Depuis un moment le mot Écrins me trottait dans la tête. Une petite voix me susurrait d’y aller, mon instinct savait que je m’y plairai. Alors quand l’occasion m’a été donnée d’effleurer le pays des écrins, je n’ai pas hésité longtemps. Ce fût aussi une petite vengeance sur Seb qui a découvert le Trièves sans moi quelques semaines plus tôt.

Pour vous situer, le pays des Écrins est réparti sur 8 communes près de Briançon, dans le département des Hautes Alpes. Pour le découvrir, j’ai suivi la route de l’eau. Sous toutes ses formes : glaciers puis torrents et enfin vapeur. Une manière de se rappeler ses origines et l’importance capitale qu’elle a dans nos vies, que ce soit dans le quotidien ou dans les loisirs.

La randonnée du glacier blanc : la naissance de l’eau

Le pays des Écrins est un territoire de haute montagne. Les sources d’eau sont haut perchées sur des glaciers aussi imposants que fragiles. Pour nous rendre compte de ces réservoirs inestimables, nous sommes partis à la rencontre du glacier blanc.

Le départ se fait depuis le refuge du Pré de Madame Carle. Pour la petite histoire, la fameuse Madame Carle, selon la légende, connu un destin tragique. Son mari jaloux de quelques infidélités, l’attacha à un âne assoiffé et l’abandonna en pleine montagne. L’âne exsangue se jeta dans le premier torrent pour étancher sa soif. La force du courant les emporta tous les deux.

Triste histoire pour un si beau lieu. Dès les premiers mètres, l’eau est déjà bien présente. D’abord par les névés, ces amas de neige qui subsistent même en dessous de la limite des neiges. D’apparence solide, ils peuvent être des pièges mortels et il est donc formellement déconseillé de marcher dessus.

Puis elle se manifeste sous la forme d’un torrent. Ce dernier se forme à partir du glacier noir (appelé ainsi car il est recouvert de pierres) et creuse petit à petit son lit. Ce paysage dévoile de nombreux secrets à qui sait le lire. Par exemple, au loin nous apercevons des amas de pierres qui forment des petites murailles naturelles. Ce sont les mouvements du glacier qui les emportent ici, on les appelle des moraines.

Au niveau du refuge Tuckett, après une longue et difficile montée, ces moraines ont créé un paysage étonnant que l’on ne s’attend pas à voir à cette altitude. Une plaine fleurie et de petits lacs constituent un milieu humide particulièrement riche en biodiversité et remarquable au point d’être classé Natura 2000. Ce paysage m’est apparu tel un oasis au milieu du désert après tant d’efforts. C’est ici que nous avons vu plusieurs marmottes qui tour à tour se prélassaient au soleil, faisaient le guet ou jouaient à cache cache à notre approche. Fan d’animaux, leur présence a bien souvent détourné mon attention lors de cette randonnée. Mais revenons à la géologie !

Sur certains blocs de pierre, la trajectoire du glacier est même gravée. Les cailloux rayent la pierre et on perçoit ainsi les trajectoires empruntées depuis des années. Ces détails je ne les aurais pas remarqué en randonnant seule. C’est grâce à notre accompagnateur que j’ai pu aller au delà du visible en quelque sorte. Sans lui, je serais sûrement passée à côté de ces sublimes spécimens de lys,  je n’aurai pas reconnu le sifflement caractéristique des marmottes et je n’aurai pas pris conscience de la fragilité du glacier.

La marche se poursuit, mon corps peine quand la pente s’accentue, mais je vois le glacier qui se rapproche peu à peu et cela accentue ma motivation. Voyager avec un enfant en bas âge ne permet pas nécessairement de faire des randonnées de ce niveau alors je profite pleinement de son absence.

En ligne de mire, le refuge du glacier blanc. C’est ici qu’un repas bien mérité nous attend. Ce refuge est perché à 2552 mètres d’altitude, il permet aux randonneurs d’admirer de près ce géant et aux alpinistes de passer la nuit avant leur course  (nom que l’on donne aux sorties en haute montagne). Une famille habite ici de mars à septembre pour pouvoir accueillir les voyageurs. Durant cette période, jusqu’à 131 personnes peuvent y dormir chaque jour ! Le reste de l’année, le refuge est laissé ouvert pour les quelques courageux de passage. 35 places sont alors disponibles.

Je profite de ce paysage insaisissable, je scrute le mouvement des nuages pour capter les sommets qui se dénudent. Les chocards squattent les environs dans l’espoir de quelques miettes. Je vois partir quelques groupes qui poursuivent leurs routes, l’expérience de la haute montagne ne sera pas pour moi aujourd’hui, mais j’espère pour bientôt. Nous redescendons pour mieux suivre le chemin de l’eau.

Les torrents deviennent rivières : le terrain de jeux des amateurs de sports d’eaux vives

L’eau des glaciers dévale le relief, les torrents formés se rejoignent, grossissent pour devenir des rivières (le Gyr, la Ronde) qui elles mêmes s’unissent (la Gyronde) pour finalement terminer leur course dans la Durance (qui rejoindra bien plus loin le Rhône). Une ramification qu’il n’est pas facile à appréhender à première vue.

Ces multiples rivières sont autant de terrains de jeux pour de nombreux sports d’eaux vives (canoë, kayak, rafting, canyoning, nage…). Lors de mon séjour j’ai pu tester deux de ces activités : le paddle (pour la version soft) et le rafting (pour la version plus sportive).

Le Pays des Écrins est un territoire particulièrement propice pour ces sports au point d’héberger le centre régional de formation de canoë kayak et d’accueillir de nombreuses compétitions internationales sur son stade d’eaux vives à l’Argentière la Bessée.

Loin des performances olympiques, je me suis essayée tout d’abord au paddle (première fois pour moi). L’équilibre est au rendez-vous, le sens de la précision pour se déplacer l’est un peu moins. J’évolue sur un plan d’eau qui sert pour s’entraîner et je me dis que cela doit être un mode de déplacement bien sympathique pour observer de près la nature sans la déranger. La particularité ici c’est que le prestataire propose du paddle sur rivière. Nous n’avons pas pu tester mais je serais curieuse de voir la différence avec un lac. Surtout que les rivières du pays des Écrins ont du caractère !

Pour les sensations fortes, j’ai attendu le lendemain pour une belle session de rafting. J’en avais déjà fait il y a bien longtemps et j’avais adoré. J’étais donc en mode maline impatiente. Pendant le briefing, je rigolais déjà un peu moins, le rappel des règles de sécurité et des risques potentiels permet de se concentrer et de rester humble face à la nature. C’est donc déterminée à ne pas tomber dans une eau à 8° que je démarre notre parcours. Florent notre moniteur nous avait prévenu, on commence par le plus rude ! Nous écoutons attentivement les consignes pour tenter de dompter la rivière.

En retour, elle nous adresse des claques aqueuses en pleine face, éclaboussures qui s’accompagnent copieusement de jurons. Ça secoue mais l’équipe est soudée et nous passons sans embûche cette partie un peu sportive. Nous reprenons notre souffle sur des passages plus tranquilles voir carrément relaxants. Florent nous a même proposé une séance de relaxation sur rafting (qui l’eut cru ?). Allongés sur le raft, les yeux fermés, le clapotis de l’eau et les mouvements de l’embarcation me bercent agréablement, j’aurais pu m’endormir…

Je ne me laisse pas reposer sur mes lauriers et tente ensuite une autre expérience : nager en eau vive. L’eau est à 8°, même avec la combinaison, le froid se fait sentir. Je n’ai pas eu le courage d’y aller seule, mais même accompagnée c’est assez impressionnant de se jeter dans cette eau colérique.

Une dernière surprise nous attend pour la fin. Nous faisons une halte sur une île formée par des sédiments charriés par la rivière.

Pendant des années, des entreprises venaient collecter ici leurs matières premières. Mais cet espace est désormais protégé et la nature a donc repris ses droits. C’est un lieu particulièrement propice pour la nidification de nombreux oiseaux. Pour compléter ce moment magique, Florent nous offre des chamallows grillés au feu de bois et du café brûlant. Une ambiance à la Robinson Crusoé, le confort en plus !

Découverte originale des sites hydro-électriques du pays des écrins

Mon voyage se termine par une visite originale pour une destination nature, celle d’une centrale hydro-électrique ! La centrale des Claux à Vallouise-Pelvoux abrite un espace muséal qui explique de manière interactive et simple les principes de l’hydro-électricité. J’y découvre tout d’abord l’histoire d’un pionnier, Gilbert Planche, un ingénieur qui avant l’heure perçût tout le potentiel de la houille blanche (surnom donné à l’eau en opposition de la houille noire pour le charbon). En étudiant le pays des Écrins et les chemins empruntés par l’eau des glaciers, il mit au point un ensemble de systèmes pour canaliser l’eau et rendre performantes les centrales hydro-électriques.

La première étape de la production d’hydroélectricité consiste à acheminer l’eau jusqu’à des turbines. Pour cela, un ensemble de tuyaux mis sous pression ont été construit. On les appelle les conduites forcées. Avec ce système,  l’eau arrive au niveau des turbines avec beaucoup de force ce qui permet leur mouvement. L’énergie des turbines permet à des alternateurs de produire de l’électricité. Le musée étant situé dans la centrale, on peut voir grâce à une vitre, les différentes turbines qui sont toujours en fonctionnement alors que la centrale existe depuis les années 30 ! Elle produit encore de l’électricité pour 17 000 personnes par an.

C’est une visite sympa à faire en famille car les différents éléments de l’exposition sont interactifs. Il y a peu de texte et la visite n’est pas très longue. Le fait d’être dans la centrale est à mon avis un plus pour susciter l’intérêt des grands comme des petits. Le ronronnement des turbines met directement dans l’ambiance. L’architecture de la centrale a elle seule vaut le coup d’œil. On pourrait croire qu’il s’agit d’une église ! Une bien belle idée pour ne pas dénaturer le paysage.

Et pour terminer en beauté au pays des Écrins, l’eau vaporeuse !

Mon expression préférée est sans nulle doute « Après l’effort le réconfort » et j’aime surtout la mettre en pratique. Alors pour terminer en beauté cette belle découverte du glacier blanc, j’ai apprécié au plus haut point un petit bain suédois dans le jardin du Brin de paille, le très bel éco-gîte qui m’accueillait pour ce séjour.

Informations pratiques – visite du Pays des Écrins

Se loger dans le pays des Écrins

Brin de paille

Je vous recommande sans hésiter ce superbe éco-gîte labellisé Gîtes de France, réalisé à partir de bottes de paille et d’autres matériaux naturels. Le lieu est très agréable, joliment décoré (la cabane en guide de salle de bain, trop mignon !) et reposant. Mais ce que j’ai particulièrement apprécié c’est l’accueil très chaleureux de Lydie, la souriante propriétaire du lieu ! Elle a partagé avec nous son histoire et ce projet de vie qui a pu voir le jour.

J’aime quand les lieux sont à ce point incarnés par la passion et chargés en émotion. A Brin de Paille, vous pouvez opter pour la chambre d’hôtes ou la formule gîte (en autonomie avec la cuisine). Si vous voyagez avec des enfants en bas âge, demandez les chambres sans escaliers ! Lydie propose aussi une table d’hôte, elle nous a concocté une soirée pizza inoubliable. Le four à pizza étant dans la pièce commune, c’était très convivial et copieux. Une chose est sûre Lydie ne manque pas de générosité !

Où manger dans le pays des Écrins

Refuge du glacier blanc

Si vous faites la randonnée du glacier blanc, vous pourrez manger un énorme hamburger ou un délicieux plat du jour pour vous récompenser de vos efforts. Si vous souhaitez également y passer la nuit, la réservation est obligatoire.

Restaurant le glacier blanc

Ce restaurant, situé à Vallouise Pelvoux, propose une carte variée qui fait la part belle aux produits locaux. J’ai notamment goûté les tourtons (beignet fourrés au fromage ou pomme de terre). Tout est fait maison avec des produits frais et locaux. Je vous conseille de garder une place pour le dessert. Ici, même les glaces sont concoctées artisanalement et je peux attester qu’elles sont exquises.

Que voir, que faire au pays des Écrins

Randonnées

Les randonnées sont bien entendu légion dans la région. Pour un premier aperçu, je vous conseille de vous procurer le TopoGuides : Les environs de Briançon… à pied. Il regroupe près de 50 randonnées possibles de difficultés diverses (de 1h30 à 7h30).

Pour ceux qui ont un enfant en bas âge, on m’a conseillé le vallon de Fournel (prairies fleuries de chardons bleus) et le refuge de Dormillouse. Deux randos que j’espère tester avec mes deux chers et tendres !

Activités de hautes montagnes

Je vous conseille les services de Guillaume de Alpes Aventure. Il est accompagnateur et guide de haute montagne. Il sera aux petits soins  pour organiser la randonnée de vos rêves, mais toujours en accord avec vos capacités. Pour certaines randonnées ou courses (quand il s’agit de haute montagne), il faudra une préparation spécifique.

Sports d’eaux vives au pays des écrins

Les offices de tourisme pourront vous donner toutes les possibilités sur place d’activités autour de l’eau. Je peux d’ores et déjà vous recommander les deux prestataires suivants avec lesquels j’ai fait du paddle et du rafting.

Pour le rafting, c’est Florent André de Rafiki nature qui nous a accompagné. Bonne humeur, pédagogie et sérieux ! Le combo parfait. Florent au delà d’être moniteur de nombreux sports de montagne est aussi pompier volontaire et formateur premiers secours et secours en eaux vives. Autant vous dire que l’on se sent en sécurité ! Autre point positif, le matériel prêté pour la session est de qualité (combi qu’on ne galère pas à mettre, haut et chaussettes en néoprène etc.) et quand l’eau est à 8° c’est très très appréciable ! Plus sérieusement, cela permet réellement de pouvoir profiter à fond de l’expérience.

Bande de tarés !
J’en profite pour vous parler du projet fou de Florent et quelques comparses, celui d’affronter le Cap Horn en Kayak ! Pour ceux qui ne situent pas trop le Cap Horn, il s’agit d’un des lieux de la planète où la mer est la plus déchainée ! L’équipe recherche encore des soutiens, donc si vous voulez en savoir plus sur leur projet, voici leur page facebook !

Pour le paddle sur rivière, vous pouvez vous adresser à Mathieu de Diabolo Gyr. Très pédagogue, j’ai apprécié cette initiation avec lui. Et c’est une bonne occasion aussi de découvrir le stade d’eau vive situé juste à côté du plan d’eau d’entraînement. Il propose aussi du raft, de la nage en eau vive, du canyoning et du kayak.

Découvrir le circuit hydro-électrique de la glace à la lumière

Pour une visite originale du pays des écrins et de son patrimoine hydroélectrique, vous pouvez télécharger une application mobile « de la glace à la lumière » qui permet de découvrir tous les sites d’intérêt liés à cette source d’énergie (centrale hydroélectrique, barrages, stations d’épuration, conduite forcée, moulin, prise d’eau…) grâce à un audio-guide réalisé en collaboration avec les éditions Gallimard.

Et bien plus ….

Je n’ai bien sûr pas été exhaustive sur les possibilités d’activités. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à consulter le site internet du pays des Écrins ainsi qu’à aller chercher de la documentation aux différents offices de tourisme présents sur le territoire.

Vous trouverez aussi des informations très détaillées sur la faune, la flore et la géologie sur le site du parc naturel national des Écrins.

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Merci à Gaëlle et le Pays des Écrins pour cette belle invitation !

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