Visiter la bouillonnante León au Nicaragua : entre révolution, religion et art


Il est des villes de cœur, de celles où l’on se sent chez soi quasi instantanément. León au Nicaragua en fait partie. Haut lieu de la révolution sandiniste, León est aujourd’hui une cité estudiantine et populaire à l’opposé de la classieuse Granada. L’histoire hante et orne encore les murs de la ville et l’énergie électrique de l’époque s’incarne aujourd’hui autrement.

Leon possède de multiples facettes que nous vous invitons à découvrir avec ces trois idées de parcours thématiques.

León, sentier révolutionnaire

C’est à León que le mouvement sandiniste, qui s’opposa à la dictature des Somoza, mit en place un autre gouvernement en 1979.

Cette histoire se retrouve encore aujourd’hui sur les murs de la ville. Les peintures murales sont un outil d’expression populaire très présent au Nicaragua. Que ce soit pour commémorer des évènements importants de l’histoire du pays ou comme support d’éducation à la sexualité, ce mode d’expression est accessible à tous. Une belle forme d’éducation populaire qui se développa d’autant plus pendant l’ère sandiniste.

Les fresques, ou murales, témoins d’un passé tumultueux

Les murales politiques regroupent souvent des codes couleurs ou des symboles qu’il convient de pouvoir analyser. Les couleurs ne sont pas utilisées par hasard. Le noir et le rouge symbolisent le sandinisme tandis ce que le bleu et blanc représentent le drapeau du Nicaragua.

Drapeau FSLN

Détail d’une peinture murale. On y distingue le drapeau du FLSN

Les personnages que l’on retrouve fréquemment sont bien entendu Sandino (EL révolutionnaire) reconnaissable à son chapeau et Carlos Fonseca (le fondateur du FLSN) avec ses lunettes aux montures épaisses.

Les principales murales se situent dans l’hypercentre de Leon autour du parc central ou à quelques cuadras (blocs). En quadrillant ce quartier vous ne pourrez pas les manquer.

Commençons par la murale suivante sur une place prisée des jeunes. Cette très longue murale commémore le combat des étudiants contre la dictature et un jour particulièrement sanglant, le 23 juillet 1959, où nombre d’entre eux sont morts sous les balles du régime de Somoza. Une autre fresque la poursuit sur un autre registre. On y voit un couple nu et des messages de prévention pour se protéger du VIH/Sida. La mort, la vie …

Murale étudiants

Fresque murale de commémoration pour les étudiants massacrés pendant la révolution

Sur la même place, une murale plus ancienne et abimée montre le sentiment anti-américain puissant qui a nourri la révolution. Les États-Unis et plus particulièrement la CIA (soutien de la dictature des Somoza) sont représentés par un serpent à deux têtes. Au delà de cette illustration, la murale incite à utiliser son droit de vote.

Murale CIA

Peinture murale critiquant le politique américaine, la CIA est représentée comme un serpent.

Pour vous plonger davantage dans l’histoire révolutionnaire du pays, vous pourrez visiter la Galeria de los heroes y martires. Elle recueille des photos et des objets personnels des martyrs de la révolution. Elle est tenue par les familles des victimes. Elle se situe tout près des deux murales que je viens de décrire.

Fresque

Fresque devant la galeria des los heroes y martyres

Deux autres murales tous proches du parc central méritent aussi d’y passer un petit moment. Leurs styles sont différents des précédentes.

La première retrace l’histoire du pays jusqu’en 1979. On y retrouve des dessins ou symboles pour chaque époque, les origines précolombienne, la conquête espagnole, la dictature des somoza, la révolution.

En face de cette fresque, se trouve un monument de commémoration du dixième anniversaire de l’insurrection qui rend hommage à Carlos Fonseca.

Murale historique

Murale qui retrace l’histoire du Nicaragua jusqu’en 1979

De l’autre côté de la rue, devant la caserne de pompiers, dans un style plus contemporain, la plus célèbre murale de la ville prend ses aises. La silhouette de Sandino remplie de nombreux symboles de la lutte armée, écrase une icône américaine, l’oncle Sam. Si on regarde de près, ce dernier est étrangement représenté et sa position fait penser à un chien. Mon petit doigt me dit que ce n’est pas fortuit de la part de l’artiste…

Murale Oncle Sam

Murale où l’on voit Sandino s’en prendre à un symbole des États-Unis : l’oncle Sam représenté comme un chien

Un témoignage poignant au musée de la révolution

Pour terminer ce parcours et enrichir votre connaissance de l’histoire politique du Nicaragua, vous pouvez vous rendre au musée de la révolution qui a pris ses quartiers dans l’ancien bâtiment de la mairie. Tout un symbole que de se réapproprier un lieu de pouvoir. Les murs sont encore criblés de balles. D’anciens combattants accueillent les visiteurs pour témoigner de leur rôle au cœur de la révolte sandiniste. Le témoignage de Juan qui nous a guidé ici reste pour nous un moment particulièrement fort de notre voyage. Des images et objets d’archives sont également exposés.

A l’intérieur, on retrouve aussi des murales colorés en l’honneur des héros de la révolution.

Héros révolution

Murale représentant les héros des révolutions sud américaines

Ce parcours nous a permis de réaliser à quel point l’histoire de cette région du monde était peut enseigné en France. Apprendre l’histoire par ceux qui l’ont vécu, cela prend également un autre sens.

Leon, chemin religieux

Changement de décor radical pour le deuxième parcours thématique que vous pouvez faire de la ville de León. Après la face politique, c’est une León religieuse qui vous attend. Les églises se comptent par dizaines ici, il suffira de vous balader et de vous perdre pour tomber nez à nez avec une de ces splendeurs tantôt baroques, tantôt néoclassiques. Beaucoup d’églises sont colorées ce qui permet de les reconnaître facilement.

La majestueuse cathédrale de la Asunción

Si vous démarrez votre parcours par le parc central, impossible de rater l’imposante cathédrale de la Asunción datant du XVIIIe siècle. Il s’agit de  la plus grande de toute l’Amérique centrale. La façade semble décrépie mais je trouve que son charme reste intacte.

Les entrées sont gardées par d’imposantes sculptures de lions. L’intérieur se pare de nombreux décors baroques ainsi que d’une représentation originale du Christ en bois. L’entrée est libre. Seule la visite du toit est payante. Nous le l’avions pas fait mais en regardant les photos de la vue qu’elle offre, je regrette amèrement. De là, vous pourrez observer en premier plan, les dômes de la cathédrale d’une blancheur immaculée qui se découpent dans un horizon constellé de volcans. Bref, c’est beau !

Cathédrale de Leon

Cathédrale de la asuncion à Leon

L’église de la Merced en pleines festivités

Après cette délicieuse visite, vous pouvez longer l’avenida 2 Noroeste (Poniente) jusqu’à arriver sur une place où se situe la blanche église de la Merced. Lors de notre passage à León, nous avons eu de la chance car il s’agissait des fêtes en l’honneur de la vierge de la Merced. Notre hostal étant situé juste à côté, nous n’avons pas manqué une miette des processions, où tour à tour, porteurs et porteuses font défiler une immense vierge. Ce cortège est suivi bien entendu d’une banda (groupe de musicien typique en Amérique centrale) où les cuivres font vibrer le sol. Et pour bien marquer le caractère festif de l’évènement, le tout est agrémenté de pétards à vous exploser les tympans.

L’église de la recoleccion, haute en couleurs

Plus au nord, entre la calle nordeste et l’avenida 1 Noroeste (Oriente), l’imposante et altière église de la recoleccion met de la couleur dans le quartier. Son jaune vif est sa couleur d’origine. Lors de sa rénovation, c’est en retrouvant quelques pigments conservés que l’on a pu lui redonner toute sa superbe d’antan. De style baroque, elle a de jolies colonnes torsadées et des médaillons sur sa façade. A l’intérieur de nombreux bas reliefs détaillent les étapes de la crucifixion. Ils sont en excellent état grâce au travail de restauration qui a été mené.

Eglise

Façade de l’église de la recoleccion reconnaissable par sa couleur jaune

Eglise recollecion

Façade de l’église de la recollecion reconnaissable par sa couleur jaune

L’église du calvaire, l’atypique

Quelques cuadras (blocs) à l’est, le long de l’avenida 3 Noroeste, une dernière église pour la route ?

Je termine par ma préférée, l’église du calvaire. Même si son nom ne donne franchement pas envie, ses couleurs, l’originalité de sa façade en brique et son charmant jardin vous feront changer d’avis.

Eglise du Calvaire

Façade de la sublime église du calvaire et ses couleurs chatoyantes

La façade est un mélange de néoclassicisme et de baroque. Les briques qui se distinguent sont en fait un trompe l’œil. Ici aussi, il est possible d’admirer la vue sur la ville en montant en haut de l’église.

Je n’ai cité ici que les églises principales de la ville, elle ne représentent qu’une petite fraction du patrimoine religieux. N’hésitez pas à demander aux habitants de vous faire découvrir d’autres lieux de culte. C’est aussi une bonne manière de découvrir le quotidien des nicaraguayens et l’ambiance d’un quartier où l’église est souvent un élément central. C’est le cas du quartier de la subtavia et de son église San Juan Bautista.

León, échappées culturelles

Vous n’en avez pas assez de León ? Ça tombe bien la ville recèle encore de nombreuses pépites (parfois très improbables). Ce dernier parcours est très éclectique puisqu’il vous emmènera à travers les différents musées de la ville. Une manière de connaître les différentes composantes culturelles et artistiques de la ville.

L’étrange musée des croyances et des légendes

Commençons par le plus étrange et surprenant musée que nous avons eu l’occasion de visiter. Le musée des croyances et des légendes. Légèrement excentré, ce musée nous intriguait, alors nous avons profité d’un jour de pluie pour nous y réfugier. Comme son nom l’indique ce musée permet de découvrir les légendes du pays. Ce que l’on ne savait pas c’est que leur présentation est quelque peu originale. Sous forme de mise en scène grandeur nature, Dona Carmen Toruno de Garcia, à l’initiative de ce projet, a collecté tout un tas de personnages en papier maché pour nous plonger dans les histoires inquiétantes propres aux légendes.  Le prêtre sans tête, la femme qui a perdu son enfant… sont autant d’histoire que le guide des lieux vous racontera avec beaucoup de dramaturgie dans ce décor étrange. En effet, au delà des personnages, des mises en scènes insolites, ce musée comporte une autre particularité… Il a été installé dans une ancienne prison (l’antigua carcel de la 21) qui servaient à retenir et punir les détracteurs de Somoza. D’ailleurs le guide nous fera un petit topo sur les méthodes de tortures pratiquées à l’époque. Celles-ci sont même détaillées dans la cours dans des mosaïques (bienvenidos).

Ange

Personnage mis en scène au musée des légendes et des traditions

C’est un mélange de curiosité, de fascination et de dégout qui nous a assailli tout au long de la visite. Le guide s’en amuse. Il a l’habitude de voir les visiteurs complètement estomaqués par ce lieu improbable. Au delà des bizarreries, il y a aussi une collection des objets du quotidien (notamment agricole) du Nicaragua.

Après cet étrange mélange entre superstition et croyances populaires, vous pourrez aller découvrir un pan plus conventionnel des arts nicaraguayens et notamment littéraire.

Ruben Dario, écrivain emblème du Nicaragua

Ruben Dario est sans nul doute l’écrivain nicaraguayen le plus connu. Né en 1867, il a appartenu au courant du modernisme dont il a émaillé sa poésie et sa prose. On dit même qu’il en serait à l’origine.

A Leon, un musée lui est consacré. Installé dans sa maison d’enfance, l’exposition retrace toute la vie du poète grâce aux nombreux objets, archives, documents, photographies qui ont été collectés.

Pour le plaisir des mots, voici un de ses poèmes :

Aime ton rythme

Aime ton rythme et rythme tes actions
Sous sa loi, de même que tes vers ;
Tu es un univers d’univers
Et ton âme une source de chansons.

La céleste unité que tu présupposes
Fera jaillir en toi des mondes divers,
Et au son de tes nombres épars
Pythagorise dans tes constellations.

Écoute la rhétorique divine
De l’oiseau de l’air et devine
La nocturne irradiation géométrique.

Tue l’indifférence taciturne
Et enfile perle sur perle cristalline
Là où la vérité renverse son urne.

Le musée d’art de la fondation Ortiz

Et enfin pour terminer Ces découvertes artistiques, direction le Musée d’art de la fondation Ortiz Gurdian. Quatre maisons coloniales offrent un bel écrin aux différentes œuvres présentées ici (du XVIe siècle à nos jours). On y retrouve des artistes européens mais surtout une belle représentation d’artistes mexicains et sud américains. L’entrée est de 2 dollars pour les étrangers.

Vous le savez désormais, Leon est une ville pleine de surprises et de contrastes. Et encore, nous n’avons pas encore parlé de ses environs… La suite au prochain épisode.

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Informations pratiques – conseils aux voyageurs

Ce voyage à eu lieu en 2013, mais les informations ont été actualisées en mars 2016

Visiter les églises de Leon

Les différentes églises sont libres d’accès. Faites attention aux heures de messe si vous souhaitez visiter l’intérieur.

La visite des toits de la cathédrale de la Asunción est possible entre 8h00 et 12h00 et 14h00 et 16h00 du Lundi au Samedi. L’entrée est de 1 $.

Galeria de Heroes y martyres

Entre 1a Calle Noroeste et l’église de la Merced, un demi cuadra à l’ouest

Horaires : 10h00-17h00

Entrée : 1$

Musée de la révolution

L’entrée se situe sur la place du parc central (face à la cathédrale). L’entrée est de 60 cordobas, visite guidée comprise. Les pourboires sont appréciés.

Musée des croyances et des légendes

4a Calle Suroeste, en face des ruines de San Sebastián

Horaires : 8h00-17h00

Entrée : 2 $

Musée d’art de la fondation Ortiz Gurdian

Angle Avenida 3 et Calle central

Horaires : 9h00-16h00

Entrée : 1$

Musée Dario Ruben

Calles Central Rubén Darío et 4a Avenida Suroeste

Horaires : 8h00-12h00 et 14h00-17h00 Jeudi au samedi, 8h00-12h00 le dimanche

Entrée : Prix libre

Prochaine étape au Nicaragua, la fabuleuse île d’Ometepe, un petit bout de paradis volcanique idéal pour se reposer. 

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A propos Laura

Droguée aux voyages depuis maintenant plus de 10 ans, je sillonne la planète avec Seb à la recherche de petites ou de grosses bêtes. Les forêts luxuriantes jusqu'au déserts lunaires m'offrent un terrain de jeu à ma deuxième passion : la photo. Entre deux voyages, je bosse dans le domaine de la prévention santé.

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