Parfois, il faut regarder de côté ou à travers les yeux d’un autre pour réinventer le voyage. Se surprendre à explorer autrement. Ce voyage en Hollande, dans la région du Brabant septentrional, de Bois le Duc à Nuenen, fût de ceux là. Généralement habitués à arpenter le paysage, nous avons voulu lier culture et nature en découvrant les lieux d’inspiration de Vincent Van Gogh. Nous sommes partis de ses tableaux et suivi ses pas pour comprendre un peu mieux ce qui le fascinait, d’où lui venait son génie. Un angle très original pour nous, loin de nos habitudes.

Dans les tableaux de Vincent Van Gogh à Bois le Duc (’s-Hertogenbosch)

C’est à Bois le duc (’s-Hertogenbosch en flamand) que nous avons eu un premier aperçu du travail de Van Gogh au musée du brabant septentrional (Het Noordbrabants Museum). D’abord sur des toiles de peintres qu’il a influencé (Mondriaan, Jan Sluijters) et dont on retrouve des éléments caractéristiques de la pâte de Vincent. Ensuite par ses propres.

Celles de la période hollandaise, où le noir et les teintes terreuses dominent, celles où la lumière fait irruption en quelques endroits pour sublimer les scènes. Van Gogh, en autodidacte, a beaucoup observé d’autres peintres dont Delacroix pour comprendre comment créer un clair obscur fascinant.

C’est la période de l’œuvre de Van Gogh que je connaissais le moins. Paysages, natures mortes et portraits décrivent sur les murs le Brabant rural de l’époque. Parmi ces tableaux, nous trouvons celui représentant le moulin de Coll situé près de Nuenen où nous nous rendons le lendemain.

Le musée expose également des objets datant de l’époque de Van Gogh (fin XIXe) pour mieux contextualiser et mettre en perspective les œuvres. L’attachement a un territoire, celui du Brabant septentrional, apparaît aussi pour la première fois dans ma rencontre avec Vincent. Lui qui était un grand voyageur a beaucoup fait d’allers retours entre la Hollande, l’Angleterre et la France. Mais le Brabant reste sa terre natale et elle essaime son œuvre.

Avant de fouler quelques uns des lieux qu’il a peint, nous profitons de Bois Le Duc. Dès notre arrivée, la ville a su nous charmer. On y retrouve les maisons typiques étroites surmontées de frontons ou de pignons à gradins, des cafés accueillants, des centaines de vélos et des canaux. Aucun doute, nous sommes en Hollande. Tout concours a donner une belle ambiance à la ville.

Pour profiter avec un angle original de l’architecture de la ville, nous montons à bord d’un bateau pour une balade sur les canaux que l’on nomme Binnendieze. Au XVe siècle, ils étaient autant utiles pour transporter en bateau les nombreuses marchandises que pour faire sa lessive ou puiser l’eau pour la cuisine. Aujourd’hui, ils sont complètement obsolètes, c’est pourquoi ils ont bien failli disparaître. Heureusement, des personnes se sont battues pour faire reconnaître le caractère historique de ces canaux. Depuis les années 70, ils ont été restaurés et sont dorénavant protégés. Sur l’eau, à bord de notre bateau électrique, le calme est olympien, c’est une autre facette de la ville. Vue d’ici, on comprend très bien que la ville s’est construite autour de ces canaux. L’édifice le plus étonnant est une église construite sur un pont !

Dans l’intériorité de Vincent Van Gogh au Vincentre

Vincent serait ce qu’on appelle aujourd’hui un looser. Sa vie n’a été qu’une succession de bizarreries, d’échecs aussi bien professionnels que sentimentaux. La vie ne lui a pas fait de cadeaux. Sa naissance tout d’abord est bien singulière. Vincent Van Gogh est en effet né 1 an jour pour jour après la mort de son petit frère. Il porte d’ailleurs le même nom. Un bien lourd héritage pour un enfant condamné à aller voir la tombe de son frère à chacun de ses anniversaires. Le reste de l’histoire familiale des Van Gogh est aussi glaçante. Si l’on connaît la fin tragique de Vincent, on sait moins que d’autres personnes de son entourage se sont aussi données la mort. Quant à sa sœur, elle ne parla pas pendant plus de 30 ans !

La gaieté ne semblait pas avoir beaucoup de place dans la vie de Vincent. Sa famille ou celles de ses prétendantes lui ôtèrent la possibilité de vivre l’amour. Peut être que la peinture fût un exutoire, ou bien une manière de se concentrer sur une beauté qu’il pouvait maîtriser. Peut être que la nature dont il observait les moindres détails pour les capturer à coups de pinceaux lui apportait elle un peu de baume au cœur. Impossible de le savoir, tout n’est que conjecture. Mais à force de connaître son parcours, ses trajectoires, on ne peut s’empêcher de voir son œuvre autrement, de vouloir comprendre l’homme, d’avoir de l’empathie pour lui.

Dans les pas de Vincent Van Gogh à Nuenen

A défaut de pouvoir le rencontrer, nous allons admirer les lieux où il s’est installé entre 1883 et 1885 pour peindre certaines de ses œuvres majeures : le village de Nuenen. Même si Vincent n’y a vécu que 2 ans, il y a produit 25 % de son œuvre connue ! 2 ans a peindre frénétiquement et avec obstination la campagne de Nuenen, les moulins et édifices religieux mais surtout les hommes et les femmes du pays.

Il aimait la beauté de la modestie des artisans et paysans qui vivaient à Nuenen. Malgré son caractère (pas réputé pour être facile), ses opinions politiques et sa marginalité, il a su se faire une place auprès de la population de Nuenen. Il a cherché a rendre hommage à leur beauté brute et sans fard dans des portraits sans concession en apparence, mais d’une douceur désarmante si on y regarde de plus près.

 

Je connaissais peu cette période de Van Gogh lui préférant celle ensoleillée et colorée qu’il a produite en France entre Paris la lumineuse et la Provence fleurie. J’avoue avoir été troublée plus que je ne l’aurais imaginé. J’ai aimé cette volonté de Van Gogh a vouloir peindre le banal, la simplicité, l’authenticité sans la trahir, sans vouloir la maquiller. Il n’a pas essayé de la dramatiser ou de la rendre plus attrayante. A l’inverse d’aujourd’hui où tout ce qui est beau doit être extraordinaire, où l’esthétisme est poussé à son paroxysme.

Sa démarche a résonné puissamment en moi. Moi qui m’obstine parfois à photographier des éléments insignifiants dans la machine à sensationnalisme des réseaux sociaux. Si je n’ai pas le talent de Van Gogh, je partage cette philosophie que j’ai perçu dans son travail.

Son chef d’œuvre « les mangeurs de pommes de terre » illustre bien ce que je viens de dire. Il a jour après jour, peaufiné ce tableau pour qu’il retranscrive au mieux la beauté et la fascination qu’il percevait dans cette scène quotidienne d’un repas familial. Ce n’est qu’au troisième tableau qu’il fût satisfait du résultat.

Nous débutons par le moulin de Coll. Datant du XIIIe siècle. Ce moulin est toujours identique à celui que Vincent Van Gogh immortalisa en 1884. Depuis 1997, la mairie accompagnée de quelques passionnés, continue de faire vivre ce moulin à eau. Lors de notre passage, ils s’affairaient à moudre des graines de lin pour en extraire leur huile. La machinerie est impressionnante. Les engrenages de bois et de métal diffusent une mélodie rythmée et rassurante. Jusqu’à ce que des pilons de bois martèlent avec brutalité des sacs qui délivreront le précieux nectar.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous suivons l’eau qui actionne le moulin, elle nous mène dans une roseraie dansante au gré du vent. La planitude du paysage invite à y trouver d’autres intérêts, notamment dans le mouvement.

Les saules se cabrent et s’agitent. Les branches souples ont chacune leur chorégraphie. Elles se répondent les unes aux autres dans un mouvement collectif harmonieux. Je comprends alors pourquoi Vincent Van Gogh aimait tant les peindre.

Vincent était comme nous, fait de fêlures, de réussites et d’échecs. Mais il a eu la chance de ne jamais perdre sa capacité à s’émerveiller des petites choses. Il a su les sublimer. Et c’est ce qui a fait de lui, un génie.

Si voulez découvrir la Hollande différemment, partir à la rencontre de Vincent Van Gogh, de ce qui fait l’essence de ce pays, nous vous conseillons vivement ce week-end à seulement 1h30 d’Amsterdam.

Pour terminer en beauté ce récit, avant de passer aux aspects pratiques, voici une petite vidéo de ces instants passés au Brabant septentrional

Guide pratique – visiter le Brabant septentrional de Bois le Duc à Nuenen

Comment aller à ‘s-Hertogenbosch (Bois le duc) depuis la France ?

Partant dans Nantes, nous avons rejoint Amsterdam par une liaison aérienne directe avec Air France KLM. Une entorse à notre règle habituelle de voyager en Europe par train.

Cette liaison directe a l’avantage du temps gagné mais aussi de l’économie, les tarifs de train étant malheureusement souvent très élevés sur cette ligne, avec un changement nécessaire à Paris. Air France propose 3 liaisons quotidiennes entre Nantes et Amsterdam, ce qui montre l’intérêt des nantais pour la Hollande !

Depuis l’aéroport d’Amsterdam (Schiphol), il suffit de prendre un train en direction de Venlo (toutes les 30 min) et de descendre à ‘s-Hertogenbosch aussi appelé Den Bosch. Le trajet dure environ 1h et coûte 16,50 €.

Où dormir à ‘s-Hertogenbosch (Bois le duc) ?

Nous avons dormi à l’hôtel central qui porte très bien son nom. Il est situé sur la grande place principale de la ville. Très pratique pour rayonner à pied dans le centre ville sans avoir à prendre les transports en commun. La gare est situé à 10-15 minutes à pied.

Les différents espaces de l’hôtel (bar, restaurant, chambre) sont très agréables. La salle du petit déjeuner entièrement voûtée est particulièrement belle et le buffet proposé est diversifié et délicieux. La chambre était spacieuse, propre et très confortable.

Renseignements et réservation

Que faire à  Bois le Duc – s’Hertogenbosch (Den Bosch) ?

  • Flâner dans les nombreuses ruelles autour de la place centrale qui regorgent de cafés, restaurants et petites boutiques
  • Visiter la cathédrale impressionnante de Bois le Duc
  • Se cultiver dans les musées de la ville (celui du Brabant septentrionnal, le musée du Design …)
  • Louer un vélo et découvrir les parcs de la ville et sa périphérie
  • Naviguer sur les canaux pour voir la ville sous un autre angle

Comment aller à Nuenen depuis Amsterdam ?

Des trains fréquents (2 par heure) relient l’aéroport d’Amsterdam (Schiphol) à la ville de Eindhoven en 1h30. Arrivé à la gare, vous pouvez prendre un bus pour Nuenen ou un taxi (20 € pour 10 min). Une fois à Nuenen vous pouvez visiter les différents sites à pied dans le centre ville. Si vous voulez aller voir les moulins et la campagne, je vous conseille de louer un vélo.

Où dormir à Nuenen ?

Nous avons dormi à l’auberge Vincent. La chambre était spacieuse et confortable, le petit déjeuner copieux et diversifié. L’hôtel dispose aussi d’un restaurant où nous nous sommes régalés. L’hôtel est très bien situé, c’est un bon point de départ pour visiter Nuenen.

Renseignements et réservation

Visiter les sites en lien avec Vincent Van Gogh

La région du Brabant septentrional a développé un parcours complet pour découvrir le territoire en fonction de l’histoire de Vincent Van Gogh. 5 communes du Brabant comportent un lien avec Van Gogh.

  • Musée du brabant septentrional à Bois le duc

Ce musée est très intéressant pour connaître la période hollandaise de Vincent Van Gogh. Les autres expositions méritent aussi le détour. La muséographie est ludique. Attenant à celui-ci se trouve le musée du design. Nous vous conseillons de le découvrir également.

  • Village de Nuenen

Dans le village de Nuenen, un sentier balisé permet de découvrir 18 sites en lien avec Vincent Van Gogh. Des panneaux explicatifs jalonnent le parcours pour que vous en appreniez plus sur l’œuvre et la vie du peintre. Nous en avons fait une partie. Malheureusement, la pluie nous a empêché de découvrir tous les lieux et de vous en montrer davantage.

Ne manquez pas le Vincentre, un lieu qui retrace la vie de Vincent et explique son œuvre élaborée à Nuenen. Il n’y a pas d’œuvres originales du maître, mais la muséographie employée est très ludique et immersive. Un audio guide permet de se plonger dans l’intimité de Vincent, une reconstitution avec des objets d’époque permet de se représenter son intérieur, et des installations font le parallèle entre ses tableaux et des paysages des environs.

Le moulin de Coll est un site très intéressant à la fois pour son fonctionnement mais aussi car il est tel qu’on peut l’admirer dans le tableau de Van Gogh. C’est assez troublant de rechercher le point de vue utilisé par l’artiste.

Le moulin à eau de Oppwetten est également un lieu qui a inspiré Van Gogh. Une partie a été reconvertie en restaurant. Nous avons eu la chance d’y dîner et c’était délicieux.

Autre site intéressant, celui de la piste cyclable Van Gogh Roosegaarde. Il s’agit d’une œuvre contemporaine de Roosegaarde inspirée des tableaux de ciel étoilé de Van Gogh. La piste cyclable est recouverte de cailloux qui absorbent l’énergie solaire et la restituent le soir. A la nuit tombée, la piste se transforme en voie lactée !

  • La Maison de Vincent Van gogh à Zundert
  • La salle de dessin de Vincent à Tilburg
  • L’église de Van Gogh à Etten Leur

Dans chacune de ces communes, vous avez des sentiers cyclables dédiés à Vincent Van Gogh. En tout plus de 300 km de pistes à suivre. Vous trouverez tous les itinéraires ici.

 

Ce voyage est le fruit d’une collaboration avec l’office de tourisme de Hollande. Nous les remercions pour leur soutien ! N’hésitez pas à explorer leur site pour organiser votre voyage, c’est une mine d’infos.

Vous avez aimé ? Alors ne gardez pas tout pour vous, partagez ;)


Soyez foudingues, abonnez-vous à notre newsletter !


En vous abonnant à notre newsletter, vous acceptez notre politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment.