Il y a des paysages compliqués à décrire, difficiles à vulgariser. Leurs caractéristiques, leurs singularités ne font pas le jeu du sensationnalisme. Leurs beautés se laissent apprivoiser, doucement approcher, par quelques curieux tenaces. Et même si j’ai conscience que l’exercice est difficile, j’ai décidé de consacrer un article entier à ce type de paysage. Son nom :  La Fagne. C’est un type de paysage que l’on retrouve à plusieurs endroits en Wallonie. On le retrouve particulièrement au cœur du parc naturel des Hautes Fagnes-Eifel.

Bienvenue en territoire fagnard

Nous sommes loins des plages dorées et immaculées, ici la nature est complexe, hostile, mais surtout pleine de mystère. Étymologiquement, le terme Fagne provient du mot sphaigne (un des végétaux qui la compose) ou bien aussi la fange (le marécage), cela donne déjà le ton. Pour percer ces quelques secrets, nous avons fait appel à un guide naturaliste. Et j’ai déjà envie de dire pas n’importe lequel ! Erwin est a première vue  l’archétype du guide : sac à dos en toile kaki à écusson sur le dos, veste aux multiples poches et jumelles accrochées en bandoulière. Ses cheveux blancs nous laissent présager une sacrée expérience et c’est peu dire… A plus de 80 ans, Erwin est toujours guide et il n’est pas difficile de savoir pourquoi, ses yeux pétillants trahissent son amour de la nature.

Dès ses premières phrases, nous comprenons que cette balade nature aura ce supplément d’âme qu’apporte la passion. Nous trouverons ce que nous aimons le plus : la rencontre entre l’Homme et son environnement .

Un personnage est là devant nous, il nous fait cadeau d’un joli sourire et s’excuse tout de go pour son accent. Nous lui trouvons un charme certain et ne sommes en aucun cas offusqués de voir ainsi chantée notre belle langue. Cette musicalité nous accompagnera durant toute notre randonnée. Nous en avons choisi une particulièrement adaptée aux familles puisque les passerelles et les sentiers larges en font un terrain facile pour les jeunes enfants. Elle est même accessible en poussette !

Une grande étendue s’allonge devant nous. Au premier coup d’œil, rien de spécial, les quelques résineux donnent du relief à ce paysage qui en manque un peu. Mais en s’approchant, ce monde s’ouvre peu à peu. Les carex nous gratifient de leur chevelure ébouriffée et les arbustes me rappellent quelques récoltes de myrtilles dans le pays basque.

Les tourbières, des univers riches, complexes et périlleux !

Nous sommes dans ce que l’on appelle une tourbière (et pas n’importe laquelle, car c’est la plus importante d’Europe). Il s’agit d’une zone humide où, grâce à des conditions climatiques et géologiques très spécifiques, de nombreuses plantes ont pu s’y développer. Dans cet écosystème où l’eau est stagnante, nous nous retrouvons dans une situation d’anaérobiose (il n’y a plus assez d’oxygène). Ainsi, les champignons et bactéries ne prolifèrent pas, ce qui ralentit considérablement la décomposition des végétaux présents. Il en résulte un dépôt que l’on nomme tourbe. La tourbe met des milliers d’années à s’accumuler et elle devient peu à peu une sorte de roche végétale. Ici, son épaisseur peut atteindre plusieurs mètres.
C’est un monde à part entière, un livre d’histoire, ce milieu ayant des propriétés de conservation qui permettent de fossiliser ce qui s’y perd. Un terrain de jeu et d’expérimentation pour les scientifiques !

Il a l’air paisible, mais ce paysage est hostile. On ne le parcours pas comme bon nous semble. Si d’apparence, il est possible de marcher dessus, il est risqué de le faire sans être un peu connaisseur. Certains l’ont appris à leurs dépends en s’embourbant dedans et en restant coincés. L’histoire des amoureux enlisés en est un malheureux exemple.

Erwin nous fait une petite démonstration en sautillant légèrement, le sol se déforme, ondule, se meut. Nous comprenons vite que là dessous, c’est un réseau liquide et inextricable de végétaux dans lequel nous n’aimerions pas nous retrouver. Certains animaux tels que les cervidés grâce à leur morphologie et délicatesse peuvent se déplacer dans cet univers sans crainte. Pour l’homme c’est une autre histoire. Pour ajouter un peu plus à cette rudesse, il faut savoir également qu’il règne ici un micro-climat. En hiver, ici c’est un peu la Sibérie !

La Fagne, une terre d’histoires

Durant nos échanges, nous réalisons la chance que nous avons d’être accompagnés d’Erwin. Il est né ici, la Fagne l’a vu grandir, rire et parfois souffrir. Il nous raconte comment enfant puis jeune adulte il passait des heures à arracher la tourbe de son lit pour l’utiliser comme combustible. Un travail de forçat qui, plus de 60 ans après, lui a laissé de profonds souvenirs. Une fois séchée la tourbe devient très légère et elle se consume facilement mais lentement.

D’autres anecdotes viennent s’agripper à nos découvertes de la flore. Quand vient l’arbuste à myrtille, Erwin se remémore la cueillette de ce fruit aussi succulent qu’agaçant. Le prélever est une épreuve de patience et d’endurance pour le dos. Il lui préfère les airelles, moins capricieuses quand il s’agit de se laisser emporter.

Chuuuut, ça reste entre nous...
Le sublime grand tétras avait l’habitude de venir dans les hautes fagnes pour y accomplir son impressionnante parade nuptiale, mêlée de cris et sauts. Avait, car il a quasiment disparu de la région, son habitat s’étant réduit. Aussi, cet animal très farouche est facilement perturbé par les activités humaines. Un tetras dérangé en hiver s’envole et perd une énergie très précieuse qui pourrait lui manquer pour passer l’hiver. Deux ou trois envols et il meurt… Récemment plusieurs couples ont été réintroduits, autant vous dire que l’endroit où on peut les voir est un secret bien gardé !
Bref, entre le grand tétras et les dangers des tourbières, ne sortez pas des sentiers balisés !

L’extraction de la tourbe ainsi que l’exploitation du bois et l’utilisation pastorale de la Fagne ont considérablement modifié le paysage au cours des années. Cette relation étroite entre l’Homme et la nature est incarnée dans le discours d’Erwin et dans le mélange d’admiration et de sentiments complexes qui s’en dégage. Une chose est sûre, cette terre lui a forgé une identité forte. Erwin est un fagnard comme il nous le répétera plusieurs fois… et fier de l’être. Une fierté à la hauteur de la rudesse du paysage.

Au delà de son histoire avec la Fagne, Erwin nous a raconté la grande histoire dans la Fagne. Ce territoire a de nombreuses fois été disputé. Aujourd’hui Belge, il a tour à tour appartenu à la France, aux Pays Bas et à la Prusse. Il connaîtra aussi des heures sombres durant la seconde guerre mondiale où il sera réintégré au Reich et verra un camps de travail de prisonniers s’y installer.

Aujourd’hui, la relation entre les hommes et cette terre s’est apaisée. Ce territoire est protégé depuis les années 50. Il est géré de manière à préserver la faune et la flore mais également à développer des activités économiques durables soucieuses du bien être des habitants (au nombre de 17 000). Ainsi des initiatives d’agriculture respectueuses de l’environnement et d’éco-tourisme sont par exemple développées. Bien entendu, une des missions principales du parc est d’informer et de sensibiliser la population et les visiteurs sur cet incroyable patrimoine naturel. Nous avons même croisé une classe d’écoliers en pleine séance d’éducation à l’environnement ! Le site accueille également une station météo, on peut y voir les nombreux instruments qui servent à prévoir le temps.

Espérons que cet équilibre entre l’homme et la nature pourra encore perdurer et que dans 80 ans nous aurons encore des guides passionnés pour faire vivre différemment ces lieux hors du temps.

 

Avez vous déjà découvert des paysages de tourbières ? Si oui dites nous où en commentaires !

Informations pratiques – visite du parc des Hautes Fagnes – Eifel

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Se rendre au parc naturel des Hautes Fagnes-Eifel

Le parc naturel est accessible à environ une heure de Liège. En transports en commun, vous pouvez prendre le train IC 390 à la gare de Liège Guillemins en direction de la gare de Verviers Central. De là, vous avez le bus 390 qui dessert le mont Rigi. Comptez en tout entre 1h30 et 1h50 en fonction des correspondances.

Quoi faire au parc naturel des hautes Fagnes-Eifel

De nombreuses activités nature sont mises en place au sein du parc naturel. Pour le côté wallon, dans les Hautes fagnes, nous vous conseillons d’aller faire un tour au Centre nature de Botrange. C’est le lieu ressource idéal pour découvrir le territoire grâce à leur exposition didactique et ludique appelé FANIA. C’est aussi le point de départ de nombreuses randonnées ou activités. Par exemple, le centre organise des visites originales en char à banc (d’anciennes charrettes qui étaient tirées par des chevaux, aujourd’hui c’est un tracteur qui fait le boulot).

En hiver, il est possible de skier !

Centre Nature de Botrange

Route de Botrange, 131
B-4950   Waimes

Plus d’informations.

Nous avons beaucoup apprécié d’être guidé par Erwin Le Gros, alors n’hésitez pas à le contacter lors de votre séjour. Son numéro est le suivant : +32(0)87-74 02 14 ou le 04841-45134 (mobile).

Ne nous demandez pas de mail, il n’a pas ces choses là ! Dixit Erwin.

Où loger ? Notre bonne adresse à Malmedy !

Nous avons superbement été accueillis au B&B La ferme du père Eugène. Une adresse parfaite si vous aimez le calme de la campagne sans rogner sur le confort. Le petit plus, un superbe jardin avec des jeux pour les enfants. Hélio en a bien profité après nos escapades !
Large Voie, 4960 Malmedy
Plus d’infos et réservation.

D’autres idées de randonnées en Wallonie

L’Office de Tourisme de Belgique a édité une brochure de 26 balades de tous niveaux en Wallonie. Elle est très bien faite et permet d’avoir de nombreuses idées de randonnées en fonction de la province que vous traversez. Elle peut être demandée gratuitement ici parmi d’autres documents très utiles également.

Nous avons notamment adoré la randonnée dans la vallée du Ninglinspo.

 

Ce voyage a été réalisé grâce à l’invitation de l’office belge de tourisme pour la Wallonie et Visit Ardenne que nous remercions chaleureusement. N’hésitez pas à consulter leurs sites pour organiser votre voyage en Ardenne !

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