Acculés par la chaleur écrasante de la côte et des terres, nous avons rejoint la région montagneuse Sri Lankaise à Haputale pour y trouver un peu de fraîcheur. L’occasion de découvrir un pan de la nature, de l’histoire et de la culture sri lankaise illustrée par des vallées entières de plantations de thé.

Des prémices réconfortants à Haputale

Notre besoin de montagne et de fraîcheur après 4 mois de voyage se faisant pressant, restait à choisir quel village de la région du thé du Sri Lanka aurait notre préférence. Si Ella est le point de départ le plus populaire, nous en avions entendu beaucoup de retours négatifs. Sur-fréquentée et en mal d’authenticité, nous avons préféré écouter ces voyageurs déçus au profit d’Haputale dont nos camarades blogueurs Caroline de Tongs et Sri Lanka et Julien de j’aime le monde vantaient les charmes.

Frais comme des gardons grâce au climat vivifiant d’Haputale, nous débarquons à notre hébergement, une guesthouse modeste mais accueillante. Dès la descente du bus, nous sommes rassurés, Haputale est un « vrai » village, de ceux qui vivent et bougent en premier lieu pour leurs habitants et non les visiteurs. Les échoppes débordant de produits en tout genre (dont certains restent toujours inconnus pour nous à ce jour) les stands de vadais (beignets) délicieux et les restos minuscules attestent de cette vie locale foisonnante.

Nous sommes venus ici pour nous fondre dans les plantations de thé. Ce n’est pas difficile ici car le village est cerné par ce paysage façonné par l’Homme. Ce qui nous frappe tout de suite, ce sont les arbres fins et élancés qui ponctuent les plantations. Ce détail les distingue des plantations de thé de Malaisie. Nous apprendrons plus tard que ces arbres sont utiles pour les théiers car leurs racines captent l’eau et permettent de garder un sol humide. N’étant pas très fournis, ils procurent peu d’ombre.

Avant de clôturer cette première journée à Haputale, nous allons cette fois ci nous perdre dans le centre ville. Quelques vadais et une bière plus tard, nous savourons déjà notre choix. Le propriétaire de la guest house nous présente un chauffeur de tuk tuk qui nous accompagnera dans nos escapades des jours prochains.

Tuk Tuk trip autour d’Haputale vers la cascade de Bambaranka, pour le meilleur et pour le pire !

Faleen avec qui nous avons discuté la veille nous a concocté un programme sympa. Pour ne pas trop fatiguer Hélio, nous optons pour une sortie uniquement le matin. Levé au petit jour pour une balade dans les environs d’Haputale entre plantations de thé et rizières (si si il y en a quelques unes) à la recherche d’une cascade sublime.

Une balade en tuk tuk a toujours une saveur particulière, un petit goût d’aventure un brin régressive. A l’arrière, Hélio nous confirme cette sensation, il est comme appelé par cet engin. Faleen profitera d’un petit chemin pour le laisser conduire (en tout cas lui en donner la sensation). Il nous en reparlera longtemps après, en nous certifiant qu’il peut conduire, mais que sur les petits chemins car sinon il y a la police… Ah elle est belle l’éducation en voyage !

Faleen partage avec nous ses coins favoris et notre curiosité ne cesse d’alimenter une conversation ininterrompue sur la culture sri lankaise, le thé et tout ce qui peut concerner les environs. Faleen est super sympa et très enthousiaste à l’idée de répondre à nos questions alors nous en abusons allégrement !

La brume joue au chat et à la souris avec nous, mais c’est sous un soleil de plomb que nous arrivons près de la cascade de Bambaranka.

Un peu de marche, quelques singes hystériques et nous voilà seuls à profiter de cette merveille naturelle. Pendant qu’Hélio abuse lui aussi de la gentillesse de Faleen, nous prenons des photos et savourons l’instant. Nous prenons tellement notre temps que nous réalisons que nous ne pourrons sûrement pas faire la moitié du programme prévu mais là n’est pas l’essentiel.

Ayant fait part de notre irrésistible tropisme pour n’importe quelle bestiole à poil, à plume ou à écailles, Faleen s’empresse de nous dénicher un lézard du cru pour nous faire plaisir. Quasiment revenus au Tuk tuk, il pense revenir les mains vides quand il aperçoit un mouvement. Il nous fait signe d’approcher. Un magnifique spécimen se fait dorer la pilule. D’abord orange vif, il devient en quelques minutes vert fluo sous nos yeux ébahis. Un spectacle magnifique qui a fait le plaisir d’un autre animal, beaucoup moins charmant, j’ai nommé la sangsue.

En effet, quelques minutes plus tard, en pleine discussion avec la propriétaire de la petite cafétéria attenante au parking. Seb commence à s’agiter, à se tortiller et à crier même. Il est en train de se faire méchamment mordre par des sangsues. Ça a beau être petit, la douleur n’est pas anodine quand elle vous croque jusqu’au sang. Les sangsues sont surement les seuls animaux qui me débectent vraiment. Je commence à m’inspecter ainsi qu’Hélio avec une frénésie hystérique. Seb se retrouve torse nu, des sangsues me narguent dans son dos mais je ne lui suis d’aucun recours. Il faut croire que nous avons atteint ce jour là la limite à notre amour. Heureusement, Faleen en héros, déloge les horribles bêtes. Quant à moi et Hélio, nous bazardons chaussures et chaussettes, squattées elles aussi.

S’en suit un fou rire mémorable. Faleen s’en veut un peu de ne pas nous avoir davantage prévenu. Nous le rassurons. On se rappellera qu’il ne faut pas trop se trémousser dans les herbes hautes pour prendre en photo des lézards sri lankais.

L’incontournable Lipton seat et les cueilleuses de thé

Le lendemain c’est encore aux aurores que Faleen vient nous cueillir pour nous amener avec son fidèle tuk tuk jusqu’au point de vue « le Lipton’s seat ». Dominant à 360° des plantations de thé à perte de vue, ce point de vue était le préféré de Sir Lipton, celui même qui développa la culture du thé dans la région au point de le démocratiser dans le monde entier. Pour en apprécier toute la beauté, il est nécessaire d’être matinal pour déjouer la malice de la brume qui recouvre rapidement le panorama. La topographie et l’humidité ambiante ne manquent pas de nourrir des nappes cotonneuses et épaisses.

Nous serons doublement récompensés par notre réveil au lever du jour. La première fois par les couleurs rosées du ciel qui sort de sa torpeur et la deuxième par une vue presque dégagée.

La sérénité du moment est accompagnée par quelques singes espiègles (les macaques à toque) et peu farouches qui guettent d’éventuels restes de voyageurs insouciants.

Cette expérience serait incomplète sans la randonnée de quelques kilomètres (environ 5) jusqu’à l’usine de Dambatenne. Un chemin principal serpente à travers les arbustes verts qui recouvrent tout. Dans cette couverture végétale, quelques trouées permettent aux cueilleuses de thé de s’engouffrer pour aller extirper les précieuses feuilles.

Soleil réveillé, écoliers en chemin et cueilleuses démarrant leur journée sont les ingrédients de cet instant 100 % sri lankais. Nous croisons un groupe de femmes qui arrivent sur leur parcelle. Elles n’ont rapidement d’yeux que pour Hélio, agrippé dans mon dos. Elles viennent le taquiner et lui pincer la joue comme le font tendrement de nombreux sri lankais (Hélio déteste ça et lance de petits coups de pieds que je rattrape discrètement). Pour la parenthèse, cette manière d’interagir avec les enfants, très différente de la nôtre, est un bon exemple pour expliquer les différences culturelles à son enfant.

Nous échangeons avec ces femmes malgré les différences et nos langages distincts. Nos sourires et nos rires sont des traducteurs universels. Quelques questions sur notre lémurien plus tard, elles nous offrent le beau cadeau de nous autoriser à capturer cet instant. Ces rencontres éphémères sont toujours des souvenirs puissants pour une raison que je n’arrive toujours pas à décrypter complètement. Peut être qu’elles sont la preuve d’une humanité simple et universelle. C’est réconfortant. On ne se connaît pas mais on prend le risque de se rencontrer et d’avoir un regard bienveillant l’un envers l’autre.

Un peu plus loin, je suis happé par une femme qui tient un instrument que je n’avais jamais vu auparavant. Contrairement aux autres femmes qui cueillent les feuilles une à une à la main, celle ci utilise une sorte de pelle munie d’un bord tranchant qui coupe les feuilles. Au premier regard, cela semble simple, au premier regard seulement. Elle me propose d’essayer, mon assurance sera aussi grande que le comique de la situation. Je ne maîtrise pas du tout l’engin au plus grand plaisir de cette femme qui rit aux éclats. ça vaut la peine d’être maladroite !

L’heure avançant, les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les plantations. Petites et menues elles pourraient se camoufler dans ce foisonnement végétal. Leurs tenues colorées sont comme des étoiles qui scintillent dans un ciel émeraude.

Notre présence ne passe pas inaperçu auprès des femmes mais également des contremaîtres qui sont exclusivement des hommes ! L’inégalité est palpable. Car ce tableau si photogénique soit-il ne doit pas faire oublier la condition de ces femmes au travail pénible et au salaire extrêmement bas. D’origine tamoule, un peuple qui a subi de nombreuses répressions au Sri Lanka (c’est un euphémisme), ces femmes travaillent toute la journée (8h par jour) avec une cadence importante. Si elles sont payées au poids de feuilles cueillies, elles ont néanmoins un minimum à réaliser (16 kg) comme nous le rappellera le guide de l’usine de thé. A ma question, que se passe-t-il si elles cueillent moins que ce poids imposé ? Réponse : silence. Ce silence en dit long sur la considération de ces femmes.

Nous verrons lors de cette balade dans la plantation, des panneaux explicitant les efforts consentis pour le bien être des cueilleuses et les avancées en la matière. Faleen essaie de nous rassurer en nous confirmant que les femmes sont bien traitées, mais cela me rappelle toujours l’importance d’être vigilant dans nos choix de consommation de l’autre côté du globe.

L’usine à thé de Dambatene

5 km plus tard, nous arrivons devant l’usine de Dambatenne. La visite guidée ne commence que dans 20 minutes. L’excuse idéale pour aller grignoter des vadais dans une minuscule échoppe en tôles. Faleen nous emmène au fond sous le regard incrédule des habitués qui nous observent manger nos beignets en se demandant si nous allons survivre à l’ajout de piment.

Ensuite, nous entrons dans l’usine de Dambatenne, elle fût la première de Thomas Lipton. Depuis 1890, elle reste en activité. C’est une véritable fourmilière qui ronronne aux sons des différentes machines qui sèchent, découpent et trient les feuilles de thé. Les effluves amères des feuilles de thé embaument l’atmosphère. A l’étage, de longues cuves les accueillent pour être fermentées, c’est ici que l’odeur nous imprègne totalement. Partout, des monticules de poudre de thé jalonnent le parcours. Les tris successifs donnent plusieurs qualités de thé qui seront consommés ici comme à l’autre bout du monde. Comme il est interdit de photographier à l’intérieur (ce que je comprends et respecte), je vous laisse imaginer l’air chaud, les senteurs, les cliquetis, la poudre de thé qui s’envole et le regard des ouvriers au travail.

Cette parenthèse à Haputale a réveillé nos 5 sens et fait vibrer notre humanité.

Conclusion : nous avons bien eu raison d’y poser nos valises quelques jours.

Guide pratique : visite de Haputale, capitale du thé au Sri Lanka

Comment se rendre à Haputale ?

Si vous venez d’Udawalawe, prenez un bus direction Pelmadulla et changez pour un autre bus direction Dambulla. Arrêtez vous à Haputale. Le premier bus coûte 60 roupies par personne et le deuxième 170 par personne.

Où dormir à Haputale ?

Nous avons logé dans la guesthouse Belview tenue par une famille sri lankaise. L’endroit est modeste mais avec une belle ambiance et on s’y sent vite à l’aise. Il est possible de prendre ses repas du soir sur place, ce que je vous recommande de faire car la propriétaire du lieu est une cuisinière hors pair.

Renseignements et réservation

Que faire à Haputale et ses environs ?

  • Aller au point de vue du Lipton’s seat au lever du jour – Accès gratuit au site.
  • Randonner dans les plantations de thé jusqu’à l’usine de Dambatenne
  • Visiter avec un guide l’usine de Dambatenne. 250 roupies par personne.
  • Partez en tuk tuk à la découverte des paysages dont la cascade de Bambaranka
  • Trouvez les lézards colorés en évitant les sangsues
  • Découvre la cascade de Diyaluma. On peut accéder à son sommet où se trouve une piscine naturelle. Nous n’y sommes pas allés mais ça a l’air très sympa.
  • Randonner au parc national de Horton plains (il y a plus proche comme ville de départ, mais c’est possible)
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Comment aller au Lipton’s seat ? Bus ou tuk tuk ?

Pour aller jusqu’au Lipton’s seat, vous avez deux options. Une simple et une économique.

Soit vous prenez un tuk tuk, il y en a partout en ville et les tarifs sont a peu près tout le temps les mêmes (je ne m’en souviens plus…). Il faut compter 45 minutes je crois me souvenir. Que vous fassiez l’aller retour avec votre chauffeur ou non, vous devrez probablement payer l’aller retour.

Soit vous prenez le bus jusqu’à l’usine de thé de Dambatenne. De là vous attend une petite randonnée de 5 km jusqu’au Lipton’s seat. C’est évidemment plus économique. Par contre, renseignez vous avant sur les horaires.

Nous y sommes allés en tuktuk ce qui nous paraissait plus confortable avec Helio, mais avons tout de même fait une petite partie à pied, un compromis qui nous a bien convenu !

Quel guide / agence pour visiter Haputale et ses environs ?

Nous vous recommandons vivement Faleen de Tuk tuk safari et trekking tour. Malheureusement je ne me rappelle plus du tarif qu’il proposait pour nous conduire, mais je me rappelle que ce la dépendait surtout de la durée et ses prix étaient très corrects. Il connait très bien la région, la faune, la flore et peut vous emmener dans des endroits moins fréquentés.

Haputale ou Ella pour découvrir les montagnes du Sri Lanka ?

Nous ne sommes pas allés à Ella, donc nous ne pourrons être objectifs sur la question. Mais pour avoir rencontré beaucoup de voyageurs et après avoir lu les articles de blogueurs que nous savons proches de notre vision du voyage, Haputale semblait réunir tout ce que nous aimons.

Certes les infrastructures touristiques sont plus développés à Ella, mais peut être trop et à Haputale vous trouverez tout ce dont vous avez besoin dans un centre ville à taille humaine. Et surtout, vous serez dans une ville où le tourisme est très présent, mais pas envahissant au point de dénaturer les rapports.

Bref, si vous cherchez une base de départ plus calme, plus « locale », Haputale sera surement le meilleur choix face à Ella.

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