Voyageur loser ! Episode 1 – Un car pas si rapide ! 10


Des petites galères, des anecdotes douteuses, des plans foireux, des aveux inavouables … Voyageur loser c’est un peu tout ça à la fois. Une nouvelle rubrique qui ne se prend pas la tête et vous dévoile (non sans un trait d’humour) les situations cocasses que nous avons vécu au cours de nos voyages. Attention, si vous recherchez du sang, du sexe ou tout autre sujet sensationnaliste, passez votre chemin. Ici, on vous cause des petites tracasseries du voyageur, de celles qui font de supers anecdotes par la suite.

De quoi déglamouriser le voyage, révéler l’envers du décor et surtout décomplexer le voyageur débutant ! Et oui, il y a un voyageur loser en chacun de nous.

Pour ce premier numéro, nous partons au Sénégal. Premier voyage et donc première galère.

Le Sénégal est un pays extraordinaire, nous ne le rappellerons jamais assez, mais exercice stylistique oblige, il nous faut parler d’une petite galère.

Plantons le décor, nous sommes à Cap Skirring sur la côte Sénégalaise, à 60 km de Ziguinchor, au dessous de la Gambie. Pour ceux qui ne sont pas expert es « frontières de l’Afrique de l’ouest » sachez que le Sénégal possède une curiosité géographique. En effet, il contient un pays totalement enclavé en son sein, il s’agit de la Gambie. Donc quand vous êtes quasi au centre du Sénégal, vous êtes en réalité en Gambie (où cela dit en passant on parle anglais, une manière pour le voyageur distrait de se rendre compte qu’il a passé la frontière).

carte sénégal gambie voyage

Carte du Sénégal et de son pays enclavé… la Gambie

Bref, c’était la fin des vacances et afin de reprendre notre avion, il nous fallait rejoindre Dakar. A vol de calao, pas de quoi fouetter un chat me direz vous ?

Sauf qu’en regardant sur la carte, petit futé que vous êtes, vous vous apercevez qu’il y a un obstacle. Lequel ? Il faut traverser la Gambie.

Et alors, on passe la frontière, on traverse la Gambie et emballé c’est pesé ?

Et bien oui… Normalement ! Enfin même en temps normal, le passage de la frontière Gambienne est déjà une aventure en soi.

Mais là non, ça se corse.

Une autre particularité du Sénégal, cette fois-ci géopolitique, consiste à être souvent fâché avec la Gambie. L’histoire ne dit pas si c’est le Sénégal qui boude ou la Gambie qui a commencé en premier. Pour avoir fait quelques recherches, ce que je sais de source sûre c’est que 10 ans après notre passage, ça n’a pas l’air de s’être arrangé.

Toujours est-il est qu’au moment de faire ce fameux trajet Cap Skirring-Dakar, ces deux là sont en froid et pour montrer leur mécontentement, les frontières sont fermées !!!

Y’en a qui font la grève du sexe… à chacun sa technique !

A cette époque là, en 2005, il n’y avait pas moyen de rejoindre Dakar par la mer… le ferry avait coulé quelques années plus tôt (chaque sénégalais se rappelle cet accident tragique du Joola en 2002). L’avion trop cher et pas si fréquent !

Nous avons donc choisi (façon de parler) de jeter notre dévolu sur un car dit « rapide ». Vous aurez déjà compris que de « rapide » il n’avait que le nom. Cette petite embrouille sénégalo-gambienne nous aura valu multiplier notre temps de trajet par 2. Au lieu de 10h de bus c’est parti pour 24h

Ajouté à cela le facteur « bus sénégalais, il y a 10 ans sur des routes défoncées », les 24h réelles se transforment en 72h ressenties.

On a bien mis 24h mais on n’en voyait pas le bout. Quoi qu’est ce que j’entends ? Nous sommes des chochottes, 24h de bus, pfff trop fastoche ?

Bus dakarois dit car rapide !

Bus dakarois dit car rapide !

J’ai oublié de vous donner quelques précisions :

  • Nous étions pas loin de 24 pour un bus qui ressemble à un gros Renault Traffic avec des banquettes en bois
  • Nous avions réussi à choper les dernières places donc les plus pourries (au fond, collés contre la portière arrière où se trouve l’apprenti qui ouvre et ferme sans arrêt). Nous étions donc assis sur une seule fesse chacun, comprimé de fait avec un inconnu de chaque côté, les genoux repliés pour laisser passer les marchandises à nos pieds qui s’entassent
  • Je précise (ami du glamour, tu apprécieras), que j’avais une cystite en fin de course (infection urinaire) qui requiert normalement l’usage régulier de toilettes
  • Les pauses ont été inexistantes, je me demande comment notre sang a bien pu continuer à circuler et ma vessie ne pas exploser
  • Ah non je mens, il y a bien eu des pauses… le chauffeur s’arrête pour acheter des bananes, le chauffeur s’arrête encore pour regarder un match de foot dans un village, le chauffeur évite des singes sur la route… Sauf que pendant ce temps personne ne sort pour se dégourdir les jambes et que toi pauv’ nouille t’oses pas demander car tout le monde a l’air de trouver ça normal (t’es le seul toubab, tu veux te la péter « j’me la joue local » alors tu dis rien)
  • Nous n’avions pas à manger mais cela fût réglé (alélouiah) par ce que j’appelle « les vendeurs à la fenêtre ». Ce sont des vendeurs de tout un tas de choses qui au moindre ralentissement te proposent avec précipitation leur article à la fenêtre du bus ou du taxi brousse. Tu dois te dépêcher et tu as intérêt à faire l’appoint car les vendeurs n’ont parfois pas assez de temps pour faire de la monnaie

Après 24h dans ces conditions, malgré tout, on n’était pas en si piteux état que ça (ou alors mon cerveau a voulu oublier ce souvenir pour ne pas me traumatiser). 10 ans après on se demande comment on a bien pu supporter ça sans râler. Du coup on s’est fait un mini guide de survie au voyage en bus !

Nous sommes convaincus qu’aujourd’hui nous ne résisterions pas à l’expérience… surtout pas après avoir goûté au confort des bus argentins !

Conseil du voyageur loser : ne goûte pas au luxe d’un bus tout confort trop tôt dans ton parcours de baroudeur, tu pourrais ne jamais pouvoir revenir en arrière.

Et vous, quelques expériences d’infortune en bus ? Allez, c’est là où un voyageur passe une bonne partie de son temps, vous avez bien quelque chose en stock ? Pour nous, il y a bien cette fois où nous avons été bloqués en pleine nuit par un glissement de terrain en pleine montagne, ça compte aussi !


A propos de Laura

Droguée aux voyages depuis maintenant plus de 10 ans, je sillonne la planète avec Seb à la recherche de petites ou de grosses bêtes. Les forêts luxuriantes jusqu'au déserts lunaires m'offrent un terrain de jeu à ma deuxième passion : la photo. Entre deux voyages, je bosse dans le domaine de la prévention santé.


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10 commentaires sur “Voyageur loser ! Episode 1 – Un car pas si rapide !

  • Mélina

    Souvenirs, souvenir !
    Il m’aura fallut que 16h pour le même trajet, mais dans un grand bus (pas vraiment plus confortable !) Enfin quand je dis 16h, j’ai abandonné en arrivant à Rufisque dans les bouchons, je n’ai pas tenue le coup jusqu’à Dakar !!
    Dans le même genre, j’ai osé le Dakar-Bamako en bus (48h sisisi), sans clim, sans fênetre … et sans frein d’ailleurs puisque nous avons eu un accident en arrivant à Kayes.
    En même temps, ça fait tellement de bons souvenirs à raconter 😉

    • Seb

      Énorme ! Dakar – Bamako en 48h ! Mmmmmh que ça devait être délicieux pour ton popotin… J’espère que ce n’était pas en car rapide tout de même, avec un semblant de place individuel et de mousse sur le siège.
      Je ne le tenterai plus aujourd’hui si j’ai le choix, je dois l’avouer…

  • Guillaume

    Nous pensions que nos 26 heures de train en « hard seat » en Chine était dur. Ça fumait, crachait, puait, chantait, criait mais au moins on pouvait (difficilement certes) aller aux toilettes 🙂
    Je ne sais pas si nous pourrions tenir un trajet comme la vôtre… Je pense que lorsqu’on est dedans et qu’on a plus le choix, on tient 🙂
    Très bel article, j attend avec impatience l’épisode 2 😀

    • Seb

      Exactement ! Une fois qu’on est dedans, on se résigne, pas le choix ! Et puis le fait de voir les autres passagers ne pas broncher, voir que c’est quasiment banal pour eux fait relativiser… Mais je ne suis pas pour autant pressé de retenter l’expérience !

  • Pierre Philippe

    lol..merci pour cet article « vérité  » Laura car les voyageurs ont tendance à cacher leurs mésaventures, pas très glorieuses , parfois fouareuses pour ne raconter que les bons souvenirs.. et oui ca aussi, ca arrive parfois, c’est la réalité du voyage mais cela ne gache en rien le plaisir du voyage.. dans son ensemble !!
    ps pire souvenir .. un lépreux-mendiant qui me lâchait pas à Bénarès ( au sens propre ) .sic

    • Laura Auteur du billet

      C’est bien tout le but de cette série, parler sans tabou du voyage et évoquer aussi la partie moins glamour. Non pas pour décourager mais au contraire décomplexé et rassuré. Ces anecdotes, ces petites galères ce sont elles qui font le plus grandir. Elles permettent de se tester, de trouver des alternatives, d’être débrouillard … Ce qui est chouette c’est qu’elle donne aussi envie à d’autres voyageurs de se confier. Merci pour votre témoignage !

  • Alexandra

    ça commence à faire 24 heures… quand on s’attend à faire 24 heures dès le départ, ça va (enfin…) mais quand ce n’est pas prévu… les boules !
    cela me fait penser à l’Indonésie ou je prenais les petits bus pourris pour me déplacer (à Java) et bien-sûr, j’étais la seule touriste… mais quelle galère, des heures et des heures dans le bus, ça n’en finissait plus. Je voulais presque sortir du bus et terminer à pied tellement c’était lent. On s’arrêtait tous les 100 mètres pour récupérer ou faire descendre quelqu’un, et quand ENFIN le bus roulait, j’ai cru qu’on allait tous mourir !!!
    Et aussi, pour les expériences de bus de loser… la Bolivie pendant les émeutes de 2003… 15 heures au lieu de 5, mais avec la peur au ventre, ça paraît bien long (des jets de pierres contre les vitres, des tirs ici et là, les militaires défilaient à droit et à gauche du bus… 6 morts au final…
    Ahhhh, ça fait des souvenirs !!!!!!!!!

    • Seb

      Wow, effectivement c’est beaucoup moins rigolo quand ça tourne violent à ce point… On a eu quelques barrages et manifestations sur la route en Bolivie aussi, mais sans commune mesure heureusement.
      J’ai l’impression que dans la liste des petits et gros tracas du voyage, le bus tient une excellente place ! De l’anecdote dont on se souvient avec le sourire (après coup), jusqu’aux événements carrément dramatiques.

  • Marion

    Je découvre votre blog avec cette série, et je suis déjà conquise ! Mon père étant passionné d’Afrique et y allant tous les ans, j’entends souvent des récits qui s’approchent du vôtre. Ca me fait beaucoup rire, mais je ne m’imagine pas dans ce genre de situation, une infection urinaire sur les bras en plus! Je m’en vais lire la suite des aventure du voyageur looser, j’aime beaucoup le ton de ces articles. À très bientôt!

    • Laura Auteur du billet

      Bienvenue à toi sur notre blog ! Contente que cette série te plaise, je vois que tu en as déjà lu quelques uns ! Merci beaucoup de tes commentaires. Ton père a déjà vécu des épisodes similaires ? cela ne m’étonne pas. C’est ce qui fait pour moi le charme de ces voyages. Sur le moment on ne rigole pas toujours (et encore) mais cela fait de sacrés anecdotes. Ce trajet en bus je ne suis pas prête de l’oublier !