Le Queyras. Rien que la sonorité de cette région est évocatrice. A la fois doux et rude, à l’image de son territoire, entre vallées verdoyantes et montagnes acérées. Largement compris dans un parc naturel régional, c’est une évasion nature, une terre de pastoralisme, un paradis de la randonnée que nous avons rencontré.
De Saint Véran au col de l’Izoard en passant par la casse déserte, nous sommes tombés sous le charme du Queyras, le temps d’un séjour d’été. Un moment trop court, mais qui nous a permis de saisir tout le pouvoir d’attraction qu’exercent ces montagnes et vallées.

visite et randonnée dans le Queyras

De Saint Véran au refuge de la blanche, en immersion dans le Queyras

Quand on a peu de temps pour découvrir un territoire, comment en profiter au maximum ? En courant partout pour voir un maximum de chose ? Selon nous, sûrement pas ! Notre vision, c’est de viser davantage la qualité que la quantité, de prendre le temps de s’immerger pour découvrir. Or, on ne découvre pas de la même manière en faisant du zapping, de paysages en monuments.

Nous préférons ne découvrir que deux ou trois lieux, mais prendre le temps de les comprendre. Pour débuter notre séjour, nous ne pouvions rêver mieux qu’une nuit en refuge, en partant du village emblématique du Queyras : Saint-Véran.

Saint-Véran est un village exceptionnel à plusieurs titres. C’est la plus haute commune d’Europe (2040 mètres), c’est une base parfaite pour de nombreuses randonnées et le village possède une architecture traditionnelle particulière préservée. C’est une des raisons majeures du classement de Saint Veran parmi les plus beaux villages de France.

Pour autant, alors que nous étions en visite fin août, ce n’était pas la foule. La rue principale devenant semi-piétonne en été, la balade fut sereine, paisible. L’occasion d’admirer les impressionnants chalets à fuste, construits en mélèze. Une construction très particulière avec une avancée destinée à faire sécher les récoltes. Si particulière que ce type de chalet est spécifique de la vallée, les vallées alentours ayant d’autres types de construction.

Vue sur le village de Saint Véran
Vue sur le village de Saint Véran

Mais Saint Véran n’était pas le but de notre venue dans ce coin du Queyras. Pour cette première journée, nous étions partis avec l’idée d’aller en montagne, dans la vallée de l’Aigue blanche, en pleine nature. Quoi de mieux pour s’immerger dans un lieu que d’y dormir ?

Nous nous sommes donc mis en route pour une petite randonnée de Saint-Véran jusqu’au refuge de la blanche, situé au pied du lac du même nom.

Très facile mais néanmoins superbe, il s’agit plus d’une balade qu’une véritable randonnée. En partant de Saint-Véran, il faut environ deux heures de marche en allant d’un bon pas. Il est également possible de prendre une navette qui avance les randonneurs jusqu’au pied de la chapelle de Clausis. De là, il ne reste que 3 kilomètres, pour une petite heure de marche.

chapelle de clausis

Avec Hélio, du haut de ses trois ans et notre propension à nous arrêter à chaque petite fleur, chaque détail, nous doublons facilement les temps de marche habituellement indiqués… Mais nous le revendiquons fièrement !

En chemin, outre la beauté dingue des paysages de montagne, quelques points d’intérêt ont prolongé le plaisir : une ancienne mine de cuivre, une carrière de marbre et la chapelle de Clausis, l’un des symboles de la vallée de l’Aigue blanche, si ce n’est du Queyras.

Après cette belle marche, nous sommes arrivés au refuge de la blanche en début de soirée. Gatés par un superbe ciel de fin d’été alternant entre nuages menaçant et éclaircies, nous nous sommes régalés des lumières si spéciales de la montagne.

refuge de la blanche

Régalé également du repas servi au refuge. Avec des mets simples, dans une ambiance ultra conviviale où se mélangent joyeusement les invités. La soirée fut délicieuse, chacun y allant de ses anecdotes de randonnée, de voyage, les smartphones et tablettes bien rangés dans les sacs à dos.

Il y a des endroits qui vous invitent à la déconnexion, de gré ou de force. Au lac de la blanche, c’étaient les deux à la fois. De force car il n’y a pas de réseau et les prises électriques sont rares. De gré parce que de toute façon on est bien trop occupé à admirer le panorama sur les monts alentours : le Pic de Chateau-Renard (2989m), la Pointe des Sagnes Longues (3032m), le Pic de la Farnéiréta (3134m) et la Tête de Longuet (3146m). On devine même l’observatoire de Château Renard, une véritable invitation à plonger son regard dans la voûte céleste.

La vue sur le cirque de Clausis, les rayons de lumières dansant sur ses étendues herbeuses, agrémentés par le cri des marmottes aux aguets, constituaient un spectacle méritant de figurer au box office.

Le lendemain matin, nous nous sommes mis en quête d’une petite randonnée pour découvrir les environs. Il faut dire que le refuge de la Blanche est un phare du Queyras, un point de départ de randonnée très réputé.

Pas moins de 10 randonnées partent du lac de la Blanche, dont le GR58 qui permet de faire le grand tour du Queyras, réservé à ceux qui sont en bonne forme !
Nous avions des prétentions bien moindres avec notre bambin et notre allure d’escargots asthmatiques. Les lacs blanchet, une randonnée bien connue du coin nous tentait bien, mais ce sera pour une autre fois… Après avoir fait seulement quelques centaines de mètres en deux heures, trop occupés à grimper sur un rocher par ici, à observer une famille de marmottes par là, il fallait se rendre à l’évidence et rebrousser chemin vers Saint-Véran.

Randonnée dans le val d’Izoard Arvieux, à la rencontre des bergers de Clapeyto

Visiter le Queyras et son parc naturel en omettant ceux qui ont façonné et façonnent toujours ce paysage, ce serait oublier que la montagne d’aujourd’hui est une subtile alliance entre l’Homme et la nature.

Les alpages sont le fruit d’une collaboration séculaire entre l’Homme et les moutons, entre le berger et ses brebis. Sans eux, le paysage aurait une physionomie bien différente, sans ce broutage raisonné faisant foisonner la biodiversité. Car oui, l’Homme peut avoir un impact positif sur la biodiversité, cette « tonte » naturelle permettant à de nombreuses espèces sauvages de s’épanouir dans ces alpages, notamment des plantes d’altitude.

alpage chalets de clapeyto

Bien sûr, l’alpage n’est pas une invention de l’Homme. Les mouflons, chamois et autres caprinés existaient bien avant, mais l’échelle n’était pas la même, réduisant ces étendues herbeuses en haute altitude à une portion congrue.

Le pastoralisme est encore aujourd’hui très vivant. Cette tradition perdure alors que les éleveurs pourraient très bien se contenter de laisser leurs bêtes en plaine pendant l’été. Mais par soucis de bien être pour leurs animaux, par tradition ou par envie de souffler quelques mois, une grande partie des éleveurs confient leur troupeau aux bergers.

Curieux d’en apprendre plus sur le pastoralisme, sur cette vie en montagne loin de tout, sur cet équilibre subtil montagne/moutons/Homme, nous sommes partis à la rencontre d’une famille de bergers dans la vallée de l’Izoard Arvieux.

 

Tout commence par une superbe randonnée. Une mise en bouche qui suffirait à nous combler. Des paysages escarpés, une montagne sauvage, des falaises impressionnantes, des chalets isolés…
Au départ de Brunissard (Arvieux), le chemin monte progressivement vers les chalets de Clapeyto, longeant différents petits ruisseaux tantôt tranquilles, tantôt fracassants.

Nous avions rendez-vous vers 9h30 avec les bergers. Cette rencontre était planifiée dans le cadre du festival potes de MarmoT’s que nous avons eu la chance de découvrir. La particularité de ce festival jeune public, ce sont ces activités éparpillées en pleine nature aux 4 coins du Guillestrois Queyras. Une occasion unique pour nous d’aller à la rencontre de bergers dans leur milieu de travail.

Johan, Ludivine et leurs enfants vivent à l’alpage des chalets de Clapeyto tout l’été depuis plusieurs années. Dès nos premiers échanges, leur passion est communicative. Cette vie en relatif isolement pendant une partie de l’année ne convient probablement pas à tout le monde. Mais chez eux, c’est une évidence, presque un besoin.

Pendant que Ludivine s’attelle à un atelier « laine » avec les enfants, j’accompagne Johan parti soigner quelques brebis mises à l’écart du troupeau. L’occasion pour lui de nous parler de la vie de berger, des soins nécessaires, des périls auxquels sont soumises les bêtes. Mais il nous parle également de ce qui le passionne, des raisons qui le font aimer ce métier. Avant tout, ce qu’il affectionne, c’est ce subtil équilibre des alpages, la stratégie à mettre en place pour favoriser la biodiversité de la montagne, tout en assurant le bien être des moutons dont il a la charge.

Car il ne faut pas oublier que nous nous situons en plein dans le parc naturel régional du Queyras. Loin d’être une contrainte, c’est au contraire pour lui un fort soutien, travaillant main dans la main avec les gestionnaires du parc. Chacun alimente l’autre de son expérience pour assurer un bon équilibre, donner de la vigueur à la montagne. Car les paramètres à maîtriser sont nombreux. Entre les plantes invasives, les maladies menaçant les moutons, la protection contre les prédateurs etc.

En discutant avec lui, en le voyant travailler dans ce cadre, au cœur de l’alpage, entouré par ces superbes montagnes, son métier, le pastoralisme ont pris un tout autre sens. Gratifiés en cadeau ultime du passage d’un gypaète barbu, je peux désormais comprendre toute la noblesse de ce métier, sa difficulté et l’amour qu’on peut y porter.

Des perles en pagailles : la casse déserte, le fort Queyras, la demoiselle coiffée de Château Ville Vieille…

Le Queyras n’est pas un territoire énorme. Avec ses 4 vallées, on pourrait penser que le tour des points d’intérêt est vite bouclé. Ce serait sous estimer ce petit morceau des Hautes-Alpes. Car en plus de curiosité géologiques, le Queyras offre de belles évasions historiques. Rattaché à la France tardivement, en 1713, le Queyras jouissait d’une certaine autonomie, sous la forme d’un escarton (dont les privilèges n’ont été abolis qu’à la révolution). En résulte une histoire singulière et des monuments encore visibles aujourd’hui, notamment le fort Queyras, sûrement le plus emblématique.

Au creux de la vallée, le Fort-Queyras

Situé sur un piton rocheux, ce fort impressionne d’emblée par sa position surélevée, lui donnant un air à la fois majestueux et menaçant. Modifié par Vauban en 1700, il conserve néanmoins un aspect moyenâgeux, avec l’austérité que cela suppose. Posé sur son pic au creux de la vallée, entouré de montagnes vigoureuses, le spectacle est total.

Pour compléter le panorama, le Guil et ses flots impétueux passe au pied du fort Queyras. Les amateurs de sensations forts peuvent ainsi conjuguer adrénaline et histoire… via du rafting, canoë, ou même une via ferrata.

fort queyras

La demoiselle coiffée de Château Ville vieille

Parmi les curiosités géologiques de la vallée du Queyras, la demoiselle coiffée de Château Ville Vieille est probablement la plus connue. Une demoiselle coiffée, c’est une sorte de pic rocheux surmonté d’une « coiffe » plus large, rocheuse également. Ce phénomène est dû à deux roches de natures différentes, l’érosion de la roche de la base étant plus forte que celle du dessus.

Cette demoiselle coiffée ou cheminée de fée est une formation témoin de la présence d’anciens glaciers. Avec le temps, elle finira par perdre son chapeau, c’est le destin inexorable de toutes ces formations, a cause de la lente érosion par l’eau, le vent et le gel…

Visible depuis la route vers Saint Veran ou le col d’Agnel, difficile de la louper si vous passez dans le Queyras !

demoiselle coiffée de chateau ville vieille

La casse déserte, un paysage lunaire

Passage mythique du tour de France vers le col Izoard, la casse déserte est une particularité géologique à couper le souffle (dans tous les sens du terme si l’on arrive en vélo…).

Au détour d’un virage, un paysage spectaculaire s’est offert à nous. Les pins, les étendues herbeuses, cèdent la place à une roche nue, à un paysage lunaire aride, dépouillé, accidenté. Le gris clair de la roche tranche avec le bleu profond du ciel, accentuant le relief le côté dramatique de ce paysage.

Très facile d’accès en voiture, une courte randonnée permet également d’aller observer la casse déserte en surplomb, donnant un autre point de vue. En partant de la stèle du col d’Izoard, cette balade rejoint plusieurs points de vue, dont la fameuse casse déserte, face aux sommets de côte belle.

casse deserte col d'izoard queyras

 

Entre la découverte du paysage et des activités traditionnelles du Queyras, nous avons pu mesurer notre chance de découvrir ce territoire au fort caractère, encore préservé d’une urbanisation massive. Un séjour d’été délicieux, bien que trop court, qui nous a donné envie de le découvrir plus en profondeur.

Guide pratique – visite et randonnée dans le Queyras en été

Que voir dans le Queyras ? Les sites emblématiques

  • Les Gorges du Guil
  • La Réserve Naturelle Nationale de Ristolas Mont Viso
  • La demoiselle coiffée de Chateau ville vieille
  • Fort Queyras (dit communément Chateau Queyras, du nom de la commune)
  • Le Tunnel de la Traversette
  • Le Col Agnel
  • Le Col Izoard et la Casse Déserte
  • L’observatoire de Chateau-Renard
  • Saint-Véran
  • La chapelle de Clausis
  • D’Arvieux jusqu’aux chalets de Clapeyto

Quelles randonnées faire au départ du refuge de la blanche, dans la vallée d’Aigue blanche ?

  • les lacs Blanchet Inférieurs et Supérieurs
  • l’observatoire de Chateau-Renard
  • Le sentier du Canal de Saint-Véran
  • La Mine de Cuivre de Saint-Véran
  • le Col de Saint-Véran (ou Col de la Cavale – 2844m)
  • le Col de la Noire (2955m) et le lac de la Noire côté Ubaye
  • le Col Blanchet (2897m)
  • le Col de Chamoussière (2884m)
  • le Pic de Caramantran (3021m)
  • La Rocca Bianca (3059 m – ou Roche Blanche)
  • le Tour de la Tête de Toillies (Col de la Noire, Col Longuet, Col Blanchet) voire la Tête pour les experts (3175m)

Quand visiter le Queyras ? En été ou en hiver ?

Nous aurons bien du mal à répondre à cette question… Ce que nous pouvons dire, c’est que vous pouvez vous y rendre en été les yeux fermés. Si vous aimez la randonnée, la montagne en été, les paysages peu urbanisés, avec une histoire singulière, foncez !
Le climat étant méditerranéen, il fait sec et chaud durant l’été et l’avant et arrière saison sont agréables. D’ailleurs vous aurez moins de monde, mais même au plus fort de l’été, on est très loin de l’affluence des bords de mer.
Les 7 villages du Queyras n’abritent que 2500 habitants pour 533 km² !

Où dormir dans le Queyras ?

La Girandole – Arvieux

Nous avons logé dans un superbe gîte à Arvieux. Avec un accueil impeccable, de belles chambres, une convivialité propre aux chambres d’hôtes et surtout des repas réellement exquis. Nous recommandons chaudement !

La grande demeure est très belle et pour ne rien gâcher, elle dispose d’un beau jardin avec piscine pour se délasser après une journée de marche.

Renseignements et réservation

Refuge de la blanche

Pour une base idéale de randonnée, et/ou une soirée conviviale en pleine montagne, le refuge de la blanche est une base idéale.

Il ne faut pas s’attendre au confort d’un hôtel 4 étoiles et être prêt à partager sa chambre (il n’y a que des dortoirs, mais certains sont petits et bien aménagés), mais le confort est tout à fait acceptable. Aussi les repas sont simples et bons. L’équipe est au top, c’est vraiment une belle expérience.

Il est fortement conseillé de réserver en haute saison.

Renseignements et réservation

Profil de la randonnée de Saint-Véran au refuge de la Blanche

Il est possible de se rendre à pied au refuge de la Blanche depuis Saint-Véran bien sûr, mais aussi de Ceillac (7h – 1500 m dénivelé positif), Chianale (5h30 – 1000m dénivelé positif) ou encore Maljasset (6h – 1000m dénivelé positif).

Depuis Saint Véran, vous avez deux options :

Randonnée à pied de Saint Véran au refuge de la Blanche

Il vous faudra en moyenne 3h pour un dénivelé positif de 500 mètres. Dans le sens refuge de la Blanche -> Saint Véran ce sera bien plus court, environ 1h30 étant donné que cela ne fait que descendre progressivement.

Navette de Saint Véran au pied de la chapelle de Clausis, puis randonnée à pied jusqu’au refuge de la Blanche

La navette de Clausis part du parking Saint Luc (est) de Saint-Véran. Sa fréquence varie selon la saison de toutes les heures à toutes les demi-heures, de 7h45 à 17h30, avec une pause entre 11h30 et 14h00. Je le précise car nous nous sommes faits avoir pour la pause du midi et sommes redescendus à pied. Mais au final, ce fut une balade agréable ! Le trajet est au tarif de 4 € l’aller ou 6 € l’aller retour (gratuit pour les moins de 3 ans).

Ensuite, de la chapelle de Clausis au refuge, il faut environ une heure de marche, pour un dénivelé de seulement 200 mètres et moins de 3 kilomètres de distance. Ce qui rend cette randonnée accessible au plus grand nombre.

Profil de la randonnée d’Arvieux aux chalets de Clapeyto

Le départ se fait depuis le parking du restaurant le Jamberoute au village de Brunissard (Arvieux). La randonnée dure en moyenne 2h30 jusqu’aux chalets de Clapeyto (aller simple), pour 550 mètres de dénivelé positif en 5 km. Comptez environ 1h30 pour le retour par le même chemin.

Il est possible de s’avancer en voiture selon l’état de la route. S’il a plu, elle peut être glissante, voir coupée vu qu’elle n’est pas bitumée.

 

Pour aller plus loin – nos articles sur le Guillestrois – Queyras :

 

Nous avons réalisé ce voyage grâce à l’office du tourisme du Guillestrois – Queyras. Un grand merci à eux ! N’hésitez pas à vous tourner vers eux pour organiser votre voyage, c’est une véritable mine d’informations.