Tout commence par une envie, celle de se faire conter la ville, de la connaître par la voix, l’expérience d’une personne. Une recherche sur Internet plus tard, nous trouvons Delphine, une française arrivée à Porto par amour pour un homme, mais qui ne tardera pas à succomber aux charmes de la ville.

Delphine nous a fait l’immense joie de nous inviter sur une des balades qu’elle organise pour faire connaître l’histoire et la culture de Porto. Elle en propose certaines qui ne manquent pas d’originalité (Porto la nuit et ses fantômes, Chasse au trésor version pirate…). « Les chemins de traverse : Des fontainhas à Miragaia« , a particulièrement attiré notre attention. Pourquoi ? Car cette visite, au delà de nous amener dans le cœur historique de Porto, nous fait découvrir des quartiers populaires aux trésors insoupçonnés dont les guides papier ne font pas mention.

C’est cette balade au gré des ruelles, des anecdotes, des tranches de vies que je vous propose de vous raconter.

Des azulejos maures à l’art déco de la place Batalha

Rendez-vous est donné sur la place de la bataille (Praça batalha) devant le célèbre immeuble art déco rénové qui accueille aujourd’hui l’hôtel Moov. Sur cette même place, en attendant Delphine, nous pouvons admirer un autre bel exemple d’art déco avec le cinéma Batalha aujourd’hui à l’abandon. Plus classique, la façade du théâtre national fait face à l’église de Santo Illdefonso toute sertie d’azulejos aux bleus profonds. Le lieu même du rendez vous donne le ton, ce sera somptueux et éclectique, ancien et contemporain.

Delphine arrive, souriante, tout en douceur, elle accueille le groupe et c’est très naturellement que nous la suivons avec bonheur. La balade en est vraiment une, le pas est nonchalant, pour laisser aux corps le temps de respirer la ville, pour laisser aux yeux le temps de décrypter cet espace et d’en déceler les plus infimes détails.

Delphine nous fait découvrir ses coups de cœur, un café avec de bons sandwichs, une halte dans le plus vieux jardin de Porto et un artiste contemporain qui allie tradition de l’azulejos et passion pour les sciences.

Delphine nous captive rapidement avec son habileté  a alterner petites anecdotes, récits historiques et silences propices à nos propres rêveries et interprétations. Jamais pressés, elle nous invite à accueillir chaque découverte comme un petit cadeau.

Et des présents, Delphine va nous en offrir de nombreux, après ce joli jardin et de beaux exemples de façades en azulejos agrémentés d’une explication sur les différents types et l’évolution de cette pratique, Delphine nous fait partager un de ses lieux fétiches : la bibliothèque municipale.

A première vue, rien ne semble distinguer particulièrement ce bâtiment. Une fois rentré, on aimerait bien avoir la même bibliothèque dans sa ville. Sa particularité, au delà du fait d’être dans un vieil édifice est celle d’accueillir une collection d’azulejos. Au fil des carreaux, c’est l’histoire des azulejos qui se dessine. D’inspiration d’abord maure, puis italienne et enfin flamande, ces quelques échantillons nous offrent une fresque historique des plus pédagogique.

Et si vous avez l’œil vous découvrirez également que les caricaturistes n’ont pas attendu les magazines papiers pour se laisser aller à quelques railleries sur les hommes au pouvoir.

Caricatures sur azulejos
Caricatures sur azulejos

Je me suis sentie alors privilégiée de découvrir ce lieu méconnu des guides touristiques alors qu’il a tant à offrir. Et j’allais continuer à me sentir exploratrice de la ville lorsque Delphine nous emmena sillonner un îlot.

Des îlots ouvriers jusqu’aux lavoirs de las Fontainhas

Au milieu de grandes artères aux façades rétros, un passage que l’on penserait sans issue nous mène à de petites ruelles bordées de minuscules maisons de 9m2. Les parties communes sont au fond, la vie, ici, est communautaire. Ces minis-villages dans la ville datant de la révolution industrielle sont le symbole révolu d’un certain vivre ensemble. Et leurs habitants entendent bien conserver leurs habitudes. La ville a tenté « d’éradiquer » ces différents lieux, souvent vétustes ou non conforme à l’idée que l’on se fait de la ville d’aujourd’hui. Mais ces îlots tels de petits villages gaulois ont résisté. Il faut dire que certains habitants paient encore un loyer de 20€/mois…

Ces îlots sont aussi, malheureusement, le reflet d’une pauvreté persistante à Porto.

Sensation de télétransportation, quand, arrivés au bout de la ruelle, nous retrouvons la circulation bruyante d’une grande avenue aux façades imposantes.

Un peu plus loin nous arrivons au quartier de las fontainhas. Comme son nom l’indique, de nombreuses fontaines trônent le long d’une esplanade. Elles ravitaillaient les habitants en eau.  Plus bas, des lavoirs avec vue sur le Douro continuent parfois d’être utilisés.

Dans ce quartier, nous avons une autre image de Porto. Porto ici est populaire, elle galère un peu, elle survit parfois. Les habitations imbriquées les unes aux autres sur les pentes des rives du Douro bénéficient d’une belle vue qui masque l’horizon parfois sombre des réalités sociales de leurs habitants. Il ne nous faut pas longtemps pour saisir les difficultés de vivre ici au quotidien et constater l’abandon grandissant.

Il me semble important, lorsque l’occasion se présente de pouvoir découvrir d’une certaine manière l’envers du décor d’une ville. Si l’attraction persiste au delà des défauts, le flirt devient histoire d’amour.

Du cœur de la Sé jusqu’aux entrailles de Miragaia

Et d’histoire d’amour il est question lorsque nous longeons l’église Santa Clara et la muraille de Fernandina.

Ce lieu fût le théâtre de la version portugaise de Roméo et Juliette, à savoir la passion obsédante entre Pedro et Inès de Castro (qui fût assassiné pour avoir ravi le cœur de Pedro, infant du Portugal, qui en fit sa maîtresse).

Pas étonnant que cette vue sublime sur le Douro et le parfum des orangers aient pu les enivrer et offrir un bel écrin à leur amour.

muraille porto
La muraille sous le soleil

Ils perdirent la tête au propre comme au figuré, car Inès fût décapitée, par ordre du roi, jaloux de l’influence que la famille de la belle pourrait avoir. S’en suivit des guerres et revanches interminables menées par Pédro, l’amant inconsolable devenu fou.

L’entrée discrète de la muraille se fait par le couvent de Santa Clara, il faut ensuite continuer sous un porche pour arriver aux escaliers de la muraille. Attention si vous tournez trop tôt vous arriverez dans le jardin d’une maison de retraite ! Cela dit, vous ferez sans doute des heureux !

L’heure du repas approchant, les questions culinaires se font plus pressantes… Quelles sont les spécialités locales ? Les produits à tester ? Les marques de vin de porto indétrônables…

Delphine nous fait alors passer le seuil d’un petit café-restaurant à quelques encablures de la cathédrale. Portuguesa de Gema est un lieu unique où grignoter quelques spécialités locales tout en favorisant l’insertion économique de personnes en difficultés. De quoi allier l’utile à l’agréable !

Sangria, charcuteries, fromages mais aussi ovos molhes viendront caler nos estomacs creusés d’avoir tant flâné. Déjà plus de 3h30 que nous écumons les rues de Porto. Delphine, généreuse nous propose de continuer cette immersion. Dans le quartier très touristique de la Ribeira, elle nous démontre qu’il suffit parfois de se décaler d’une petite rue pour se retrouver seule à déambuler.

Il est difficile de ne pas succomber au pittoresque que nous offrent ses balcons peuplés de maillots blancs qui sèchent timidement au soleil.

La balade se termine aussi simplement qu’elle a commencé dans un autre quartier populaire, celui de Miragaia où les habitants pour gagner un peu d’espace, construisent entre les immeubles des sortes de passerelles habitables.

Belle métaphore pour conclure cette balade qui fut en effet un pont entre les quartiers populaires et le centre historique, une passerelle entre histoire et légendes, le lien entre un voyageur et une ville à saisir.

pont Dom luis
Le célèbre Pont Dom Luis 1

Merci encore à Delphine pour cette flânerie douce et captivante.

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Informations pratiques – conseils aux voyageurs pour la visite de Porto

Visite guidée insolite à Porto

Vous l’aurez compris, nous avons beaucoup apprécié ce que propose Delphine de Balade à Porto. Elle vit désormais en Inde, mais Jorge a repris son activité si vous êtes intéressé !

Tarif pour la visite « les chemins de traverse » : Entre 25 et 30€ / personne pour 3h30 de balade. Dégressif à partir de 4 personnes : 17.50 €/pers

3 lieux atypiques pour boire un verre ou grignoter à Porto

Portugues de Gema : rua santa ana

Ce petit café sert une sangria rafraîchissante et délicieuse à l’ananas que l’on peut accompagner de sucreries (tarte au citron, Ovos Molhes…). Pour les amateurs de salés, un assortiment charcuterie fromage vous attend ! Et en plus vous faites une bonne action puisque c’est un restaurant social qui permet la réinsertion de personnes en difficultés.

L’olympo : 26 rua de Alegria

Un bar atypique puisque le cuisinier est aussi poète. Un lieu alternatif pour des soirées conviviales et poétiques.

Casa da Horta : Rua San francisco 12A

Ce restaurant végétarien au cœur d’un centre culturel alternatif ravira les amateurs d’écologie, de bière artisanale et de consommation locale. De nombreux événements y sont proposés. ça fourmille d’initiatives dans tous les sens alors tenez vous au courant de leur programme.

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