Les fous de Bassan de l’île Bonaventure virevoltent encore dans notre esprit quand nous arrivons dans le parc national Forillon. Résolument maritime et forestier cet espace naturel est le territoire d’une géologie remarquable et d’une faune riche que nous n’allons pas tarder à découvrir…

Téléportation au cœur de la taïga du parc national Forillon (secteur Penouille)

Arrivés en milieu d’après midi, nous n’avions pas beaucoup de temps pour commencer à découvrir le parc de Forillon. Mais notre enthousiasme, lui, était illimité. Après voir consulté les différents sentiers, nous choisissons d’aller faire un tour dans le secteur Penouille qui possède une petite balade de 3km, c’est parfait !

Le parc national Forillon est comme une langue de terre qui s’avance dans le golfe de Saint Laurent, c’est donc à chaque instant la rencontre de l’eau et de la terre qui offre de sublimes paysages.  Avant de nous poser sur les rives pour profiter de la quiétude du lieu, nous empruntons, curieux, le fameux sentier. Dès les premiers mètres, la présence d’un marais salé nous est un bon signe. Ces milieux sont souvent riches en vie animale.

Nous nous engouffrons dans un petit chemin qui traverse une petite forêt. Là, le paysage change considérablement. Nos regards aux aguets remarquent des plantes tout à fait inédites pour cette partie du Canada. Le sentier dénommé la taïga n’est pas le fruit du hasard. Ici, sur un périmètre très restreint et grâce à des conditions uniques qui favorisent un micro-climat, un écosystème de type taïga se développe. On y retrouve une forêt boréale composée de conifères et des feuillus comme le bouleau ou l’aulne et une grande variété de plantes (fougères, lichens…) qui forment un tapis mousseux. Normalement ce type de paysage ne se développe pas autant au sud, ni à cette altitude.

Cette portion du chemin est infime à l’échelle du parc de Forillon mais elle nous fascine. Nous en apprécions les moindres détails, en oubliant le temps et en ignorant les nuages menaçant au dessus de nous. Nuages qui finiront par craquer et nous refroidir légèrement.

Heureusement, cette pluie ne dure pas et nous pouvons rejoindre le début du sentier sans trop être mouillé. La luminosité baisse. Le marais est feu, le ciel voir danser des teintes d’ocre, de jaune puissant et de rouge intense. Nous savons que cette heure est propice aux rencontres inopinées avec la faune. Protégés par cette relative obscurité, les animaux osent enfin sortir de leur cachette. Nous traquons le moindre mouvement avec un espoir non dissimulé.

Quand soudain, je perçois un mouvement dans le marais, puis une silhouette. Emportée par mon excitation, je pense un moment qu’il s’agit d’une femelle orignal, mais il s’agit en fait d’une biche de Virginie. L’instant n’en demeure pas moins magique. Le tableau est surréaliste, le décor parfait du marais, les reflets dorés de l’eau, le soleil couchant en fond, la silhouette sombre et parfaite qui se dessine.

Ce moment se termine par une course effrénée de la biche, qui ayant sûrement entendu un bruit, a pris ses pattes à son cou !

Notre pique-nique a la saveur d’une pause unique. Les petites têtes de phoques qui jouent à cache-cache à quelques mètres de là ne font que le confirmer.

Il nous faudra bien la nuit pour nous en remettre.

A la recherche des baleines du parc national Forillon

Le lendemain, nous avons rendez-vous à l’embarcadère de grande grave pour embarquer à bord d’un zodiac et aller à la rencontre des différents rorquals et baleines des environs. Depuis le début de ce voyage au Canada, nous en avions aperçu de nombreuses sur l’île de Grand Manan mais c’est un spectacle dont on ne se lasse pas.

Nous enfilons des sur-vêtements jaune imperméables prêtés par la compagnie, afin de nous protéger du vent et des éclaboussures. Le temps est magnifique, il fait un soleil de plomb qui nous fera vite délaisser cet uniforme.

La guide nous fait un topo super complet sur la biologie des cétacés, les différentes espèces que nous pouvons observer ainsi que les consignes de sécurité. En observation animale, l’essentiel est une question de chance et de patience, nous croisons donc les doigts.

Il faut croire que nous les avons suffisamment croisé car rapidement des dauphins à flancs blancs viennent nous saluer. Ils foncent carrément sur le zodiac à notre grand bonheur ainsi que celui d’Hélio qui est aux premières loges.  Puis c’est le tour du rorqual commun, le deuxième plus grand cétacé après la baleine bleue, de faire son apparition. Le rorqual commun ne saute pas comme les baleines à bosses et ne relève pas sa queue comme la baleine bleue quand il plonge. Son observation est donc moins impressionnante, mais quand son dos sort de l’eau, on se rend tout de même compte de son envergure. Nous verrons également des petits rorquals en nombre.

D’autres espèces de baleines, rorquals et dauphins fréquentent ces eaux de la baie du fleuve Saint Laurent, mais certaines sont plus rares à voir, comme la baleine bleue ou la baleine noire. Nous verrons d’autres espèces lors de notre sortie baleines à Tadoussac.

Cétacé, baleine ou rorqual ?
La question est plus complexe qu’il n’y parait… Cela dépend des pays ! Si les anglais ne s’embêtent pas et utilisent le terme whale pour a peu près tous les cétacés de grande taille, les français et les québécois ne sont pas d’accords et même au sein d’un pays, il y a des visions différentes… Bref, c’est le bazar. Ce qui est sûr, c’est que toutes les baleines sont des cétacés. Le terme de baleine, dans le sens le plus pur, s’applique aux baleines franches. Mais il est souvent appliqué aux cétacés à fanons, dont certains sont des rorquals… Les rorquals c’est une groupe de cétacés à fanons ET sillons ventraux. Vous suivez ? Moi j’ai du mal !

Une rencontre qui ne manque pas de piquant au Cap Gaspé

De retour sur la terre ferme, nous partons explorer le parc de Forillon côté terre jusqu’à son extrémité, le cap Gaspé. Pour cela, nous foulons le sentier des Graves qui longe la côte dentelée, quelques kilomètres de pur bonheur. A l’aller, nous retrouvons les petites baies observées depuis le bateau le matin même. C’est toujours intéressant de voir un paysage sous différents angles. La roche d’un gris clair est comme feuilletée. Une forêt recouvre ce promontoire rocheux, la cime des arbres semble piquer les airs. Au sol, ce sont des tapis d’un rose intense.

Nous sommes quasiment seuls sur le chemin, c’est le privilège de partir en fin de journée. En Gaspésie, les couchers de soleil sont si beaux que c’est vraiment une bonne idée de partir randonner en fin d’après midi en été. A vrai dire, ce ne sont pas seulement les belles couleurs du ciel qui nous ont décidé à partir marcher tardivement. C’est aussi la possibilité d’observer la faune locale. A Forillon, il est possible de croiser le chemin de l’ours noir et un autre animal noir, mais beaucoup moins dangereux.

Au phare du Cap Gaspé, un panorama splendide s’étale face à nous, le vent nous réveille. Malgré la beauté de ce paysage, il nous manque un petit quelque chose. Cette petite rencontre qui nous ferait vibrer. C’est alors que nous allions repartir, qu’il est venu jusqu’à nous. Un porc-épic débonnaire ! Il broutait la pelouse tranquillement. Son indifférence à notre présence en était presque vexante. Je n’ai pas pu résister à lui tirer le portrait sous tous les angles (à bonne distance pour ne pas le déranger). Seb a bien failli me laisser en plan car il n’arrivait plus à m’arrêter. J’étais tellement contente de voir cette boule de piquants.

 

Sur le trajet du retour, nous en rencontrerons d’autres dont un énorme mâle qui m’a surpris à seulement 1 mètre de moi. Je l’ai détecté par le bruit du froissement des feuilles qu’il était en train de mâcher. Mais c’est 1 km plus loin que je serai le plus émue. Notre fils a lui même repéré un couple de porc-épics et son petit dans un arbuste. Sans lui, nous serions passés à côté sans les voir et cela aurait été très dommage. A cet instant, je comprends que notre amour des animaux, notre sens de l’observation animale a bel et bien été transmise à notre lémurien et cela me comble. Notre famille d’humains observe avec tendresse cette famille porc épic. Le bébé semble tout doux comme une peluche.

Nous rentrons sur notre petit nuage de douceur.

Adieux au Cap Bon ami

Le lendemain, il est déjà le temps de reprendre la route pour notre prochaine étape au parc national de Gaspésie. Il nous reste un peu de temps, nous hésitons à aller au mont Alban mais la météo ne s’y prête pas, une prochaine fois… A la place, nous allons contempler les falaises du cap de bon ami et sa longue plage de galets.

Un instant simple et contemplatif pour graver un peu plus en mémoire la beauté de ce parc. Hélio saisit les cailloux et dresse des pyramides, je le regarde avec tendresse, consciente de la chance que nous avons de pouvoir vivre des instants si forts ensemble.

Je ne sais pas si mon petit cœur va survivre à toutes ces pépites naturelles qui parsèment notre route depuis le début de notre voyage au Canada.

Guide pratique : visite du parc national Forillon

Comment se rendre au parc national Forillon ?

A partir de Gaspé, il suffit de poursuivre le long de la route 132. Le secteur Penouille se trouve à seulement 15 min et le secteur sud à 30 min environ.

Si vous venez du nord, la route 132 fait le tour du parc de Forillon.

Prix d’entrée au parc national Forillon

Prix journalier : 7,80 $ en haute saison et 5,65 $ en basse saison pour les adultes de plus de 18 ans.

Où dormir dans le parc national Forillon ?

Durant notre séjour, nous avons logé au Motel & Chalets Baie de Gaspé.
Nous avions une chambre spacieuse avec une salle de bain et un frigo (super pratique quand on fait des pique-niques). C’était une option économique et pratique car le motel est situé au cœur du parc Forillon.

Renseignements et réservation

guide pratique parc national de Forillon
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Que voir, que faire au parc national Forillon ?

  • Randonner dans le parc national Forillon

Il y a 10 sentiers de randonnées de 3 à 36,6km dans le parc Forillon. De quoi trouver votre bonheur que vous soyez sportif ou en famille.

Pour les familles avec enfant, le sentier de la Taïga et de grande Grave sont bien adaptés.

Tous les sentiers ainsi que les activités dans le parc sont résumées dans le guide du visiteur.

  • Observer les baleines au parc national Forillon

Prestataire recommandé : croisière Baie de Gaspé
Départ : quai Grande Grave – Secteur Sud
Excursion de 2h30-3h en Zodiac – prêt d’un sur-pantalon imperméable et d’un ciré.
Période d’observation des cétacés : croisière possible entre le 9 juin et le 10 octobre. En saison estivale, plusieurs départs par jour. Sinon un départ le matin.
Tarifs : 80$ canadien pour les adultes, 50$ pour les 3-15 ans, gratuit pour les moins de 3 ans.
Il existe des tarifs pour les familles : 190$ pour 2 adultes et 1 enfant – 35$ par enfant supplémentaire.
Petit conseil en plus : pensez à bien vous couvrir car avec le vent et l’humidité, on peut vite avoir froid, particulièrement les enfants. A contrario, n’oubliez pas non plus la crème solaire, les lunettes de soleil et un chapeau !

Pour en savoir plus sur les baleines, le site Baleines en direct est une mine d’informations.

  • Partir en kayak pour observer les phoques

Prestataire : cap Aventure
Départ : Plage de Cap-aux-Os ou quai de Grande-Grave
Excursion de 3h en kayak
Tarifs : 68$ canadien pour les adultes, 52$ pour moins de 15 ans.
Il existe des tarifs pour les familles : 166$ pour 2 adultes et 1 enfant par exemple

Nous n’avons pas personnellement testé cette sortie car Hélio était trop jeune et nous avions déjà observé de nombreuses fois au Canada sur l’île de Grand Manan et l’île Bonaventure mais aussi en France. Cependant, nous avons entendu de très bons retours sur ce prestataire. Il y a une distance à respecter avec les phoques pour ne pas les déranger. Mais parfois, ils sont curieux et peuvent s’approcher de vous.

  • Voir les porc-épics et autres animaux au parc national Forillon

Pour observer les animaux sur la terre ferme, mieux vaut randonner tôt le matin ou juste avant le coucher du soleil. Sachez qu’à Forillon, il est tout à fait possible de croiser des ours. Nous n’avons pas eu cette chance. Si c’est le cas, n’oubliez pas de respecter les consignes précisées dans le guide du visiteur comme ne pas s’approcher par exemple.

Pour les porc-épics, nous les avons vus sur le sentier des Graves en fin de journée. Ils n’étaient pas très craintifs donc nous avons pu les voir de très près. Il faut cependant veiller à ne pas les déranger.

Vous en voulez plus ? Voici nos autres articles sur notre road trip animal entre Nouveau Brunswick et Gaspésie :