J’ai longtemps rêvé de la Camargue, de ses longues étendues humides où galopent des chevaux blancs et tournoient des flamants roses. J’idéalisais ce coin atypique de France, cette île formée par les bras du Rhône, où la nature règne dans toute sa splendeur. Alors, sur le point d’y aller et de la découvrir au delà de mes idées préconçues, j’ai eu comme un moment de fébrilité. De ceux que l’on a pour tous ces voyages fantasmés, pour ces voyages où la déception n’est pas tolérée.

C’est donc pleins d’envie que nous sommes arrivés au mas des grandes cabanes de Vaccarès, un gîte qui sera notre havre de paix pour quelques jours. Nous arrivons dans la nuit, ce qui nous laisse une belle surprise au réveil en découvrant le site et ses environs. L’ensemble du domaine se compose de plusieurs maisons, dans l’une d’elle, vit Florence la propriétaire, les 3 autres sont réservées pour les gîtes. Elles ont le charme de l’ancien, leur vécu est palpable. Nous sommes logés dans un ancien pigeonnier où la nuit venue le chant des chouettes résonne.

La camargue, réserve de biosphère, kesaco ?

La Camargue m’a toujours attiré pour son côté sauvage mais aussi pour ce lien spécifique que la nature entretient ici avec les Hommes. Un lien que j’espérais pouvoir toucher du doigt et entrevoir durant ce voyage. Mon intuition de cette relation fusionnelle et bénéfique se confirma quand j’appris la dénomination de ce territoire en réserve de biosphère.

J’ai connu ce label quelques semaines plus tôt en terres de l’Ebre en Catalogne. Il concerne les territoires représentatifs d’une bonne gestion naturelle. Là où l’Homme et la nature co-habitent en bonne intelligence. Il y a 400 territoires concernés à travers le monde, dont 10 en France. Autant vous dire que j’aimerai pouvoir tous les découvrir.

Curieuse de nature, j’ai eu envie de savoir pour quelles raisons la Camargue mérite cette appellation. Quelques réponses se cachent dans cet article.

J’avais presque oublié de le mentionner tellement c’est pour moi une évidence, une portion de la Camargue fait partie d’un parc naturel régional.

Nature cachée, nature préservée

La première journée, l’état d’Hélio est en dents de scie, et même s’il semble ravi de sillonner la campagne camarguaise à bord du véhicule de Patou, notre guide pour la matinée, nous ne sommes pas rassurés. La beauté de l’étang de Vaccarès dissipe pour un moment notre stress, c’est un paysage qui invite à la contemplation, au calme et à la sérénité (ça tombe à pic). Les flamants roses nous font l’honneur de leur présence ainsi que d’autres oiseaux, nombreux à chercher leur pitance. La digue aux Saintes maries de la mer sépare la mer et les zones humides d’eau douce, une frontière qui n’arrête pas le passage des oiseaux.

En fonction de la salinité, la végétation change et les oiseaux ne sont pas là pour les mêmes raisons. Nous retrouvons quelques unes des images de cartes postales que le temps et l’attente de ce voyage ont forgé en nous. A ceci près que le paysage est plus asséché. En cause, de très faibles voir inexistantes précipitations depuis mars qui inquiétent les éleveurs et cultivateurs de la région.

Ici l’équilibre entre usages de la terre par les hommes, biodiversité, préservation de l’environnement et tourisme semble atteint mais reste très fragile. Patou nous le répète, la Camargue est aujourd’hui préservée car de nombreux espaces sont restreints voir interdits au public. Il déplore le manque de respect des règles en vigueur sur certains lieux. Malheureusement au cours de notre balade nous pourrons nous même nous rendre compte que peu de personnes respectent les interdictions de marcher dans certains milieux ou d’installer leur camping car. Même les ornithologues amateurs, qui devraient pourtant être sensibles à la tranquillité des oiseaux s’approchaient de trop près et sur des zones interdites.

Nature généreuse et richesse ornithologique

Les oiseaux ont bien sûr été pour nous un moteur puissant dans notre envie de découvrir le territoire. Avec ses nombreuses zones humides, la Camargue est un spot particulièrement prisé de nombreuses espèces. La diversité des oiseaux rencontrés ici tient à la variété des milieux (marais, sansouires, bois, rizières, dunes, étangs…) et au fait que la Camargue est sur la route de migration de nombreuses espèces d’oiseaux.

Il s’y arrêtent pour se nourrir et se reposer. Il est donc très facile de les observer, mais il est essentiel de respecter leur tranquillité sous peine de les faire fuir ailleurs, ou pire, de nuire à leur reproduction.

Différents sanctuaires ont été mis en place pour préserver cette présence sur le territoire. Comme je le disais, des étendues entières sont fermées au public. Il s’agit bien souvent des lieux où les oiseaux nichent. Il faut savoir que si un oiseau se sent menacé ou ennuyé lors de la nidification, il risque de partir pour trouver un meilleur spot. Le problème c’est qu’il ne le trouvera peut être pas avant la saison suivante.

Si vous voulez observer de près des oiseaux tels que les flamants roses, je vous conseille d’aller au parc ornithologique du Pont du Gau. Ici, les oiseaux sont nourris, ce qui les fait rester au même endroit, mais aussi leur permet d’être protégés de la chasse ou d’autres menaces. Les oiseaux sont habitués à la présence du public contrairement à ceux présents naturellement dans d’autres sites. Même si nous n’aimons pas les zoos et autres lieux où l’homme intervient trop sur le comportement des animaux, des lieux comme celui ci sont parfois de bons compromis pour permettre au public de découvrir ces espèces sans les déranger dans leur milieu naturel et faire de l’éducation à l’environnement. Avec Sébastien, nous sommes convaincus que des prises de conscience peuvent naître de l’émerveillement.

Nous y sommes allés par une fin de journée à l’ambiance dramatique. Le soleil avait décidé de se cacher. Ce n’est pas précisément l’atmosphère que j’attendais mais le spectacle de ces milliers de flamants roses est tellement puissant et fascinant qu’on oublie vite la météo. Nous y sommes tout de même retournés le lendemain matin pour espérer une meilleure lumière pour les photos.

D’autres réserves comme la Capellière ont mis en place des observatoires permettant de contempler les oiseaux sans les déranger. Il y a même des télescopes, ce qui permet d’en profiter sans son propre matériel. C’est un lieu réputé pour s’adonner à cette passion. Cependant nous n’avons pas été chanceux lors de notre passage, les marais habituellement en eau à cette saison étaient complètement à sec. Les oiseaux étaient donc absents.

Nature hostile domptée par les Hommes

Les longues étendues de marais salants collent à la peau de la Camargue. J’avais une furieuse envie de voir ces grandes parcelles blanches me griller la rétine. Et ce rose des marais en eau, m’arracher des exclamations d’admiration. C’est au salin à Aigues mortes (qui n’est pas exactement dans la région que l’on nomme Camargue pour être très précise) que ma curiosité fût rassasiée, ou presque. Ce salin se visite majoritairement en petit train mais aussi en vélo ou à pied. Dans tous les cas, vous êtes accompagnés d’un guide. J’avais plutôt opté pour le vélo mais à notre arrivée, nous apprenons qu’il n’est pas possible d’y aller avec un enfant. On se rabat donc sur le petit train, sans grande conviction. Mais notre déception a fait un heureux… Hélio.

Durant la visite d’une heure, le guide donne de nombreuses informations sur le salin et deux pauses sont prévues. Dans la première, nous avons pu monter en haut d’une montagne de sel. C’est en découvrant le panorama que l’on prend pleinement conscience de l’emprise de l’Homme sur ce territoire. En pensant au marais salant, je pense nature, mais en réalité ce paysage n’a rien de naturel.

Pourtant, paradoxalement, même si l’homme a façonné ce milieu, cela a contribué à améliorer la biodiversité et la préservation du territoire. Les différentes parcelles remplies d’eau sont des réservoirs de nourriture pour de nombreux oiseaux qui apprécient notamment l’algue qui donne cette couleur rose à l’eau. Le guide nous indique même que des renards aiment se balader par ici.

Une nature au cœur des traditions

Je le disais en préambule, j’avais envie de comprendre ces liens singuliers entre les Hommes et la nature camarguaise. C’est une femme qui m’ouvrit la voie pour les comprendre. Florence, la propriétaire du gîte, est éleveuse de taureaux et passionnément amoureuse de son territoire. A l’occasion de la visite de sa manade, elle partagea avec moi sa passion pour ces bêtes puissantes. Une passion familiale transmise dès le plus jeune âge.

Je ne peux vous cacher que j’avais quelques réticences au départ. Je pensais en effet que les taureaux élevés en Camargue étaient destinés à la corrida. Ce n’est pas le cas. Ils servent à la course camarguaise qui diffèrent en tous points à la corrida notamment sur le bien être animal. Lors de cette course, les raseteurs (ces jeunes fous qui défient le taureau) ont pour mission d’attraper des ornements placés sur les taureaux. Il n’y a aucun usage d’épée ou d’objet blessant et bien entendu aucune mise à mort. Comme me le précise Florence, c’est tout le contraire, tout est fait pour bichonner ces taureaux afin qu’il aient une belle carrière. Leur caractère sauvage est respecté, ils ne sont pas dressés et gambadent tranquillement sur de longues étendues de prairies ou marais en fonction des saisons. Selon Florence, cette tradition de l’élevage du taureau a permis de préserver de nombreux milieux qui ne subissent ainsi pas de pression immobilière, agricole ou touristique.

Par un heureux hasard, en visitant Aigues Mortes, nous sommes tombés sur un lâcher de taureaux en pleine ville. En fait, chaque manade qui participe à la course camarguaise du jour escorte avec des chevaux son ou ses taureaux participants. A vrai dire, on voit peu les taureaux tellement ils sont encerclés par les chevaux. Mais parfois il arrive qu’ils s’échappent de cette étreinte alors restez bien derrière les barrières installées, c’est plus sûr !

Les chevaux de Camargue sont aussi un pilier de la culture camarguaise. Ils sont en effet indispensables pour pouvoir approcher les taureaux et les amener tranquillement d’un pré à un autre ou au sein de l’arène. Leur anatomie est spécifiquement adaptée à l’environnement humide et marécageux de la Camargue, notamment leurs larges sabots.

Une fois escorté à l’arène, chaque tour avec un taureau dure 15 minutes durant lesquelles les compétiteurs titillent le taureau pour qu’il se rapproche et ainsi pouvoir lui dérober différents attributs fixés frontalement et au niveau des cornes. Parmi eux, il y a le ruban rouge appelé la cocarde qui donne aussi son surnom à ces taureaux (les cocardiers). Chaque attribut correspond à un nombre de points et une prime.

La ferveur dans l’arène, l’enthousiasme et la bonne humeur dans les rues sont le signe d’une tradition encore bien vivace. C’est aussi ça le charme de la Camargue, une identité forte, fière, revendiquée.

Cette interdépendance entre nature et tradition, Hommes et bêtes, paysages et activités, je ne l’ai pas suffisamment creusée et je sais déjà que je reviendrais un jour pour en savoir davantage. Ce territoire me fascinait et il me fascine encore plus aujourd’hui. La déception n’a pas été au rendez vous.

Informations pratiques : visiter la Camargue

Comment aller en Camargue ?

Le territoire de la Camargue se trouve à 1h20 environ de Marseille et 1h de Montpellier. Que vous veniez en avion ou en train, vous aurez besoin d’une voiture pour découvrir les différents sites.

Où se loger en Camargue ?

Nous avons logé dans le mas des grandes cabanes de Vaccares, un gîte de France au cœur de la nature. Le cadre est superbe et les différentes maisons qui abritent les gîtes ont un vrai cachet. De plus la propriétaire est une amoureuse de sa région et passionnée de la culture camarguaise. Un lieu incarné, qui a du sens quand on souhaite réellement découvrir la région, où il fait bon déconnecter un peu. Le petit Rhône longe la propriété, d’ici vous pouvez donc rejoindre soit d’un côté les Saintes Maries de la mer soit de l’autre côté Arles.

Nous étions dans le gîte « le pigeonnier », qui en abrite un comme son nom l’indique. Un bel endroit, parfait pour une famille ou deux couples d’amis. Prendre son petit déjeuner sur la terrasse est un régal !

Plus d’infos et réservation

Que faire, que visiter en Camargue ?

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Ce voyage est le fruit d’un partenariat avec Gîtes de France. Nous étions totalement libres de nos choix de visites, activités et programme global. Une très belle expérience !

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