J’aime de plus en plus les pages blanches et les photos non développées. Celles qui laissent l’imagination se débrider et la surprise advenir. Ce n’était pas dans mes plans de visiter Alençon, le nom de cette ville, je dois l’avouer ne m’évoquait pas grand chose. Si on m’avait posé une quelconque question sur cette ville, j’aurais bien eu de la peine à y répondre.

Alors quand on nous a invité à la découvrir, nous qui sommes plutôt rats des champs que rats des villes, cela m’a étonné. Mais la curiosité étant plus forte que l’incongruité, nous nous sommes laissés tenter. D’autant plus que les alentours d’Alençon réservent de belles surprises nature, comme la forêt d’écouves.

Lors d’une escapade dans le Perche, nous avons donc fait un détour par Alençon et ses alentours. De quoi colorer cette page blanche et nourrir notre insatiable appétit de découverte.

Découvrir le patrimoine d’Alençon avec un greeter

Au pied de la basilique, c’est un homme élancé, une silhouette de roman qui nous accueille. Un long manteau de pluie bordeaux, une paire de basket et une étincelante crinière blanche accompagnée de sa barbe toute aussi immaculée : il s’agit de Thierry. Thierry est alençonnais des pieds à la tête, et surtout de cœur. Il y est né et y a sûrement toujours vécu. Habitant de cette cité, il propose gratuitement aux visiteurs de la lui faire connaître à sa manière. C’est le principe du greeter.

Nous connaissions ce principe, mais nous n’avions encore jamais eu l’occasion de le tester. La ville est pour nous un terrain à défricher, il y a tant à voir, à faire, à regarder, qu’un peu d’aide n’est jamais de trop. Mieux encore, si la visite se teinte de la personnalité de son guide, de sa subjectivité et oublie outrageusement l’exhaustivité des « trucs à voir ».

Aussitôt charmé par l’enthousiasme de Thierry, nous partons avec trois autres personnes. Par chance, l’un de ces êtres n’est autre qu’un enfant de 4 ans. Une aubaine pour occuper Hélio qui n’était pas franchement d’humeur à une visite de patrimoine. A eux deux, ils ont réinventé la ville, tantôt une vaste piste de décollage pour avion supersonique, tantôt une forteresse imprenable pour chevaliers armés jusqu’aux dents, quand elle n’était pas un énorme vaisseau en proie à de sanguinaires pirates.

Thierry aiguille notre regard là où il ne se serait pas attardé. Une vieille enseigne, la devanture d’une boutique, le nom d’une rue, une statue commémorative. Il nous les décrypte à grands renforts d’informations historiques que je serais bien en mal de retranscrire ici dans le détail. Il nous balade du moyen âge à la grande guerre avec une légèreté très agréable. Nous le suivons enchantés dans les ruelles et anciens coupe-gorges que nous n’aurions jamais trouvé par nous même.

La ville est connue pour la richesse de son patrimoine. Des hôtels particuliers au château en passant pas les halles au blé ou aux toiles, les occasions de s’extasier devant de beaux édifices ne manquent pas. Thierry nous livre les secrets de ces vieilles pierres. Celles du château, humides et inhospitalières ont accueillies, encore récemment, une maison d’arrêt. Nul besoin d’y mettre un pied pour imaginer les conditions déplorables de détention. Thierry qui, en tant qu’ancien enseignant bénévole, a rencontré plusieurs fois des détenus, confirme nos impressions. Il se félicite que la maison d’arrêt ne s’y trouve plus et il espère que le château aura une autre fonction désormais.

Un jardin et une coupole en forme de meringue attirent notre regard, Thierry esquisse un sourire, un de ceux qui trahissent le fait que nous allons bientôt découvrir une des merveilles d’Alençon. Dans cette église jésuite, se trouve aujourd’hui la bibliothèque municipale. Une bibliothèque qui ne manque pas de charme comme vous pouvez le constater en photos. Elle est accessible gratuitement aux heures d’ouverture, des étudiants viennent y travailler et des curieux la dévorer des yeux. Le temps est suspendu, les ouvrages anciens semblent délicats, on a envie de les manipuler à pattes de velours.

Attenant, le musée de la dentelle (que nous n’avons pas eu le temps de visiter) est lui aussi le lieu de la délicatesse par excellence. La dentelle d’Alençon est réputée dans le monde, elle est d’une finesse et d’un raffinement tel que cet artisanat est classé au patrimoine immatériel de l’Unesco. Je regrette de n’avoir pas pu contempler toutes les pièces. Moi qui est tant été subjuguée par l’habilité de la technique du filet perlé à La Perrière dans le Perche, je pense que j’aurai encore une fois décroché ma mâchoire devant ce travail de précision et de patience.

Se mettre au vert d’Alençon à la forêt d’Ecouves – les rochers du vignage

Que les drogués de la chlorophylle se rassurent, le bitume alençonnais est allégrement colonisé par des espaces verts et des jardins. Celui des promenades permet une pause bien méritée lors d’une visite. Pause qui sera décuplée si vous êtes avec un enfant car celui-ci pourra s’occuper sur l’espace jeux. Les botanistes en herbe auront aussi de quoi se mettre de l’herbe sous la dent avec le jardin expérimental , le verger conservatoire de la maison d’Ozé ou l’arboretum.

La forêt étant de loin notre milieu préféré, nous avons quant à nous jeté notre dévolu sur la forêt d’Ecouves à une dizaine de kilomètres de la ville. Munis de notre pique nique, nous nous sommes arrêtés pour prendre un bol d’air.

Le printemps tarde encore à venir. Les feuilles de l’automne trainent encore ici et là. Nous nous engouffrons un peu plus dans la forêt et des rochers attirent notre attention. Il s’agit des rochers de grès du vignage. Un lit de mousse, de lichens et de fleurs s’y déploie. Nous grimpons et sommes récompensés par un très joli panorama sur la forêt d’Ecouves et une bonne rasade de soleil. Un environnement parfait pour digérer et laisser filer le temps. La faune locale, intriguée par notre présence, nous fera même l’honneur d’un petit défilé. Scarabée irisé et lézard en mode camouflage au programme.

Se laisser surprendre au musée insolite du vélo, la belle échappée

Le vélo et moi c’est une grande histoire d’amour… à quelques conditions près : que la piste soit plate et le chemin pas trop long ! Non sans rire, j’aime faire du vélo pour me balader, mais je ne voue pas un culte particulier au cyclisme. Alors, vous me direz sûrement pourquoi donc aller à un musée consacré au vélo ? D’une part car il parait que le musée est super pour les gamins (et je suis une maman sympa qui sait se sacrifier ;) et d’autre part car ça ne fait jamais de mal d’aller à contre emploi de ses affinités. Contre toute attente, j’ai vite été séduite par ce musée.

A taille humaine, on sent tout de suite que c’est une affaire de passionnés. Dès l’entrée, ma curiosité est piquée au vif avec un cyclopousse asiatique, ou bien encore un vieux tricycle en bois en forme de cheval.

La première salle du musée, avant l’accueil, expose les premiers vélos. Je n’y avait jamais pensé, mais l’ancêtre de la bicyclette est la draisienne. Un exemplaire en bois et sans pneu qu’Hélio regarde avec beaucoup d’envie. Je me dis alors que si je ne suis pas une cycliste aguerrie aujourd’hui, je ne l’aurai sûrement pas été à l’époque. Le confort ne devait pas être au rendez-vous. En revanche, il est très intéressant de comprendre la construction des premiers spécimens de vélos et l’évolution de la technologie en la matière. Il fallait être un peu fou, acrobate et équilibriste pour se lancer sur ces bolides. Juste à côté, un autre vélo, plus moderne traverse sur 5 mètres la salle, il s’agit du vélo le plus long du monde. Homologué au guiness book s’il vous plait ! Comme certains me l’ont demandé, il roule bel et bien mais je doute tout de même de sa stabilité. Je vais m’en tenir à mon vélo ordinaire.

La visite se poursuit dans l’obscurité d’un couloir desservant plusieurs mises en scène joliment éclairées. L’ambiance est immersive et permet de se plonger dans l’histoire des grandes compétitions de vélo, notamment le tour de France. Même si je n’ai pas cette culture « tour de france », l’exposition m’a intéressé car la scénographie et la pédagogie sont très bien pensés. Hélio a même eu le privilège de parcourir l’exposition en tricycle. C’est possible pour les enfants quand il n’y a pas trop de monde.

Vous l’aurez compris, si vous passez à Alençon, n’hésitez pas à faire un petit détour, les musées populaires comme celui-ci méritent d’être soutenus !

Se prendre pour un impressionniste à Saint Ceneri le Gerei près d’Alençon

Pour terminer cette découverte d’Alençon et de ses environs, j’avais envie de vous parler d’un village qui fait la synthèse entre les différents marqueurs forts de ce territoire, à savoir patrimoine, religion et nature. Saint Ceneri le Gerei est labellisé comme l’un des plus beaux villages de France.

Son histoire est liée à Cénéri, un italien fuyant sa famille au VIIe siècle. Au service du pape, il avait pour vocation d’évangéliser la population. Il s’installa sur cette langue de terre entourée par la Sarthe après avoir vécu deux miracles. Le premier fût de voir jaillir une source après avoir fait un signe de croix, le deuxième de voir les eaux de la Sarthe cesser de couler pour le laisser passer. Il s’installera ici et attirera des pèlerins jusqu’à fonder une communauté de près de 140 moines bénédictins. Ce n’est que bien plus tard après sa mort que les édifices religieux actuels, l’église et la chapelle seront construits (respectivement au XIe et XIVe siècle).

Si vous passez par là, prenez le temps d’entrer dans l’église, les peintures murales sont d’une grande qualité et d’un style assez rare. Dans la chapelle, le décor est plus modeste mais les croyances et traditions demeurent fortes. La coutume veut qu’on plante une aiguille dans le cousin sous la statue de Saint Cénéri afin de trouver un mari. A en croire le nombre d’aiguilles, la statue doit être responsable d’un nombre considérable d’unions… Une grosse pierre juste en dessous permettrait quand à elle de guérir ainsi que d’avoir un enfant. Ayant déjà un homme et un enfant, je n’ai rien pu soutirer à cette chapelle, à part un beau moment de culture et d’histoire.

Situé entre la Normandie et le Maine, le village fera l’objet de nombreuses convoitises et d’âpres batailles entre les seigneurs.

Au XIXe siècle, il est encore désiré mais d’une manière plus pacifique. De nombreux peintres s’entichent de lui. Ils sont nombreux à fréquenter les auberges dont celle des soeurs Moisy (c’est le vrai nom je vous assure). Dans l’ancienne salle du restaurant, les peintres s’en sont donné à cœur joie. Des portraits, messages et de nombreuses silhouettes de peintres ou d’habitants décorent les murs. Un lieu insolite !

En se baladant dans les ruelles puis au sommet du village, nous comprenons aisément ce qui a inspiré les peintres. Le méandre de la Sarthe, les nuances de la forêt, les reliefs escarpés de la presqu’île, le décor est scénique. Il s’apprécie en marchant ou en faisant du canoé kayak.

C’est ici que s’achève notre découverte d’Alençon et de ses environs, pleine d’histoire, de surprises et de belles rencontres.


Guide pratique : organiser son week-end à Alençon

Comment se rendre à Alençon ?

Alençon est accessible en train depuis Paris (2h), Nantes (3h), Rennes (2h10), Le Mans (45 min). En voiture, il faut compter environ 3h depuis Paris.

Que voir, que faire à Alençon ?

Voici les principaux monuments et musées à découvrir dans la ville d’Alençon. Il est tout à fait possible de parcourir le centre ville et d’atteindre ces différents lieux en marchant. Les distances ne sont pas importantes.

  • La maison d’Ozé
  • La basilique Notre dame
  • L’Hôtel de Guise
  • La halle aux Toiles
  • La halle au blé
  • L’hôtel des postes
  • L’église des jésuites et la bibliothèque municipale
  • La cour carrée de la Dentelle et le musée des beaux arts et de la dentellerie
  • Le palais de justice
  • L’hôtel de ville
  • Le château des ducs
  • Le parc des promenades
  • La maison natale de Sainte Thérèse

Passez à l’office de tourisme d’Alençon, près de la basilique pour prendre une carte de la ville. Elle détaille tous les points d’intérêts de la ville. Si vous êtes joueurs, vous pouvez prendre le jeu de piste en 31 énigmes pour découvrir la ville.

Pour découvrir la ville avec un greeter, adressez vous aussi à l’office de tourisme qui vous mettra en relation.

Où manger à Alençon ?

Nous avons une belle adresse à partager pour bien manger dans un cadre convivial. En plein centre ville, Chez Fano propose des petits plats savoureux et bien présentés. On s’est vraiment régalés. Le prix des menus est abordable et le rapport qualité prix au top !

Chez Fano, 22 rue Saint Blaise – Alençon. Menu de 16 à 26 €.

Quoi faire autour d’Alençon ?

Visiter Saint Ceneri le Gerei, plus beau village de France

Situé à 15 minutes d’Alençon, ce village classé plus beau village de France mérite une visite. L’office de tourisme pourra vous fournir des informations. Il est ouvert du 15 avril au 1er octobre, du mercredi au dimanche (10h-13h et 14h-17h30).

Il existe notamment une brochure qui recense les balades et randonnées autour du village.

Dans le village même, il y a un parcours intitulé Saint Céneri sur le motif. En 8 étapes, on retrouve les sites emblématiques qui ont inspiré les peintres de paysages en plein air.

Sinon il est tout à fait possible de se balader au hasard, le village est assez petit donc impossible de rater les ruelles, l’église et la chapelle.

Visiter Saint Céneri le gerei, plus beau village de France en Normandie
Les magnifiques ruelles de Saint Céneri le gerei

Plus d’information sur le site de l’office de tourisme

Découvertes natures – forêts de Perseigne, d’écouves, parc naturel Normandie Maine

  • Alençon est une ville qui comporte de nombreux parcs et jardins. Elle est aussi entourée de nombreuses forêts comme celle de Perseigne (allez jeter un coup d’œil au belvédère) et celle d’Ecouves. Comptez respectivement 25 ou 15 min en voiture pour les atteindre.
  • Tout près de la forêt de Perseigne, arrêtez vous au musée du vélo, il est ouvert d’avril à septembre. Le tarif d’entrée est de 6€ pour les adultes, 3,5 € pour les 12-18 ans, 3 € pour les 7-12 ans, gratuit pour les moins de 7 ans.
  • Près de la forêt d’Ecouves, vous pouvez aussi à la rencontre d’un éleveur de brebis et producteur de fromage bio. Vous pouvez assister à la traite des brebis et acheter les produits tous les mercredis, vendredis et samedis de 17h à 19h.

Plus d’informations sur le site des brebis d’Ecouves.

  • Alençon est situé dans le parc naturel régional Normandie Maine et à proximité du parc régional du Perche. N’hésitez pas à aller consulter leurs sites internet. Ils regorgent d’informations sur les actions des parcs naturels régionaux, leurs missions mais aussi les activités et évènements à ne pas rater.
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Vous voyagez dans l’Orne ?

Poursuivez la lecture avec notre article consacré au Perche côté ornais !

Ce projet a été réalisé en partenariat avec l’office de tourisme d’Alençon. Nous les remercions pour cette belle découverte.

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