A Vercorin dans le val d’Anniviers en Suisse, le cliquetis de la porte du téléphérique annonce le début d’une randonnée un peu spéciale. Deux jours de marche où mon ouïe sera, plus que jamais, aux aguets pour débusquer les sonorités de la nature dans le vallon de Réchy.

Première partie : concerto animal jusqu’au lac du Louché

La cabine du téléphérique teintée d’un voile orange obstrue quelque peu la vue sur la vallée. Le regard en retrait laisse la place à un autre sens, celui de l’ouïe. Les bavardages, les cris de joies d’Hélio qui s’amuse de ce « manège », les bruits mécaniques et, rarement, le silence accompagnent déjà ce début d’expérience.

Nous partons pour deux jours explorer le vallon de Réchy. Il s’agit d’un espace naturel préservé qui fait une magnifique jonction entre le val d’Anniviers et le Val d’Hérens, deux vallées suisses qui ont su garder leur authenticité.

Nous arrivons au Crêt du Midi à 2331 mètres d’altitude. Les pas des autres randonneurs jouent une petite musique qui s’accompagne à merveille avec le souffle légèrement glacé de ce début de matinée.

Dans la perspective des montagnes, là derrière, s’imagine déjà l’Ar du Tsan, notre but pour la journée. L’Ar du Tsan est une plaine qui a été creusée dans ce vallon de Réchy. Il y coule paisiblement un méandre aquatique formé par les eaux rejetées par les glaciers. Les ruisseaux se réunissent au bout de la plaine en une cascade qui dévale avec force une pente qui me donnera du fil à retordre le lendemain.

La première étape de cette randonnée est une balade relativement simple d’une heure et demi dans un sentier forestier avec de belles vues sur la vallée. Même si mon regard aurait pu être tourné vers l’horizon, il se dirige plutôt dans le chaos et le bazar que constitue la forêt.

Pour les connaisseurs, et sans doute les néophytes également, on constate assez vite l’incroyable biodiversité du lieu. De nombreuses fleurs perlées de rosées s’épanouissent dans une mousse verdoyante s’accrochant à des arbres tortueux.

Je suis fascinée par ce spectacle où le silence prédomine, entrecoupé par les cris rauques et tenaces des geais des chênes.

C’est la première fois que j’ai cette sensation de vivre une randonnée par ses sons et mélodies naturelles. Sensation qui ne me quittera pas pendant deux jours.

Une fois le voile matinal dissipé, les papillons font leur apparition. Surviennent alors des claquements sourds et furtifs qui se synchronisent avec nos mouvements. Les papillons s’agitent à notre arrivée mais reprennent aussitôt leur gueuleton dès que nous avons tourné les talons.

Assez vite, nous voyons l’Ar du Tsan apparaître, ce plateau au creux de la montagne est surprenant. D’un vert tendre et parsemé de touches violacées et jaunes, cette plaine est veinée de cours d’eau dont la beauté est d’autant plus perceptible lorsque que l’on prend un peu de hauteur.

Pour une pause pique nique, on ne pouvait rêver mieux. Le ruisseau devient un instrument de musique à ciel ouvert pour Hélio. Les cailloux projetés balancent des cliquetis aigus ou des ploufs tonitruants en fonction de leur destination finale. Cette mélodie minérale et aquatique rythme notre déjeuner composé de charcuteries locales (la fameuse assiette valaisanne) et de fromages. Je me laisse doucement bercer par cette ambiance, réchauffée par les rayons du soleil.

Cette nuit nous dormons à la cabane de Tsartsey à quelques minutes de l’Ar du Tsan. Il n’était donc pas prévu de poursuivre la randonnée plus loin. Mais notre esprit curieux nous a poussé sur le sentier du lac du Louché. Après quelques cris et « non » insistants d’Hélio pour ne pas faire la sieste, nous avons donc repris notre marche. Nous étions bel et bien seuls dans ce paysage somptueux et nous avons apprécié le luxe de ce faux silence qu’offre les grands espaces. Un silence enveloppant.

Seb a poursuivi jusqu’au lac du Louché où ses pas étaient tellement discrets qu’il a failli marcher sur une marmotte qui ne l’avait pas entendu.

 

Le soir venu, en revanche, nous avons pu l’entendre, ce sifflement d’alarme des marmottes. Pas étonnant, un aigle survolait les parages. Il est littéralement passé au dessus de moi. Il était tellement imposant que j’ai pu percevoir au sol l’ombre projetée par son corps fuselé. Impressionnant !

J’en suis restée bouche bée, j’ai tenté de discerner son cri mais ma mémoire a été trop fortement imprégnée par sa vision. Je l’ai regardé glisser au loin.

Je reprends mes esprits pour profiter de notre repas gargantuesque à la cabane de Tsartsey. Fondue plus assiette valaisanne (charcuterie + fromage) accompagnés de vin blanc local (le fondant, légèrement pétillant). De quoi nous plonger dans un profond sommeil. C’était sans compter sur notre cher marmot qui s’est évertué à nous pourrir la nuit en geignant à chaque fois que nous osions occuper le moindre centimètre carré du lit (note pour plus tard : première et dernière fois qu’il dort dans le même lit que nous !).

Deuxième partie : variations aquatiques de l’Ar du Tsan au bisse de Vercorin

Au réveil, les tourments de cette nuit agitée se dissipent. Le soleil naissant caresse uniformément les moindres recoins de la montagne face à nous. Je me suis levée tôt pour espérer voir des chamois. Julien qui garde la cabane connaît un lieu où un troupeau a coutume de venir le matin. Malheureusement pour moi, ils ne sont pas là aujourd’hui… Cette petite balade m’aura tout de même permis de revoir et de réentendre les marmottes et d’avoir des points de vues à couper le souffle.

Aujourd’hui, nous reprenons la marche pour revenir à Vercorin. Nous allons descendre le vallon de Réchy en longeant la cascade qui descend depuis l’Ar du Tsan jusqu’à la Lé, puis longe un bisse (système d’irrigation traditionnel) jusqu’à Vercorin.

Je reprends ma randonnée musicale par un son qui va me faire une petite frayeur passagère. Un sifflement lancinant et répétitif (tsic tsic tsic….) me fait penser à un serpent. Je guette la moindre trace reptilienne pour me rendre rapidement compte qu’il s’agit d’un… Criquet ! C’est le frottement rapide de ses pattes qui produit ce son puissant et glaçant ! Pendant tout le séjour, ce bruit caractéristique nous a ensuite accompagné, car ces criquets, plus exactement les criquets ensanglantés sont très nombreux. Il se nomme ainsi à cause de la tâche écarlate placée sous le fémur de l’animal. Celle ci est davantage perceptible au moment du saut du criquet, quand les pattes se déploient.

Le reste de la randonnée, c’est l’eau qui jouera les chefs d’orchestre. D’abord les trombes lointaines de la cascade, puis un clapotis tranquille le long du bisse (perturbé par l’attaque répétée de notre lémurien avec quelques jets amusés de cailloux et autres projectiles 100 % naturels).

La première partie de la descente se fait sur un chemin étroit et très pentu dont mes genoux se souviennent encore (ce n’est pas la partie de mon corps la plus robuste dirons nous). Le paysage est étonnant et changeant. Sur la pente ombragée, une forêt de résineux s’épanouit. De l’autre, une végétation comportant de nombreuses fleurs et d’arbustes s’inclinant sous la force du vent. Un nid d’aigle surplombe un pic rocheux, le ballet incessant des rapaces trahit sa présence.

Le concerto aquatique est interrompu temporairement par l’orchestre cacophonique de cloches des reines du Valais : les vaches d’Hérens. Une fromagère dans un alpage du val d’Anniviers nous confira qu’une vache d’Hérens sans cloche n’a plus d’identité, ses congénères la reconnaissant grâce au son unique de sa cloche.

En tout cas, le tintement puissant de la cloche provoqué par le mouvement brusque de leur tête me donne un sacré coup de fouet. Il annonce aussi notre arrivée à l’alpage de la Lé où se situe la buvette du même nom. C’est donc bercée par ces tintements chaotiques que nous déjeunons goulûment.

La fin de la journée se poursuit avec le calme du bisse menant à Vercorin. Un bisse est une déviation d’un courant d’eau de montagne pour le mener jusqu’en bas de la vallée, ou dans les champs. Système d’irrigation typiquement valaisan, vous en trouverez un peu partout. Ils constituent souvent de belles balades apaisantes et faciles (à quelques exceptions près). L’eau s’écoule ici avec paresse et sérénité.

Plus nous arrivons près notre but et plus le vent s’intensifie. Les feuillages ainsi agités n’augurent rien de bon. Le ciel se noircit, un puis deux grondements retentissent.

Arrivés à Vercorin, seul l’endroit où nous sommes semble baigné de soleil, tout autour c’est l’obscurité qui règne. Le soleil nous ouvre la marche jusqu’à notre hôtel avant que la tempête n’éclate. Drôle de sensation.

A peine 5 minutes après notre arrivée à l’hôtel, le tonnerre éclate rageusement. Les grosses gouttes claquent le bitume.

L’orage sonne la fin de la partition de cette parenthèse nature dans le vallon de Réchy.

Informations pratiques : randonnée dans le vallon de Réchy

 

Découvrir le vallon de Réchy, une réserva naturelle méconnue en Suisse dans le Val d'Anniviers.
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Se rendre dans le vallon de Réchy

Depuis Vercorin dans le val d’Anniviers : prendre le téléphérique à Vercorin jusqu’au crêt du midi. D’ici plusieurs départs de randonnées sont possibles. Suivre la direction l’Ar du Tsan pour vous rendre dans le vallon de Réchy. Il y a environ 1h 1h30 de randonnée facile sur un chemin quasiment plat.
Si vous optez pour la version plus sportive, vous pouvez monter depuis Vercorin à pied, les possibilités sont multiples, mais la plus sympa est sans doute de passer le long du bisse de Vercorin jusqu’à la Lé (1h30) avec un dénivelé assez faible. Ensuite, ça se corse jusqu’à la l’Ar du Tsan, le dénivelé étant bien plus important (600 m), soit environ 2h 2h30 selon votre forme.

Depuis le Val d’Hérens : la randonnée en direction du lac de Louché via les becs de Bosson permet d’atteindre le vallon de Réchy. Attention, c’est une randonnée longue et difficile !

Depuis le Val d’hérens, vous pouvez accéder au vallon de Réchy depuis Saint Martin par la randonnée qui passe par le col du Cou.

Plusieurs points de départs sont possibles, renseignez vous auprès de l’office du tourisme.

Les sentiers sont bien balisés de manière générale. Suivez les losanges et panneaux jaunes ou rectangles rouge et blanc en haute montagne.

Randonner dans le vallon de Réchy

Si vous arrivez depuis Vercorin, une randonnée vous mène au coeur du vallon de Réchy, il faut suivre la direction « L’ar du Tsan ». En 1h30 vous atteindrez la cabane de Tsartsey où vous pourrez manger et aussi dormir. Vous pouvez poursuivre jusqu’au lac du Louché puis revenir à la cabane de Tsartsey soit par le même chemin (2H30) soit par une boucle (3h).

Le lendemain nous vous conseillons de redescendre à Vercorin en empruntant le chemin qui longe la cascade et passe par la buvette de la Lé (2h). Vous pouvez terminer la randonnée en longeant le bisse de Vercorin (2h).

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site de l’office de tourisme du Valais.

Où dormir dans le vallon de Réchy

Nous avons passé la nuit dans la cabane de Tsartsey qui comporte des dortoirs mais aussi une petite roulotte « la Maya ». C’est ici que nous avons dormi avec notre loulou.  La buvette attenante propose à manger (assiette valaisanne, fondue) et à boire (nous vous conseillons la bière artisanale). C’est splendide de se réveiller devant un tel panorama, accompagné par le sifflement des marmottes.

Où se loger à Vercorin

Quant à Vercorin, lieu de départ de cette belle rando, nous vous conseillons l’hôtel Victoria qui a de belles chambres confortables. Le petit déjeuner en buffet est varié, frais et très bon. A noter : de beaux chalets rénovés sont disponibles à la location.

Infos et réservation

Se déplacer en Suisse

Le train et le bus sont de très bons moyens de se déplacer en Suisse. C’est un réseau vraiment bien développé et de qualité. Même de petits villages sont bien desservis alors il est tout à fait possible de se passer de voiture (si comme nous vous n’en avez pas).  Pour notre voyage nous avions un pass d’une semaine nous permettant de prendre la plupart des trains (hors trains spéciaux), bus, cars et funiculaire en illimité. Cela peut permettre de faire des économies. Pour calculer si cela est le cas, allez jeter un coup d’oeil au site du Swiss Travel System.

 

Ce voyage est le fruit d’un partenariat avec l’office de tourisme du Val d’Anniviers et My switzerland. Un grand merci pour leur accueil chaleureux et ce programme construit sur mesure. N’hésitez pas à consulter leurs sites pour préparer votre voyage !

 

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