante dont les chairs portent encore les stigmates.

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Juan

Juan est guide pour le musée de la révolution. Un musée qui ne ressemble pas à ce qu’on imaginerait. Il vit grâce à une association d’anciens combattants qui anime le lieu, l’université de Léon appuie cette initiative grâce à des apports historiques.

Ambiance : salles aux murs criblés de balles, recouvertes d’archives de journaux, de portraits de martyrs, de photos.

Musée de la révolution, Léon

Musée de la révolution, Léon

Juan nous accueille avec un grand sourire et il ne tarde pas à nous conter les prémices de la révolution : tout commence dans les années 20 à 30 par la révolte intérieure d’un homme, Sandino, ne supportant plus l’impérialisme américain au Nicaragua qui conduit le peuple à la pauvreté. Sandino connaît les deux côtés de la barrière, il est né de l’union cachée d’un père bourgeois et d’une mère paysanne. Son séjour au Mexique, en pleine révolution zapatiste, l’influencera beaucoup. Il en a assez de voir son pays humilié par des pouvoirs corrompu qui volent au peuple sa liberté de choisir quel sera l’avenir de son pays.

Il a à peine 20 ans quand il convainc une trentaine d’hommes de le suivre et de commencer la lutte armée. A cette époque, les États unis ont envoyé des régiments de Marines pour s’assurer de leur emprise sur le pays, et ce bien sûr, avec l’aval du pouvoir en place.

Plus tard, dans les années 80, Juan a 13 ans quand il empoigne son fusil pour rejoindre la lutte armée.

Entre temps, Sandino a été assassiné, un piège lui a été tendu, il se rendait à un rendez vous avec le président dans l’espoir de signer des accords de paix, il fût tué en guise de réconciliation, par le chef de la garde nationale, Somoza, qui ne tardera pas à s’autoproclamer président. Une lignée de dictateurs est née. Plus tard, dans les années 60, les idées sandinistes sont toujours vivantes et Carlos Fonseca crée le FSLN : front sandiniste de libération nationale. Signe des temps, ce parti se veut révolutionnaire bien sûr, mais aussi socialiste.

Murales révolutionnaires amérique latine

Murales en l’honneur des principaux révolutionnaires latinoaméricains

Juan va vivre consécutivement ce qu’ils appellent les trois guerres, la révolution en 79 et les guerres des contras  qui vont suivre (groupe militaire antirevolution principalement composé d’anciens de la garde nationale de Somoza et soutenu financièrement par les états unis).

La dictature des 3 somoza sur plus de 40 ans, la cruauté des combats dans les montagnes, la responsabilité des états unis, les victoires et les défaites, Juan nous raconte cela avec naturel et beaucoup de simplicité.

Son regard brille lorsqu’il évoque la prise du bâtiment, où nous sommes, par les sandinistes. Auparavant il s’agissait d’un lieu administratif très important, au cœur du parc central de Léon. Tout un symbole !

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Vue du toit du musée de la révolution, au coeur de Léon

Cette victoire a du se payer cher comme en témoigne les centaines d’impacts de balles. Juan évoque les martyrs (ceux qui ont payé de leur vie leur engagement) avec beaucoup de respect, leurs portraits émaillent le musée. Un détail me saute aux yeux, ils sont tous très jeunes, 17, 18, 20 ans.

Portraits martyrs guerre civile

Portraits des martyrs

Pour avoir le courage de défier une dictature et l’emprise américaine à cet âge, il faut que l’oppression et l’injustice deviennent intolérables.

Dans le discours de Juan, aucune vanité, il ne parle pas de courage. Il était là, cela semblait une évidence, il fallait lutter pour la libération, il l’a fait.

Mais malgré l’apparente tranquillité du lieu, la guerre est toujours là, insidieuse, elle se cache dans les cauchemars que Juan fait encore certaines nuits, dans sa blessure d’obus qui est douloureuse les jours de froid et de pluie, dans l’inexistence d’une pension qui viendrait reconnaître et aider ses anciens combattants.

Lorsque je le vois ému après le récit de ses heures passées en montagne à traquer l’ennemi mais aussi à éviter les jaguars (qui étaient, eux aussi, un danger potentiel), je me risque à une question.

N’est ce pas trop douloureux, d’évoquer ce passé tous les jours ?

Le visage de Juan s’illumine : « oh non ! Cela me fortifie ! »

Avant de partir, il nous montre une dernière photo, particulière, symbolique pour lui. Sur celle ci on peut voir plusieurs jeunes posant avec leurs armes après avoir réussi à prendre un tank à leurs ennemis. Juan est l’un d’entre eux. Une main pour nous montrer où il se trouve, une autre pour faire le signe de la victoire.

Je lui demande timidement si je peux lui tirer le portrait et écrire un article sur son histoire.

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Il accepte tout de suite. Fier que son histoire, l’Histoire du Nicaragua, puisse continuer à vivre pour les générations futures.

sandiniste "hasta la victoria"

Juan, « hasta la victoria »

Infos pratiques :

Le musée de la révolution se trouve sur le parque central de Léon (Nicaragua), l’entrée est discrète alors ouvrez l’oeil. Le tarif est plus que modique, environ 60 cordobas par personne, visite guidée comprise.

Tous les guides sont d’anciens combattants.


A propos Laura

Droguée aux voyages depuis maintenant plus de 10 ans, je sillonne la planète avec Seb à la recherche de petites ou de grosses bêtes. Les forêts luxuriantes jusqu'au déserts lunaires m'offrent un terrain de jeu à ma deuxième passion : la photo. Entre deux voyages, je bosse dans le domaine de la prévention santé.


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Commentaire sur “Juan : ancien combattant sandiniste

  • Stilgar

    Pour la révolution, il faut la guerre … c’est tout de même dommage que l’on est pas pu trouver autre chose …

    En tout cas c’était un point historique intéressant.