La sécurité est au centre des discussions des forums de voyageurs, elle fleurit sur les commentaires des blogs et entre jusque dans nos boites mails. C’est en effet suite à de nombreuses questions ou remarques sur ce thème que j’ai décidé d’écrire ce billet. Plus précisément, je voudrais tenter de répondre à l’interrogation suivante : Est ce sécuritaire de voyager là bas ? Ça craint pas trop ?

Pourquoi est il difficile de répondre à cela. Tout d’abord car la notion de risque est bien subjective et que les écarts de représentation sont colossaux. De plus, de quels risques parlons nous ? Celui de se faire gentiment arnaquer, celui de se faire dépouiller en pleine rue, de subir une agression physique en bonne et due forme, ou bien d’être victime d’un accident de la route ? Chacun se focalisera sur certains risques en fonction de ses peurs, son histoire et sa manière de voyager.

Mais alors comment s’y retrouver ?

La dictature des statistiques

La quête des pourcentages en tout genre (taux de criminalité, classement de la ville la plus dangereuse au monde…) pour se rassurer est souvent une des premières étapes pour s’enquérir du niveau de risque de sa prochaine destination. Premier problème, la lecture de chiffres prête à des interprétations très diverses et des écarts de représentations colossaux. Pour illustrer cela je peux m’appuyer sur mon expérience en prévention santé. Devant un groupe a qui on annonce une probabilité telle que « vous avez 1% de risque d’être contaminé », certains se sentiront soulagés (ah ça va, y’a pas à s’inquiéter) et d’autres seront complètement terrorisés à l’idée de ne pas pouvoir écarter absolument tout risque. Bref, on peut tout faire dire à des chiffres.

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Attention danger ! Risque de décoiffage maximum

De plus, ces statistiques sont bien souvent dénuées de tout contexte et nous renseignent peu sur les personnes ciblées.

Prenons l’exemple de l’Amérique centrale, certains pays connaissent des taux d’homicides élevés du fait de la présence de gangs liés principalement à la drogue. Ces homicides concernent pour beaucoup des règlements de comptes entre bandes rivales. Ainsi, elles concernent peu les voyageurs à condition qu’ils ne se baladent pas dans les territoires des dites bandes au mauvais moment. Attention, cependant, n’allez pas lire dans cet exemple que je nie tout risque de violence à l’égard des voyageurs ! Je nuance simplement la lecture des chiffres.

En revanche, ce n’est pas parce que certains méfaits ne concernent pas les touristes qu’il faut s’en foutre comme de l’an quarante. Ils peuvent renseigner sur les problématiques que vivent les populations locales et aider à comprendre l’ambiance globale d’un pays.

Par exemple, le Honduras est bien connu pour son insécurité, son fort taux d’homicide et se place en haut de la marche du podium en accueillant en son sein, le titre peu enviable et quelque peu racoleur de ville la plus dangereuse du monde, à savoir San Pedro Sula. Et bien cette insécurité que vivent chaque jour les habitants est palpable car ils vous en parle, s’étonnent de vous voir déambuler et vous mettent souvent en garde. Je ne sais pas si l’insécurité en est la cause, ou juste une coïncidence, mais nous n’avons pas vu beaucoup de monde se balader le soir dans les villes au Honduras.

Le fait d’avoir lu beaucoup de choses sur l’insécurité d’un pays renforce également fortement le sentiment d’insécurité. Par exemple, beaucoup de voyageurs nous avaient dit beaucoup de bien de la Colombie. Alors, quand à Santa Marta nous avons croisé des gamins défoncés et des gars louches le soir, on n’était pas spécialement inquiets. Idem à Tupiza en Bolivie quand on est tombés sur une bande de gars bourrés, les flingues et barres de fer à la main. On a simplement attendu à quelques mètres de là, alors qu’on aurait très vite décampé si ça avait été au Guatamala ou au Honduras réputés craignos.

Aussi dans cette recherche objective par les chiffres, on omet bien souvent des risques qui sont beaucoup plus plausibles comme ceux liés aux transports et aux accidents de la route. Peut être acceptons nous davantage les risques qui nous semblent familiers et que l’on peut retrouver dans son quotidien.

La recherche de l’expérience d’autrui

Après avoir découvert des chiffres parfois accablants, le futur voyageur s’en remet bien souvent à l’expérience des autres pour confirmer ou infirmer le risque en question. Le nombre de discussions liées à la sécurité dans les forums en atteste.  Et c’est là que tout se complique !

Car en cherchant des expériences de voyageurs on va bien finir par tomber sur les pires. Et le cerveau humain est fait de telle manière qu’il incruste beaucoup plus durablement le négatif. Bref, autrement dit, même si vous lisez des dizaines de récits sympas, c’est l’anecdote glauque qui marquera votre esprit. Une personne ayant vécu une très mauvaise expérience aura aussi beaucoup plus tendance à la détailler et à la raconter qu’une personne qui n’a rien à signaler de particulier.

Plus surprenant encore, certains voyageurs ayant vécu de très mauvaises expériences pourront avec le temps les minimiser et donc ne pas penser à les mentionner. Je me rappelle de ce couple qui a été témoin en direct de l’assassinat du propriétaire d’un hôtel. Malgré cette expérience traumatisante, ils gardaient une image très positive de ce pays et s’y sentaient en sécurité. Ils ne voulaient pas influencer négativement les voyageurs rencontrés tant ils étaient tombés amoureux du pays.

L’expérience des autres voyageurs n’est donc pas une science exacte dans le monde impitoyable de la statistique.

A partir de là, que répondre à nos lecteurs. Lors de nos différents voyages que ce soit celui de 10 mois de l’Amérique centrale à l’Amérique du Sud ou des précédents (Sénégal, Malaisie, Maroc, Tanzanie, Cambodge…), nous n’avons jamais subi d’agression physique, ni vol important, ni situation de danger imminent.

Les deux trucs désagréables qui nous sont arrivés ont eu lieu au Maroc : on s’est fait insulter car on a choisi un marchand plutôt qu’un autre (bon on s’en est remis 😉 et au Guatemala :  on nous a fauché une pochette dans notre sac à dos, pendant un trajet en bus, qui contenait des capotes, de l’antimoustique et de la crème solaire…. Au moins on aura permis à quelqu’un de se protéger !

Bon alors à partir de là, on aurait tendance à dire, « vasy y’a pas de soucy, sécurité au top » et tout le blabla. Sauf qu’en disant ça, pauvre pomme que je suis et bien je me sens tout de même une sacrée responsabilité. Et s’il arrivait quelque chose à cette personne alors que je lui ai dit que tout était sûre. Bien sûr ce ne serait pas de ma faute à proprement parler, mais on pourra tout de même dire que ma réponse était à côté de la plaque.

Et c’est le cas, car en définitif, à part dire « il y a des risques », on ne peut pas répondre grand chose. Le risque est mouvant et dépend de nombreux facteurs dont les habitudes de voyages et les stratégies de protection que l’on va mettre en place ou non.

Définir sa propre balance bénéfice-risque

Oui mais alors comment se décider ? Voici selon moi les questions à se poser.

Première question : quels sont les types de risques que j’identifie dans ce futur voyage ?

Je le mentionnais plus haut la nature des risques sont multiples et leur gravité également

  • risque sanitaire (une bonne vieille tourista, maladies tropicales, mauvaises conditions d’hygiène…)
  • risques liés à son statut de touriste/voyageur (arnaques en tout genre, rabattage intempestif, vendeurs insistants, relation avec les gens biaisées…)
  • risques de vol (pickpocket, vol en bus dans les bagages, braquage…)
  • risques liés à mon intégrité physique (agressions, viols, meurtres, enlèvement…)
  • risques liés aux transports (conducteurs fous furieux sur routes déglinguées, crash aérien, collision de dromadaires …)
  • risques liés aux activités de loisirs et sportives (accident de plongée, chute, morsure de babouin, crachat de lama…)
  • risque d’engueulades sévères avec votre compagnon de voyage éventuel, voir de rupture si vous êtes en couple

Deuxième question : quels sont les risques que je suis prêt(e) à prendre ?

Troisième question : est-que les points positifs de ce voyage, ce que je vais y gagner valent la peine de prendre ses risques ?

C’est ce que j’appelle la balance bénéfice – risque.

A titre d’exemple, étant passionnée de nature je serais davantage prête à prendre le risque de me paumer au fin fond de la jungle plutôt que de tomber sur des mecs louches pour profiter d’une soirée endiablée dans une grande ville. Pour d’autres la perspective de dénicher une espèce rare en milieu hostile ne vaudrait pas franchement la peine de se mouiller un peu. Là encore tout ceci est personnel.

Prêt(e) à risquer de vous faire bouffer par un crocodile pour découvrir le canal de Panama ?
Prêt(e) à risquer de vous faire bouffer par un crocodile pour découvrir le canal de Panama ?

Quatrième question : est-ce que j’ai les moyens de réduire ces risques ?

Si j’estime que le risque est encore trop élevé, je peux essayer d’identifier des modalités de réduction des risques (adopter des comportements de prudence, partir à plusieurs ou en mode organisé, ne pas se déplacer la nuit, éviter certains endroits, attendre un moment plus propice…).

Je pense  à un article de Anick-Marie (globestoppeuse) qui évoque les risques de viol potentiels lors de la pratique de l’auto-stop. Dans son billet osé et atypique, elle explique qu’elle a conscience de ce risque mais qu’elle ne veut pas qu’il l’empêche de poursuivre sa passion pour ce mode de transport. Elle décrit ensuite les stratégies qu’elle envisagerait de mettre en place pour réduire les risques liés à un viol comme par exemple avoir un préservatif pour faire en sorte d’avoir un rapport protégé. Annick-Marie détaille ici très bien le processus d’évaluation de cette fameuse balance bénéfice risque et des modalités lui permettant de trouver un équilibre.

Cinquième question : est-ce que les risques que j’ai identifié me font peur ? Si oui, est-ce que cette peur ne va pas entraver mon voyage ?

Je pars du principe que si on a une trouille viscérale, on sera méfiant, sur la défensive, ce qui est peu propice à la rencontre avec les habitants. Et pour moi, pas de voyage sans rencontres. Je préfère aller dans un pays qui m’effraie moins et être à l’aise avec les habitants.

De plus, j’ai tendance à penser que la peur attire les emmerdes ! Je pense que lorsque l’on est trop sur la défensive, pas à l’aise dans ses baskets etc. Et bien au final on fait des cibles toutes trouvées.

En étant parano, on peut soit-même provoquer des situations désagréables. Cela me rappelle ces touristes convaincus qu’ils se font toujours arnaquer et finissent par être agressifs avec les vendeurs de rues et s’attirer ainsi de l’hostilité. J’ai eu de nombreuses occasions d’être témoin de cette situation.

Petite précision, avant que l’on ne me jette des tomates à la figure, (et c’est là où l’exercice du blog est pratique, on ne se salit pas !), je ne suis pas en train de dire qu’on est coupable si l’on se fait agresser ou voler. Je dis juste qu’il y a parfois des composantes que l’on peut éviter ou provoquer. Nos attitudes, notre état d’esprit peuvent parfois (pas toujours) faire la différence.

Mais là aussi point de discours normatif, il est tout à fait possible de partir avec la boule au ventre, par choix, et en toute connaissance de cause. Rechercher à se dépasser, rejoindre quelqu’un que l’on aime, se chercher dans l’adversité peuvent aussi être des moteurs du voyage.

Ma conclusion…

Voyager c'est risqué ?
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En guise de conclusion je dirais qu’à l’image de la vie quotidienne, le voyage ne peut s’affranchir d’un minimum de prise de risques. Le choix vous incombe pour définir vos propres limites. Pour cela, il vous faudra dans un premier temps être à l’écoute de vous même, de vos désirs, de vos quêtes, de vos craintes, de vos capacités. Puis la recherche d’informations et l’échange avec les autres sera la seconde étape. Attention, toutefois à garder votre sens critique et ne pas subir la pression des autres. Vous trouverez toujours des voyageurs plus courageux ou plus vantards mais n’oubliez pas que vous voyagez pour vous même. On n’est pas tous de grands aventuriers ou des têtes brûlées et c’est très bien comme ça.

A vous de voir jusqu’où la prise de risque est intéressante, jusqu’où elle vaut la peine ou non. En définitif, c’est vous et vous seul qui pourrez répondre à la question « Est ce que j’y vais ou est-ce que je reste chez moi ? ».

Et si finalement le plus grand risque à voyager serait celui de ne plus vouloir rentrer, celui de faire des rencontres qui vont changer votre vie, de sortir de votre zone de confort et de vous rendre compte que vous adorez ça ! Ou le pire du pire celui de devenir accro aux voyages ? Mais ça, c’est une autre question…

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le guide de Benoît et Fabienne de novomonde sur la prévention des risques en voyage, avec un focus spécifique sur l’Asie et l’Amérique du sud.

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