Apprendre le surf à la dure dans la ville qui l’a inventé : Huanchaco 7


Depuis un bon moment, l’idée d’apprendre à surfer me trottait dans la tête. Restait à trouver le bon endroit pendant ce voyage. Un lieu avec des bonnes vagues, un bon prof, un passé lié à l’histoire de cette pratique… C’est Huanchaco sur la côte nord du Pérou bien sûr !

Je ne vais pas vous mentir, après avoir passé pas mal de temps sur la côte caraïbes, l’arrivée à Huanchaco ne fait pas rêver. Une station balnéaire populaire plutôt banale, avec une grande plage, mais pas très belle et pas très propre le soir après le passage de vacanciers aux mœurs relâchées en terme de protection de l’environnement.

La principale attraction de la ville, ce sont les « caballito de totora ». Ces embarcations fabriquées en paille (la totora) sont utilisées par les pêcheurs locaux depuis des centaines, voire des milliers d’années.

Les caballitos de totora qui attendent que les touristes désireux de les chevaucher

Les caballitos de totora qui n’attendent que les touristes désireux de les chevaucher

Certains chercheurs affirment même que c’est avec ce genre d’embarcation que les îles du pacifique auraient été peuplées. D’ailleurs, un équipage Suédois a tenté la traversée du pacifique pour prouver cette théorie dans les années 40 (plus d’infos sur le kon-tiki). Certains considèrent qu’il s’agit des premières embarcations assimilées à du surf (les polynésiens ne seront sûrement pas du même avis…) et la ville à d’ailleurs été consacrée comme un des 5 spots mondiaux « réserve mondiale de surf ». Chaque année s’y déroule une épreuve de la coupe du monde.

Le surf est même sur les murs, en revanche pas sûr que les extraterrestres puissent participer à la compétition

Le surf est même sur les murs, en revanche pas sûr que les extraterrestres puissent participer à la compétition

Deuxième attrait et non des moindres, Huanchaco serait la ville d’origine des ceviches, ces fameuses préparations de poissons ou fruits de mers marinés dans le citron, un délice !

Autant vous dire que nous étions plutôt frileux à notre arrivée et que l’idée de repartir rapidement nous a effleuré l’esprit.
Mais ce fut de courte durée. En cherchant un lieu pour dormir, Sylvie nous a vite repérés et pris sous son aile pour nous indiquer les meilleurs « plans » de Huanchaco. Sylvie, c’est une française expatriée depuis 8 ans en Amérique du sud. En vacances permanentes, elle vit de la location de son petit appartement parisien, acquis laborieusement dans une précédente vie (un bon plan à retenir ?).

Nous nous sommes vite retrouvés dans le lieu idéal pour nous initier au surf, avec un prof peu banal…

Un lieu unique à Huanchaco…

La casa compartir (la maison du partage), rien que le nom annonce la couleur. Impossible de le trouver par soit même, c’est uniquement par le bouche à oreille ou parce que Luis, le propriétaire charismatique vous « choisit ».
Sa méthode ? Il part avec son vélo à la recherche des âmes en peine avec un gros sac à dos et vous invite simplement chez lui à « compartir ». On pourrait appeler ça du rabattage, mais croyez moi, c’est bien différent avec Luis.

Si vous souhaitez la trouver par vous même, voici la casa compartir

Si vous souhaitez la trouver par vous même, voici la casa compartir

Quelques mots sur celui qui nous aura accueilli et initier au surf, à la diététique maison et à une certaine philosophie de vie bien personnelle.

… pour un prof de surf unique

A 60 ans, il a derrière lui plus de 40 ans de surf et de multiples métiers, notamment organisateur de concert, prof de surf, gérant d’hostel… Sa vie se partage entre Huanchaco l’été dans sa petite hospedaje et sa maison en Amazonie, dans un petit village près de Tarapoto.

Le fameux Luis et nous !

Le fameux Luis et nous !

Si vous atterrissez chez lui, il ne manquera pas de vous distiller de bons conseils sur l’alimentation et le « buen vivir » sauce maison.
Par exemple, pas question d’utiliser du papier toilette, c’est pas écolo, et si vous buvez votre urine tous les matins, vous serez guéri de tous les maux.
Pas de panique, c’est optionnel… Et sous couvert d’une vie saine et exemplaire, Luis se laissera facilement tenter par une bonne glace bien chimique, une part de pizza huileuse et quelques émissions de télé réalité bien gratinées.

C’est ce que j’appelle un personnage !

A la casa compartir, il existe une faune tout à fait particulière et un petit tour d’horizon vous fera mieux capter les « vibrations » du lieu. Luis bien sûr, qui vit dans une chambre/atelier, un vrai repaire de célibataire. Sylvie présente quelques mois par an, se nourrissant quasi exclusivement de lait et de bière, mi-diurne, mi-nyctalope. Solitaire et sociable à la fois, une personne avec un cœur énorme, une histoire et une philosophie de vie qui donnent vraiment envie de la connaître d’avantage. Pour finir le tour des résidents à long terme, il y a les deux ados Allemands. Présents depuis 4 mois au Pérou, ils n’ont pas bougé de Huanchaco. Leurs journées sont immuables : le jour est passé dans la chambre à jouer sur leur portable, et le jeudi soir, ils sortent de leur tanière pour une fête hebdomadaire arrosée… Luis et Sylvie les ont surnommé les vampires…
Lors de notre passage, nous aurons croisé d’autres hôtes intéressants, comme ce couple de français qui a financé son voyage en récoltant de la marijuana en Californie, ou encore ce photographe argentin qui remporte un gros succès avec sa marotte : photographier des baisers.

Mais revenons en au surf, nous sommes venus pour ça !

Premier jour, nous rencontrons Luis chez lui, après dix minutes de présentation, il nous donne des combis, des planches, et c’est parti pour la plage. On avait pas du tout prévu d’aller surfer direct ce jour là, mais qu’a cela ne tienne, il faut bien se jeter à l’eau !
Arrivés sur la plage, il ne nous emmène pas près du ponton où vont les écoles de surf dans les toutes petites vagues, non, il va fièrement vers le coin des pros, comme il nous dit : « C’est beaucoup plus intéressant ». Gloups !!

Une idée des vagues ...

Une idée des vagues …

Premier enseignement : pas besoin d’étirements, vous êtes jeunes, les écoles de surf font une demi heure d’échauffement pour gagner du temps, c’est de la connerie.
Deuxième enseignement : surfer c’est pas compliqué, il faut ramer jusqu’aux vagues, se retourner et se lever sur la planche. Essayez trois fois sur le sable de vous lever… ok vous avez compris… aller c’est parti, à l’eau !
La théorie aura duré 10 min en comptant très large.

On a l'air détendu comme ça mais on fait pas tant les fiers

On a l’air détendu comme ça mais on fait pas tant les fiers

Ce jour là, les vagues font deux mètres, ça paraît pas du bord de la plage, mais sur une planche, allongé en équilibre précaire, c’est énorme ! D’ailleurs, nous passerons la plupart du temps ce jour là à nous faire retourner par l’écume des vagues, tentant vainement de passer au dessus. Malgré tout, petite fierté personnelle, je réussis à me lever deux fois et demi sur la planche, en mettant le temps certes et dans l’écume des fins de vagues, mais tout de même !

Les deux jours suivants ne seront pas beaucoup mieux pour moi, un peu mieux pour Laura qui arrive à chopper ses premières vagues. Au final, il s’agit plus d’une lutte physique pour ramer dans les vagues qu’autre chose, mais c’est déjà bien sympa, ultra crevant, mais sympa.

Les jours suivants, ô miracle, nous arrivons à aller suffisamment loin pour passer les vagues de bord de mer. Une fois au fond, tout redevient calme, plus de vagues… Jusqu’à l’arrivée des vrais grosses vagues par séries ! Là c’est une autre affaire, on arrive dans la catégorie supérieure, et on comprend ce que c’est que vraiment surfer quand on se prend des vagues de deux mètres sur le coin de la binette. Pas grand chose à faire quand on est là dessous, on se retrouve désarticulé comme un pantin, faut juste prier pour pas se taper le fond ou la planche sur le crâne. Mais c’est marrant, et vraiment impressionnant.

Au final, j’aurai réussi à prendre correctement deux grosses vagues en une semaine, c’est peu, mais ça a suffit à me rendre heureux ! Pas grand chose à voir avec la mousse près du bord au niveau des sensations. Je pense qu’on retentera l’expérience. Au delà du sport, c’est une activité et une philosophie vraiment intéressante, apprendre à lire les vagues, se retrouver avec les oiseaux marins, les poissons qui sautent autour de soi… Un nouveau monde à découvrir !

Seb en a profité pour se faire un pote

Seb en a profité pour se faire un pote

La récompense après de si longs efforts

La récompense après de si longs efforts

Infos pratiques – apprendre le surf à Huanchaco

Aller à Huanchaco depuis Trujillo

Depuis Trujillo, de nombreux minibus parcourent la ville vers Huanchaco. Le trajet dure 20-30 min et coûte 2 soles.

Hébergement à Huanchaco

Casa compartir, 322 los pinos, une petite maison à la façade bariolée, sonnez et demandez Luis. 10 soles / personne la nuit en chambre privée (2,5 € !). Les chambres sont rudimentaires mais les espaces communs sympas et surtout l’ambiance parfaite !

Cours de surf à Huanchaco

Même adresse, demandez Luis. 20 soles le « cours » par personne, durée : jusqu’à ce que vous soyez crevé… Ce n’est pas un grand pédagogue, ou plutôt un prof « à la dure », mais il saura vous montrer les bons coins, surveillera que vous ne faites pas de bêtises.

Autres activités à Huanchaco

Cette station balnéaire est réputée pour le surf, le bodyboard et la plage. Mais une activité emblématique de Huanchaco la différencie des autres : le caballito de totora. Une embarcation traditionnelle en totora, un sorte de roseau local que les marins enfourchaient pour aller pêcher.

Aujourd’hui, la tradition perdure par le tourisme. Depuis la plage, vous pourrez très facilement trouver quelqu’un pour vous emmener faire un tour de caballito pour quelques soles.

apprendre le surf

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Après Huanchaco, nous retournons dans les terres, vers la capitale péruvienne du trek, au cœur de la cordillère blanche : Huaraz et la laguna 69

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A propos Seb

Jeune homme bien sous tous rapports aimant manifestement voyager. Accessoirement, entre deux voyages, je tente de sauver le monde en bossant comme animateur d'un réseau d'éducation à l'environnement. Heureusement, je suis pas tout seul, parce qu'il y a du boulot !


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7 commentaires sur “Apprendre le surf à la dure dans la ville qui l’a inventé : Huanchaco

  • Benoit(novomonde)

    Ahahah… sympa l’adresse… on note, on note (on arrive sur ce continent dans un mois)
    On a pris nos premier cours de surf à Lombok en Indonésie… après 4 heures, on a réussi à monter quelquefois sur la planche! Mais de notre côté, on a commencé par les vaguelettes de débutants ;-)

  • Gaston

    En direct live de chez Luis. J’en profite pour vous remercier, vos récits m’ont bien aidé à tracer les lignes de mon voyage depuis quelques temps.
    Quant à la casa compartir, même si j’avais lu votre article avant, je suis en fait arrivé ici par l’entremise de Sylvie que j’ai rencontrée à Chachapoyas via des amis d’un couple français avec qui j’ai passé la frontière de La Balsa.
    Le monde est petit…

    • Seb Auteur du billet

      Incroyable, effectivement le monde est petit ! Quels personnages Luis et Sylvie… La casa compartir porte plus que jamais bien son nom. Tu as pris des cours de surf ? Buen viaje !

      • Gaston

        Un seul cours de surf qu’il ne voulait pas que je paie parce que j’étais pas en forme et ne suis allé qu’une fois à l’eau.
        J’y étais en même temps que Sabrina et Guillaume avec qui je crois que vous avez été en contact.
        Après ça, Caraz (pas un touriste!!!) et en point d’orgue, la laguna Parón.
        Là je suis à Puno pour la nuit, l’officier d’immigration a tardé à rentrer de son déjeuner. Sinon je serais déjà à Capachica. Demain, direction la péninsule et Ccotos qui semble encore plus perdu que Lachón (en saison, ça a quand même l’air touristique)…
        Samedi, je tente le passage frontière par Tilali, soit la côte Nord du lac, ça devrait être fun.
        Merci pour vos récits, ils m’ont bien aidé et aiguillé depuis la Colombie.

  • Itinera Magica

    C’est absolument passionnant ! Je suis folle d’Hawaï et de la culture polynésienne, je connais bien cet aspect là de l’histoire du surf, mais je n’avais jamais entendu parler d’Huanchaco, grosse lacune. J’ai adoré ce récit très drôle et instructif !

    • Laura

      Je rêverai d’aller à Hawaï, pas forcément pour le surf car je n’ai pas le niveau mais pour les volcans. Il va falloir que je comble cette lacune moi aussi. Huanchaco fût une étape assez improbable et insolite. J’ai adoré apprendre le surf malgré la difficulté, il faut dire qu’on avait un professeur assez atypique. Le genre de rencontre que l’on n’oublie pas.