S’il fallait choisir une image d’Epinal de la Gaspésie, une carte postale, ce serait celle du Rocher Percé. Sous toutes les coutures, dans toutes les lumières, il a été immortalisé pour symboliser la beauté de cette région. Il est toujours risqué de commencer un voyage par son lieu emblématique. Mais venant du Nouveau Brunswick, la route 132 ne nous laissait que peu d’alternatives pour ménager le suspens. Les quelques jours passés dans la baie des chaleurs auguraient déjà un beau voyage, Percé et l’île Bonaventure confirmeront cette sensation.

Percé, les perles minérales de Gaspésie

Je peux comprendre la fascination pour un rocher façonné par les éléments. Sculpté par les temps, celui que l’on compte en années et celui qui se mesure en degrés. Inconsciemment, je les recherche souvent durant nos voyages. Nous avons d’ailleurs déjà découvert plusieurs géoparcs (Famenne-Ardenne en Belgique, Paradis de Bohême en république tchèque), ces espaces classés par l’Unesco pour leur richesse géologique. Que ce soit au détour d’un lacet à Els ports en Catalogne, dans le tréfonds des labyrinthes rocheux de République tchèque, ou dans les cénotes mexicains, ces formations géologiques sont pour moi de petites œuvres d’art qui prouvent, à chaque instant, que la nature a du talent.

La route longeant la côte ne tarde pas à nous offrir des points de vue sur le rocher Percé. C’est vrai qu’il en impose, je ne peux pas le nier. Les photographies sont loin de rendre compte de son gigantisme. Posé là, comme par magie, il semble flotter sur l’eau. Vision surréaliste, image ambivalente d’un rocher puissant à la fragilité apparente.

Ce colosse aux 5 millions de tonnes est le prolongement des Appalaches. Autrefois terrestre, il a été séparé et navigue désormais dans les eaux froides du golfe du Saint Laurent. C’est dans ce milieu qu’il perd chaque année des milliers de tonnes de calcaire qui viennent s’écrouler au pied des falaises ou plonger dans l’eau. C’est pourquoi, même si le rocher Percé est relié à la rive à marée basse par un tombolo (cordon de sédiment qui relie une île à un continent), il reste dangereux de s’en approcher de trop près.

Mais le géoparc de Percé ne se résume pas au rocher du même nom. 23 géosites le composent. On entend par géosite, un lieu réduit en distance (quelques mètres ou kilomètres carrés) qui présente un caractère géologique d’exception. A Percé, on les retrouve autant côté terre ferme (dans les hauteurs de la ville), que sur le littoral ou bien encore sur l’île Bonaventure.

Avant d’aller sur l’île Bonaventure, nous avons exploré quelques uns des géosites terrestres en empruntant le chemin du mont Saint-Anne et en traînant nos pattes au petit mont Saint-Anne. C’est d’ici, sur la nouvelle plateforme vitrée, que suspendus dans le ciel, nous avons contemplé le rocher Percé dans son environnement. Sous nos pieds, une plaque de verre nous sépare de la canopée, sensations de vertige garanties quand on pose le premier pas.

Puis c’est dans les entrailles d’une forêt magique, aux arbres vermoulus et aux branches biscornues, que nous avons observé d’autres sites, certains bien cachés et d’autres se révélant dans une trouée végétale. La brume s’est jouée de nous comme pour ajouter un peu de mystère à ce paysage déjà fortement magnétique.

Le rocher Percé, l’incontournable merveille de Gaspésie

Le soir même c’est de plus près que nous voulons voir le rocher Percé. Une balade le long de l’artère principale et ses jetées permettent de le voir dans son intégralité, de distinguer l’arche, de l’apprécier de tout son long. La ville est touristique, les nombreuses échoppes de souvenirs, d’excursions ou les restaurants sont là pour le certifier. C’est la première fois depuis 2 semaines au Canada que nous avons l’impression qu’il y a du monde. La ville est très touristique, je pense que bon nombre de visiteurs ne viennent peut être qu’à Percé et ne se retrouvent pas ailleurs en Gaspésie, à moins qu’ils se dispersent en d’autres points d’intérêt. C’est assez étrange mais la ville reste agréable, il flotte comme un parfum de vacances, de station balnéaire tranquille.

Au coucher du soleil, nous nous précipitons du côté du cap du Mont Joli, le parfait spot pour voir la lumière caresser le rocher Percé. D’ici, la vue est frontale. Sa face la plus acérée et la plus haute (88m) nous toise. Le soleil s’éclipsant laisse place à un voile noir qui recouvre petit à petit le rocher. D’ici, on prend conscience des vraies dimensions de cette merveille et c’est un peu cliché à dire, mais on se sent tout petit.

Nous terminerons cette journée sur la même thématique, c’est à dire dans les cailloux, sur le littoral. Seule l’obscurité réussira à nous chasser de ce spot idéal pour pique-niquer.

Premiers pas sur l’île Bonaventure, au coeur du parc national

Le lendemain, c’est sur l’île Bonaventure que les géosites vont continuer à nous subjuguer. Elle est facilement accessible en bateau. A l’aller, il est possible de prendre un bateau qui en chemin s’approche du rocher Percé, puis longe l’île Bonaventure en épousant de près ses parois rocheuses sublimes. Mais le règne minéral, si superbe soit-il, ne sera pas le seul à nous éblouir aujourd’hui. Le règne animal gagnera haut la main au concours de l’émerveillement.

C’est un fou, le fou de Bassan, qui concentre tous les regards des visiteurs. Non pas un à vrai dire, mais des milliers, 100 000 même. L’île est le refuge de la colonie de fous de Bassan la plus accessible au monde ! Ils ont trouvé ici un cocon douillet exempt de prédateurs et parfaitement tranquille. Si l’île, a autrefois été habitée quelques temps par des pêcheurs de morue, les fous de Bassans sont bel et bien les propriétaires majoritaires des lieux. Ils les partagent avec d’autres oiseaux maritimes (environ 11 espèces différentes) et des phoques.

Dès l’approche en bateau, les lignes blanches qui dessinent des motifs dans la roche attestent de cette présence volatile, mais ce n’est que le début. Un léger prélude. Ce qui nous attend et bien plus grandiose. J’avais beau espérer quelque chose d’extraordinaire, la petitesse de mon imagination ne pût anticiper pareille merveille.

Une fois débarqués et les formalités accomplies, nous ne tardons pas à fouler le sol du sentier des Mousses. Comme son nom l’indique, il est propice pour observer la végétation faite de mousses et de lichens. Sur les 2 premiers kilomètres, le sentier est étroit et entouré de végétation. Idéal pour laisser ses enfants gambader sans risque. C’est le territoire de nombreux oiseaux, ça piaille dans tous les sens, la nature est foisonnante, les buissons touffus sont autant de cachettes pour le merle d’Amérique.

Après 2km, le panorama s’élargit en direction de la mer, on se rapproche des falaises qui offrent des points de vues superbes. Le temps est magnifique. Un soleil radieux. Aucun signe de brume ou d’éléments parasites qui pourraient venir gâcher cette vision. Nous prenons notre temps pour apprécier les moindres détails : les plissements rocheux, la teinte rosée des fleurs, les troncs malingres de certains arbres. Nous sommes sous le charme et sentons poindre une certaine excitation. En effet, le ballet incessant des oiseaux dans les airs et un bruit sourd qui s’intensifie nous indique que nous nous rapprochons de la colonie.

Notre rencontre avec les milliers de fous de Bassan de l’île Bonaventure

Après quelques centaines de mètres, nous sommes aveuglés par une masse blanche. Aveuglés est le terme. Au premier instant, ce blanc éclatant qui tranche avec le bleu azur profond ou le vert dense de la végétation, semble être une nappe posée sur le sol terreux. Après quelques clignements de paupières, cette nappe apparaît en pointillés.

Chaque pointillé étant un couple de fous de Bassan dont la femelle cache sous ses ailes un petit. Le bruit est assourdissant, l’odeur tenace, les plumes de duvet volètent dans les airs. Fait surprenant, les oiseaux semblent parfaitement indifférents à la présence des visiteurs. Chacun reste à sa place et les randonneurs incrédules observent ce spectacle derrière des barrières en bois délimitant les deux mondes.

Malgré l’odeur et le bruit, nous scrutons tel des éthologues en formation les moindres comportements de ces oiseaux. Si nous en avons déjà vus maintes fois, que ce soit en Equateur ou au Portugal par exemple, jamais nous n’avons pu les voir d’aussi près et en nombre.

Le nourrissage des oisillons (déjà bien gros lors de notre visite) est particulièrement impressionnant. Au retour des mâles, les femelles et leurs petits montrent vivement des signes d’impatience. Le petit donne des coups de bec sur celui de son papa pour le lui ouvrir et s’y engouffrer profondément. A cet instant, je suis bien contente de ne pas être née fou de Bassan. Les va-et-vient dans le gosier du papa sont frénétiques, l’oisillon glouton se régale. La maman surveille les ardeurs de son petit tout en étant tout à fait indifférente au sort du père.

Autre comportement insolite à regarder, l’atterrissage ! Si les fous font partie des oiseaux les plus élégants en vol avec leur corps fuselé, la délicatesse et précision de leur plumage, on ne peut pas en dire autant de l’atterrissage. Celui ci s’apparente davantage à une gamelle bien sentie pour passer à vidéo gag (désolée pour la référence qui ne parlera peut être pas aux plus jeunes lecteurs) qu’à une réception digne des jeux olympiques. Bref, le fou en atterrissant hésite, bat des ailes dans tous les sens, se vautre et termine sa course tel une boule de bowling percutant des quilles. Si on veut être sympa, on mettra ça sur le compte de la foule, il y a très peu de place pour atterrir.

Après ce spectacle, un autre nous attend, celui qu’offre le chemin du Roy, il est plus long pour revenir au bateau mais les paysages en valent largement la peine. Tout comme les anciennes maisons que l’on peut visiter pour s’imaginer au temps des pêcheurs de morue. Ces hommes et ces femmes au travail difficile méritaient bien d’ être récompensés par la beauté de leur environnement.

Nous devons nous dépêcher pour ne pas rater le dernier bateau. Nous serions bien restés ici quelques jours. Cependant, l’île demeure le royaume exclusif des oiseaux et des phoques durant la nuit. C’est sûrement mieux ainsi.

Le lendemain, nous reprenons la route encore un peu sonnés, en comprenant maintenant, dans notre chair, pourquoi Percé et l’île Bonaventure sont des incontournables de la Gaspésie.

Guide pratique : visite de Percé et l’île Bonaventure – que voir, que faire ?

Comment se rendre à Percé ?

Difficile de se passer de voiture pour visiter la Gaspésie, les transports en commun ne sont pas très développé. S’ils permettent de se rendre d’une ville à une autre, pour les trajets locaux, il y a parfois des bus, mais ils sont rares et ne vont pas partout…

En voiture, rien de plus simple pour rejoindre Percé, la ville se situe sur l’incontournable route 132 qui fait le tour de la Gaspésie par la côte.

Où dormir à Percé ?

Notre visite s’est déroulée en pleine saison touristique, pendant les vacances des constructeurs comme on dit au Québec. Autant vous dire que les hébergements sont rares à cette période. Nous nous y sommes pris très tard et les choix étaient plus que restreints. Nous avons tout de même trouvé une chambre d’hôte chez l’habitant très sympathique avec un très bel accueil, en plein centre de Percé. Via airbnb pour un tarif très acceptable, je pense que nous avons eu beaucoup de chance !

La famille n’acceptait pas habituellement les enfants, mais avec un petit message rassurant, nous avons pu loger chez eux et passer un beau séjour.

Pour réserver via airbnb, nous vous proposons notre parrainage ! En passant par ce lien pour vous inscrire, vous aurez jusqu’à 25 € de réduction sur votre première réservation (à Percé ou ailleurs…).

Visiter le rocher Percé

Le Rocher Percé est accessible à marée basse depuis la plage. Cependant, il est très déconseillé de s’en approcher de trop près à cause des importantes chutes de pierres qui ont lieu fréquemment.

Au coucher de soleil, le point de vue du Mont Joli est idéal pour regarder l’astre solaire peindre le rocher. Une participation de 1 $ canadien vous sera demandée.

Visiter le géoparc de Percé

Le géoparc de Percé est un espace naturel où différents sites géologiques d’importance internationale sont recensés et protégés. Différents sentiers de randonnées vous permettent de découvrir les 23 géosites différents. Le géoparc propose aussi différentes expériences comme la plateforme vitrée. En chaussettes, sensations garanties quand on voit sous nos pieds, la canopée.
Petite précision, c’est impressionnant, mais accessible même aux personnes qui ont le vertige ! Seb n’a pas eu trop de soucis.

Carte des géosites et sentiers de randonnées sur le site du Géoparc

Tarifs : gratuit pour les sentiers de randonnée. 8 $ canadien en tarif plein pour l’accès à la plateforme vitrée pour les plus de 16 ans. 5 $ pour les 6-15 ans. Plus d’informations sur les autres activités sur le site du Géoparc.

Visiter l’île Bonaventure

Comment aller sur l’île Bonaventure en bateau ? Bateau passeur ou croisière ?

Empruntez un des bateaux des Bateliers de Percé ou des Croisières Julien Cloutier. L’aller est direct ou fait le tour du rocher Percé et longe l’île de Bonaventure. Dans ce cas l’aller prend 1h. L’aller ou le retour direct ne dure que 15 minutes. La traversée coûte 35 $ canadien.

Couvrez-vous bien car le vent peut vite rafraîchir l’ambiance. Pour ceux qui sont sujets au mal de mer, sachez que la traversée directe ne dure que 15 minutes mais que ça peut remuer un peu. L’aller est plus long, ça peut valoir la peine de prendre un cachet anti mal de mer pour profiter au mieux de l’expérience.

Tarif d’entrée dans le parc naturel de l’île Bonaventure

L’île Bonaventure est un parc naturel géré par la Sepaq. L’entrée est de 8,60 $ par jour pour les plus de 18 ans. Gratuit pour les autres.

Accès à l’île Bonaventure – période d’ouverture

L’île de Bonaventure est accessible aux visiteurs de fin mai à octobre.

Sentiers de randonnée sur l’île Bonaventure

4 sentiers traversent l’île Bonaventure et ils mènent tous à la colonie de Fous de Bassan. Il n’y a aucune difficulté. Nous avons emprunté le sentier des Mousses (3,1km) à l’aller et le chemin du Roy au retour. C’est plus long que d’emprunter les sentiers des colonies (2,6km) ou le sentier du Paget (2,3 km) mais les paysages sont beaucoup plus jolis et diversifié.

Une carte des sentiers est affichée à l’entrée de l’île Bonaventure, vous pouvez la photographier pour être certain de ne pas vous tromper, mais pas de panique, c’est très simple et a peu près impossible de se perdre.

Si vous êtes avec des enfants, pensez à prendre un porte bébé, sauf si vous empruntez le sentier du Paget accessible aux poussettes à grandes roues. Si vous n’avez pas de porte bébé, l’accueil en propose. En revanche, je ne sais pas si la location est gratuite ou payante.

Quand visiter le parc national de l’île Bonaventure et rocher Percé ?

La partie terrestre du parc national du rocher Percé est visible toute l’année, mais sous la neige en hiver. C’est durant l’été, de fin mai à octobre que vous pourrez profiter pleinement du parc et visiter toutes ses parties. Par contre, de mi-juillet à mi-aout, il y a beaucoup de monde. Si vous pouvez en particulier éviter les deux premières semaines d’août, vous aurez moins à partager les lieux !

 

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Durant ce voyage, nous avons bénéficié du soutien de Destination Canada pour la prise en charge de notre location de voiture, d’Air transat pour nos billets d’avion et du Québec Maritime pour nos différentes activités. Nous les remercions de nous avoir aidé à concrétiser ce projet personnel !