« On va en Catalogne, on va en Catalogne » scande notre lémurien. A son âge, nous pouvons commencer à l’impliquer dans l’organisation des voyages. Son enthousiasme nous donne des ailes. Nous allons donc en Catalogne, plus précisément dans la région des Terres de l’Ebre, un territoire taillé pour nous, on vous raconte pourquoi.

L’Ebre est le fleuve espagnol le plus puissant, il prend sa source en Cantabrie pour terminer sa course dans le Delta de l’Ebre et la Méditerranée. Seb et moi avons une prédilection pour les fleuves larges à l’apparence tranquille. Ce fleuve, nous voulions en connaître ses facettes par tous les moyens. Pour l’appréhender, nous avons donc usé nos semelles, pédalé, ramé, conduit, et ce de Flix jusqu’à l’Ile de Buda où le fleuve se jette dans la mer.

Balade à la réserve de Sebes et au méandre de Flix

Notre première rencontre avec l’Ebre sera assez étrange et déroutante. Nous nous rendons à la réserve de Sebes, un spot où l’on peut observer des oiseaux. Brume tenace, ambiance humide sont au rendez-vous et les oiseaux se font donc rares. Cette réserve est le résultat d’un engagement acharné de passionnés qui ont voulu protéger ce lieu et sa biodiversité. Paradoxalement, ils ont choisi ce lieu non pas car il s’agit d’un espace historiquement naturel, mais parce que les activités humaines lui ont conféré des caractéristiques intéressantes pour la conservation d’espèces. En effet, à deux pas, un immense complexe industriel a considérablement modifié le paysage. A l’endroit de la réserve, la montée des eaux et la stagnation de celles ci a créé des zones humides particulièrement propices pour l’accueil des oiseaux. Un sentier balisé et des observatoires sont prévus pour observer les oiseaux sans les déranger.

Ce jour là, c’est davantage la discussion avec notre guide qui nous interpelle et nous renseigne sur les relations entre hommes et territoire. Il nous emmènera jusqu’au point de vue de Flix. D’ici nous pouvons observer la relation ambiguë entre nature et industrie. En certains endroits, l’Ebre est sauvage tandis qu’une centrale et une usine chimique l’exploitent pour d’autres motifs. Mais cette vision est assez unique en Terres de l’Ebre car c’est une région très peu industrialisée. Ailleurs, l’Ebre reste sauvage et les paysages intactes, nous en aurons bien souvent l’exemple.

Navigation fluviale “Lo Roget” de Asco à Garcia

Assez naturellement c’est à bord d’un bateau que nous allons poursuivre cette rencontre avec l’Ebre. Le Lo Roget est un bateau traditionnel en bois. Entre Asco et Garcia, l’Ebre est entouré par endroit d’impressionnantes falaises. Notre embarcation serpente paresseusement entre celles-ci. Cette tranquillité attire de nombreux oiseaux : c’est le territoire des gracieux hérons et des cormorans voraces. Seb, Hélio et moi scrutons les ondulations du fleuve, le clapotis de cette vie foisonnante. J’avoue ne pas avoir trop écouté le récit du capitaine. J’avais davantage envie de tendre la main, saisir le fleuve, débusquer au détour d’un méandre ces belles montagnes des Terres de l’Ebre. Ce fût une rapide mise en bouche car la balade ne dura qu’une heure. Nous aurions aimé nous transformer en pirates pour détourner ce navire et poursuivre cette navigation le long de l’Ebre. Malheureusement nos connaissances en piraterie avoisinent le néant…

Canoë de Miravet à Benifallet

Faire du Canoë sur l’Ebre, avec Hélio qui avoisinait trois ans, nous pensions que ce n’était pas possible. L’équipe de Beniemociones nous a vite rassuré, ils ont l’habitude d’accompagner des familles pour cette balade de Miravet jusqu’à Benifallet (25 km quand même !). Nous avions bien préparé Hélio mais nous redoutions le moment fatidique du port du gilet de sauvetage (objet qui l’avait fortement rebut lors de nos dernières balades en mer). Par chance, cela se passe sans accroc, il a même hâte de monter dans le canoë.

Nous avons eu beaucoup la chance de faire une balade privée avec deux guides, le grand luxe ! L’expérience que nous allons raconter est donc sûrement différente de celle que vous vivrez si vous faites le même trajet avec un groupe plus important.

Une fois équipés, les canoës glissent à l’eau. Le premier mouvement, doux, du bateau qui file sur l’Ebre laisse présager une belle balade. Dès le début, nous apprécions le calme et la sérénité du fleuve. A peine quelques bruits lointains de voitures qui se dissiperont très vite.

Le midi, nous avions découvert le château de Miravet et ses sublimes reflets sur l’Ebre. Sa vision, au ras de l’eau est d’autant plus impressionnante. D’ici, nous constatons que les oiseaux volettent, chassant les insectes. Les herbes aquatiques forment un labyrinthe inextricable, véritable repère pour poissons peureux.

Hélio rit aux éclats, il a trouvé un bâton qui fait office de canne à pêche. Il faut manœuvrer de manière à ne pas gêner la pêche de monsieur (sous peine d’une engueulade bien sentie). Le courant est en notre faveur ce qui rend d’autant plus plaisante l’expérience.

Le cortège de libellules et le saut des poissons nous indique le chemin. Il paraît qu’un poisson énorme, de plusieurs mètres, se cache ici. Un monstre trouillard qui s’échappe dès qu’on s’en approche.
L’Ebre est majestueux, ses hauts reliefs, sa verdure nous offrent une bulle irréelle.
Nous sommes seuls, seulement quelques bateaux brisent parfois ce silence absolu.
Je crois n’avoir jamais autant ressenti cette sensation de privilège.

Je me retourne à de nombreuses reprises pour contempler certains détails du paysage qui s’éloignent, mais aussi le sourire béat de Seb, qui visiblement apprécie. Les astres se sont alignés pour nous offrir un moment parfait. Les deux guides qui n’ont pas l’habitude de faire une sortie privée, se régalent autant que nous, sinon plus.

Descente à vélo de Horta de Sant Joan à Benifallet sur la via verde, une ancienne voie de chemin de fer

Si le canoë s’est révélé une activité idéale pour découvrir l’Ebre, le vélo l’a été tout autant pour arpenter d’autres paysages qui amènent encore et toujours à ce sublime fleuve. Il faut dire que ces derniers temps nous avons souvent utilisé ce moyen de locomotion que ce soit dans les Ardennes, en Haute Loire ou en République tchèque ! Pour cette fois ci,  nous avons choisi la section entre Horta de Sant Joan et Benifallet. Au départ, le panorama nous permet d’admirer quelques splendeurs géologiques du parc naturel d’Els ports.

Nous longeons ensuite quelques champs pour rejoindre la Via verde spécialement aménagée pour les vélos. Le cadre est très agréable, la route est plane, nous sommes quasiment seuls par une fin de journée ensoleillée. La lumière réchauffe et dore les montagnes. Nous nous étonnons assez vite de passer sous des tunnels très longs et d’imposants ponts. Tout ça pour une piste cyclable, cela nous parait disproportionné ! C’est en croisant plusieurs anciennes gares que nous percutons (enfin !).

La piste cyclable a été aménagée en lieu et place de l’ancienne voie de chemin de fer. Aujourd’hui, la nature a repris ses droits et les cyclistes s’en donnent à cœur joie. Les tunnels sont autant d’occasions de hurler et jouer à se faire peur et les ponts sont autant d’invitations à s’arrêter pour contempler le paysage. Comme celui qui domine la Fontcalda.
Ici l’eau s’est engouffrée dans un canyon. D’un vert intense par endroit, gris pétrole à d’autres, en fonction de l’inclinaison du soleil. C’est un lieu aussi beau que tentant, difficile en effet de résister à l’envie d’aller s’y baigner.

Des escaliers permettent d’y descendre et de s’y prélasser. De quoi se rafraîchir après quelques efforts. La journée étant bien entamée nous n’aurons pas cette chance. Une autre fois, peut être !

Randonnée à pied – Tortosa et Ile de Buda

Après la partie montagneuse des Terres de l’Ebre, nous sommes partis en direction du delta de l’Ebre, autre région fascinante des Terres de l’Ebre. Sur notre route, nous avons recroisé à plusieurs reprises le fleuve. Urbain à Tortosa, il coupe littéralement la ville.

La vue panoramique depuis le « parador de Tortosa » permet d’avoir un aperçu de sa position dans la ville mais aussi de découvrir quelques détails insolites. Comme sa sublime cathédrale au toit plat qui ressemble davantage à une terrasse. Les quelques visiteurs présents ce jour là sont autant intrigués que nous par ce toit. Nous n’avions jamais vu cela auparavant. On nous a expliqué la raison mais impossible de la ressortir de nos mémoires. Il me semble que c’était pour ne pas cacher les édifices alentours.

Intrigués nous l’avons visité pour en savoir davantage. La cour intérieure ainsi que la nef sont magnifiques. On peut même visiter les sous terrains de cet édifice.

Nous avons ensuite flâné au hasard dans la ville à la recherche de jolies pépites. Un musée coquet d’un côté, une église charmante de l’autre et un jardin insolite pour terminer.

C’est par hasard que nous nous sommes retrouvés au jardin du prince (jardins del princep). Cet ancien centre balnéaire autrefois prospère abrite désormais une collection de sculptures de l’artiste Santiago de Santiago sur le thème de l’homme et de son destin (vaste programme non ?).

L’Ebre sauvage, nous le retrouverons à l’île de Buda où il se déverse sans retenue dans la mer. Le fleuve se divise en de multiples bras pour enfin disparaître et se fondre avec la méditerranée. Un instant fugace, un adieu serein du haut de la tour d’observation.

Le delta de l’Ebre n’a pas fini de nous charmer et de nous dévoiler quelques un de ses trésors.

Informations pratiques – découvrir les terres de l’Ebre

Se rendre dans les Terres de l’Ebre en Catalogne

En avion, l’aéroport international le plus proche est celui de Barcelone. De là, en voiture il vous faudra environ 1h15 à 1h30 pour rejoindre les Terres de l’Ebre (selon la ville d’arrivée).

Où se loger dans les Terres de l’Ebre en Catalogne

Nous avons testé trois hébergements différents durant notre séjour.

Hostal la Creu – Mora d’Ebre

L’Hostal la Creu en plein centre ville de Mora d’Ebre était idéalement situé pour rayonner dans les environs. Le personnel était très accueillant, la chambre spacieuse et les repas ainsi que le petit déjeuner de qualité. Seule bémol, la salle de bain n’était séparée de la chambre que par une baie vitrée (légèrement occultée par des stickers). Il semblerait que cela soit de plus en plus à la mode dans les hôtels mais personnellement ce manque d’intimité ne me plaît pas tellement, surtout quand les toilettes se situent également à cet endroit).

Informations et réservation

Antigua estacio de Benifallet – Benifallet

Notre deuxième hébergement était davantage insolite. Nous avons en effet résidé dans une ancienne gare « Antiga Estacio de Benifallet » reconverti en auberge et hôtel. Sur le tracé de la via verde c’est une étape très pratique pour les cyclistes (mais accessible également en voiture). La chambre était simple mais très agréable, la salle de bain très spacieuse (et fermée !). Ici des repas sont aussi proposés, ce qui est nécessaire puisque cet hébergement se situe en dehors de la ville (pas de commerces ou restaurants à proximité). Mais c’est aussi tout le charme de ce lieu, se réveiller au son des oiseaux, prendre son petit déjeuner (gargantuesque et délicieux) et enfourcher son vélo. L’équipe a été aux petits soins avec nous et nous nous sommes régalés à chaque instant.

Informations et réservation

Delta hotel – Deltebre

Dernière hébergement mais pas des moindres ! Le Delta Hôtel à Deltebre. Situé comme son nom l’indique dans le Delta, c’est une institution. Les chambres sont décorées avec soin et de son lit on peut apercevoir le spectacle des oiseaux se délectant dans les rizières. Pour ne rien gâcher, un très beau jardin attenant à l’hôtel permet de se balader le matin. Pour couronner le tout, une piscine et une aire de jeux pour les enfants !

Seul bémol pour cet hôtel (il faut bien en trouver un), le restaurant qui était certes bon mais moins copieux que les autres restaurants que nous avons pu tester durant ce séjour. Le petit déjeuner comporte en revanche un buffet très fourni et de bonne qualité.

Informations et réservation

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Visiter la réserve de Sebes à Flix

La réserve se situe sur la commune de Flix. D’ici vous aurez différentes indications qui mènent à la réserve de Sebes. Le GPS ne reconnaîtra sans doute pas ce lieu. En revanche sur google maps,  le lieu peut être trouvé en tapant « Reserva Natural de Sebes ».

Le centre d’information, les sentiers et les observatoires sont gratuits. Seule l’entrée au centre d’interprétation est payant, il faut compter 2,50 euros.

Plus d’informations sur leur site.

Découvrir l’Ebre en canoë

Nous sommes partis avec la compagnie Benimocions dont nous avons apprécié le professionnalisme. Nos deux guides étaient vraiment sympas et attentifs. Le matériel était de qualité. Ils proposent de nombreux itinéraires en canoë le long de l’Ebre. Le tronçon que nous avons pris (Miravet à Benifallet) est selon eux le plus beau (et sûrement le plus fréquenté en haute saison). D’autres activités sportives comme la spéléologie, le vélo, la randonnée etc… Sont aussi organisées.

Se balader en bateau traditionnel sur l’Ebre

Au départ d’Asco, une compagnie propose d’embarquer dans une réplique de bateau traditionnel pour découvrir l’Ebre, le « Lo Roget ». Les départs se font depuis la Plaça de l’Estacio qui se trouve au bord de l’eau.

La ville d’Asco propose également d’autres activités que vous retrouverez ici.

Parcourir les terres de l’Ebre en Vélo

150 km de pistes cyclables en continuité traversent les terres de l’Ebre et permettent de les parcourir. La Via verda est ensuite prolongée avec le cami natural de Tortosa-Deltebre (un autre piste cyclable).

La via verda dont nous avons testé 25 km entre Horta Sant Joan et Benifallet offre de très beaux paysages et points de vues. Certaines agences de location de vélo proposent de venir vous recherchez à votre arrivée (pour éviter de faire le retour). Ce qui permet d’envisager de faire un long tronçon sur une journée ou plusieurs. Renseignez vous sur cette possibilité qui peut être très intéressante et qui permet de pouvoir prendre son temps.

Les vélos que nous avons loué n’étaient pas électriques mais le dénivelé étant vraiment peu important (sauf peut-être le tronçon entre Horta Sant Joan et Beniffalet un peu plus pentu), cela ne nous a pas semblé nécessaire.

 

Ce voyage s’est déroulé grâce au soutien de Catalunya experience (l’office du tourisme de Catalogne), avec qui nous avons élaboré l’itinéraire et en partenariat avec les terres de l’Ebre. N’hésitez pas à les consulter pour préparer votre prochain voyage dans les terres de l’Ebre !

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