Comment nous avons libéré 183 bébés tortues 5


Je ne sais pas pour vous, mais pour nous il y a des moments dans les voyages où des rêves de gamin refont surface. Des lubies qui arrivent on ne sait pas trop comment, mais qui peuvent devenir une obsession. La notre au moment de cet article : voir des tortues, et même plus spécifique, voir des bébés tortues… Check !

Mais pour ça, on s’est un peu lancés dans le vide, et comme souvent, c’est dans ces moments qu’on a les meilleures surprises.

Après avoir pris quelques infos, nous avons choisi d’aller à la réserve de Padre Ramos au nord ouest du Nicaragua. Ce n’était pas (trop) loin d’où nous étions (Léon) et apparemment la bonne saison.
Cette réserve située sur la péninsule de Cosigüina voit relativement peu de touristes. Mais ça ne devrait pas durer : nature préservée, plages de rêve, volcan, estuaire, mangroves… De quoi attirer du monde !

estuaire padre ramos

Branche morte dans l’estuaire de Padre Ramos

A part une petite station balnéaire avec quelques hôtels tenus par des étrangers (si vous lisez cet article, vous verrez pourquoi on ne conseille pas d’aller dans ce genre d’hôtels), pas grand chose pour se loger à priori et pas à côté de la réserve… Mais notre envie de tortues est trop forte, alors tant pis, on verra bien !

Première étape : trouver un logement

Après un looong trajet en bus (avec petit passage de ce dernier sur la plage !), nous arrivons jusque Padre Ramos, la communauté qui marque le début de la réserve. Nous demandons dans le bus où loger, on nous arrête devant ce qui semble être le seul hôtel du coin. Après visite, il nous semble trop cher, heureusement nous avons repéré une petite pancarte avec écrit hostal las conchitas. On galère un peu à trouver, on demande aux gens dans le coin, et on atterri devant une petite maison modeste où nous demandons une fois de plus la direction de l’hébergement. On voit à l’agitation dans la maison qu’on se rapproche, la mère de famille vient nous voir et nous dit d’un air surpris ou gêné que c’est ici. Elle nous prévient qu’il faudra partager la maison avec la famille. Soit, on ne s’attendait pas à ça, mais tant mieux ! Le temps de virer les gamins d’une des chambres pour nous y placer et nous avons un endroit pour dormir.

     Hostal las conchitas ou comment dormir chez l'habitant !


Hostal las conchitas ou comment dormir chez l’habitant !

Au final, on se rendra très vite compte que la famille n’a pas vraiment l’habitude de recevoir des touristes, il faudra un peu de temps pour que la timidité s’en aille et au final, ce sera une très belle rencontre. Nous sommes même partis avec des cadeaux ! Un bracelet pour moi et un tee shirt pour Laura… Un geste qui nous aura beaucoup émus.

Nos trois hôtes

Nos trois hôtes

Deuxième étape : trouver un guide

Mais revenons en à nos tortues. A notre arrivée dans la communauté, difficile de trouver des infos, il y a bien un centre de conservation des tortues, mais personne pendant le week end… Idem, pour trouver un guide, personne… Au final, nous réussirons à trouver quelqu’un pour nous emmener faire un tour dans l’estuaire tout proche, avec une superbe mangrove, quelques beaux oiseaux et une ambiance chaleureuse sur le bateau avec notre guide et deux rameurs. Tout ce petit monde s’enthousiasme à la vue des crabes dans les arbres et des nids de colibris.

Barque

Estuaire de Padre Ramos, le temps est menaçant mais nous évitons les gouttes !

Crabe tigre réserve nicaragua

Crabe tigre, vous voyez pourquoi ?

crabe padre ramos nicaragua

Encore un crabe, il y a plus de 7 espèces différentes dans le coin, celui ci est poilu

Cette balade fut sympathique, mais une simple mise en bouche par rapport à la suite. En effet, nous avons enfin réussi à organiser une sortie vers le « vivero » de tortues carey le soir même. Les tortues carey, c’est une espèce marine gravement menacée d’extinction. Il y a quelques années, les scientifiques pensaient même l’espèce quasi éteinte, avec seulement une vingtaine de nidations décomptées. A ce moment, des gens de Padre Ramos ont levé le doigt pour dire « euh nous on a quelques centaines de nidations dans le coin… ».

Branle bas de combat, un gros projet est monté avec des moyens assez peu commun dans cette partie du monde afin de sauvegarder l’espèce.

Troisième étape : libérer les tortues !

Les œufs des nids sont récupérés par les gens de la communauté pour être donnés au vivero. Pourquoi, tout simplement pour les protéger, donner plus de chances de survie aux mini tortues (naturellement, une tortue sur 1000 parvient à l’age adulte…). Aussi et surtout pour les protéger de la vente. Renversement radical pour la communauté, qui a longtemps vécu de la vente de ces œufs. Pour que ça fonctionne, les personnes trouvant des nids sont indemnisées… En attendant de trouver un autre modèle économique durable (à terme, le projet prévoit de s’auto financer grâce au tourisme).

La sortie en elle même : nous partons de nuit en bateau pour traverser l’estuaire vers la plage protégée et le vivero.  Ambiance. Arrivés sur place, nous découvrons les nids bien ordonnés, protégés par un filet pour réguler la température. Des rangers s’affairent à déterrer un nid arrivé à maturation et nous voyons nos premières tortues poindre leur tête. Elles sont ensuite amenées dans une tente à proximité pour être comptées, pesées, mesurées et elles ont même droit à un petit prélèvement ADN.

mesure tortues

Mesure des petites tortues, c’est pas adorable ça ?

Et enfin, le clou du spectacle, nous allons sur la plage toute proche pour relâcher les 183 bébés tortues carey nées ce soir. La surprise, c’est qu’on nous donne des gants et à nous de faire le boulot !

La fournée du jour, 183 tortues Carey !

La fournée du jour, 183 tortues Carey !

Le rêve de gosse se réalise, nous prenons des poignées de tortues pour les poser sur le sable en les orientant pour qu’elles trouvent l’eau, tout en gardant un œil sur les crabes qui rodent aux alentours.

Rendez vous dans 5 ans pour les premiers résultats, savoir si le projet permet au moins la survie de l’espèce. Avec un maintien du projet, un travail en intelligence avec la communauté et des touristes responsables pour aider au financement, nous avons envie d’y croire !

Infos pratiques :

Se rendre à Padre Ramos depuis Leon

Prendre un premier bus jusque Chinandega, une fois arrivé, prendre un taxi pour aller jusqu’à l’autre gare routière (mercadito).
Prendre le bus Chinandego-Jiquililo. Après Jiquilillo, rester dans le bus jusque Padre Ramos.

Attention, il n’y a pas beaucoup de bus dans la journée et le trajet est un peu long malgré la faible distance (2h pour 40km).

Logement à Padre Ramos

la seule solution économique et vraiment sympathique, l’hostal las conchitas, située quasiment en face de l’hôtel la trinchera. 6 € la nuit pour deux, 1,5 € par repas.

Pour la douche, tournez à gauche après le cochon.

Pour la douche, tournez à gauche après le cochon.

Pour trouver des guides compétents et sympathiques

Allez au centre de conservation des tortures carey à Padre Ramos, ils vous proposeront également des tours dans l’estuaire, voir au volcan Cosigüina et vous contribuerez au projet de conservation !

Pour en savoir plus

Visitez le site du programme de conservation des tortues Carey (anglais / espagnol)


A propos de Seb

Jeune homme bien sous tous rapports aimant manifestement voyager. Accessoirement, entre deux voyages, je tente de sauver le monde en bossant comme animateur d'un réseau d'éducation à l'environnement. Heureusement, je suis pas tout seul, parce qu'il y a du boulot !


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5 commentaires sur “Comment nous avons libéré 183 bébés tortues

  • Stilgar

    ça y est nous avons des sauveurs de tortues. En effet, on ne sait pas comment arrive ce rêve de gamins, mais je crois qu’on doit être pas mal à l’avoir. Un attrait pour cette espèce préhistorique qu’on ne veut pas perdre de la surface terrestre !

    La grand-mère des mers . Vous en avez tout de même gardez une dans la poche j’espère ! elle ne prendra pas encore trop de place à la fin du voyage 😀

  • Rodet

    Bonjour,
    Je puise énormément d’idée à travers votre experience pour préparer notre voyage au Nicaragua mi février et je vous en remercie. Je prends conscience des trajets, des distances… Plusieurs autres sites ou blog préconise l’auto-stop pour se rendre facilement d’un point À à un point B. Du coup je m’étonne que vous n’ayez pas utiliser ce mode de transport (ou alors je n’ai pas assez fouine dans vos articles) qui partage les valeurs de communautarisme que vous décrivez.
    Pouvez vous me préciser la durée de votre séjour dans ce pays ?
    D’autre part, je suis un vrai « buffet ambulant » pour les moustiques et autres bestioles parasites (en Écosse, j’ai fait une poussée de fièvre suite à moultes micro piqûres de midges…) avez vous de bons conseils à me transmettre en terme de prévention, traitement…?
    Et, encore une question, aucun vaccin n’est obligatoire. Toutefois celui de la fièvre jaune semble conseillé, savez vous s’il s’agit d’une sage précaution ?
    Merciiiiiii et bravo pour ce blog pratique, détaillé et bien illustré.
    Irene

    • Seb Auteur du billet

      Bonjour Irène,

      Nous n’avons peu évoqué l’auto-stop effectivement. Nous en avons très peu fait en réalité, seulement pour de petites distances et souvent parce qu’il n’y avait pas d’alternative ou que des personnes se sont proposées spontanément.
      En fait, nous ne sommes pas trop adeptes de ce mode de transport parce que nous aimons beaucoup voyager en bus dans cette partie du monde. Cela nous permet toujours de faire de belles rencontres et on contribue (très modestement) à l’économie locale.
      C’est parfois mal perçu par la population locale de faire du stop sachant qu’on a les moyens de payer les transports en commun, mais je comprends parfaitement qu’on puisse préférer ce mode de transport et les rencontres qu’il provoque. Tu trouveras des personnes pour te véhiculer au Nicaragua je pense, tout comme au Costa Rica. C’est moins conseillé au Guatemala, Honduras et El Salvador pour des questions culturelles et de sécurité.
      Concernant les vaccins, nous nous étions déjà fait vacciner pour d’autres destinations, dont la fièvre jaune obligatoire dans pas mal de pays.
      Je suis plutôt enclin à penser que la vaccination est un acte solidaire, permettant à l’ensemble de population de se protéger. Je ne le vois pas que comme un moyen de prévention individuel. Je ne reviendrais pas sur les éventuels effets secondaires, ou tout est dit et son contraire, mais je me place plutôt d’un point de vue de la protection de la population en général.
      Je peux éviter de choper une maladie et de la ramener à la maison pour en faire profiter les autres, ça me parait pas mal ! Et même si en Amérique centrale tu ne risques quasiment rien niveau fièvre jaune, peut être que tu voyageras un jour dans d’autres coins qui nécessitent vraiment la vaccination 🙂
      Bon voyage !

      • Rodet

        Je te remercie pour tes retours. Pour ma part, mon souhait serait de contempler la course folle d’un basilic sur l’eau ! Pour cela, D’après ce que j’ai vu sur votre blog, le meilleur moyen est une excursion canoë sur le Rio San Juan au delà d’El Castillo. Nous partons 15 jours, le plus frustrant sera de sélectionner des lieux et optimiser les déplacements car le temps va filer à toute vitesse.
        Concernant le tourisme communautaire, est il nécessaire d’être un peu « équipé » (linge de toilette, drap couverture…) ? Ma question est un peu naïve mais tant pis ! L’expérience me tente beaucoup mais M’effraie tout autant, en terme d’échange, de communication, de promiscuité voir intimité et s’il n’y a plus de places nous ne serons pas du tout équipe pour un nuit en autonomie complète …
        Encore une question par rapport à l’eau. Est-il facile de trouver à remplir des gourdes et faut il la filtrer systématiquement ?
        Merci

      • Seb Auteur du billet

        Avec plaisir !
        C’est sur qu’avec 15 jours de voyage, il va falloir faire des choix difficiles ! Mais je suis sûr que vous reviendrez comblés, avec une furieuse envie de revenir explorer d’autres pépites du pays. Le Nicaragua a été un véritable coup de cœur pour nous.
        Concernant le tourisme communautaire, ta question n’est pas du tout naïve ! Dans les expériences que nous avons eu, il n’y avait pas besoin d’équipement particulier. Les draps étaient fournis, mais pas toujours les serviettes (nous emportons toujours une serviette en microfibre, ça sert toujours ! Ne serait-ce que pour la baignade). Certes il y a une certaine forme d’intimité partagée avec la famille d’accueil, mais c’est justement ce qui rend l’expérience intéressante. Aussi, dis toi que les personnes qui t’accueilleront seront autant curieuses que toi de connaitre ta culture, alors l’échange se fait facilement et naturellement, dans la bienveillance.
        Enfin, concernant l’eau, en ville pas de soucis tu peux boire l’eau du robinet, en campagne nous mettons une pastille de micropur par sécurité. Il y a plein d’autres solutions comme la filtration, les UV etc. Ou au pire du pire, tu trouveras toujours une bouteille d’eau dans l’épicerie du coin (même au fin fond de la cambrousse, sauf si tu pars en trek plusieurs jours dans la forêt…), même si c’est moins écolo !
        Disfrute !